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Final Fantasy : Spirits Within

sortie le 22/08/2007

1997. Hironobu Sakaguchi est un homme heureux. Sa société, Square Ltd., voit ses comptes au vert, Final Fantasy est désormais une série internationale grâce au septième épisode sur Playstation, et un huitième épisode se développe déjà avec un planning joliment huilé. L'homme se voit alors pousser des ailes et lance un projet qui va tenter de boulverser tout ce que l'on a pu déjà connaitre en matière d'infographie... Final Fantasy : Les Créatures de l'Esprit se conçoit, en Californie. 2001. Le film sort... Et fait un flop commercial. Square Ltd. ne récupère donc pas les millions investis dans ce projet de longue haleine et va entamer une looongue croisière économique musclée. Jusqu'à devoir fusionner avec son rival Enix et devenir ce que l'on connait : Square Enix.

Un film qui ressemble à un mega cadeau empoisonné... Néanmoins, il marque l'histoire vidéoludique, mais aussi cinématographique pour son travail graphique hors-pair. Quoi de mieux qu'un Blu-Ray Vidéo pour (re)découvrir cette curiosité ?

Heal the World

En 2065, la Terre est heurtée par un météorite qui détruit 99% de la population. Le reste s'étant réfugié à New-York protégé par un dôme d'une énergie similaire aux "fantômes" envahisseurs. En effet, la météorite a apporté avec elles, de dangereux monstres translucides qui se nourissent de l'âme des humains. Comme souvent, lors des problèmes internationaux, il y a le côté radical incarné par les militaires et le côté pragmatique des scientifiques. L'héroïne, Aki Ross, est une scientifique et aide le professeur Cid (en fait, c'est Sid, mais je trouve ça trop moche) à récolter différentes formes de vies qui émettent une energie particulière. Une energie pure qu'ils nomment "Esprit". Si les huits esprits sont récoltés, alors la Terre pourra alors être purifié. Les militaires, eux, ont construits un canon gigantesque destiné à détruire la source des "fantômes" : le cratère formé par la chute du Météore... Pardon de la météorite.

Hein ? Oh non, ceci était une erreur volontaire... Car voyez-vous, le pitch de base nous relaye exactement la même thématique que Final Fantasy VII. La survie de notre planète et la réappropriation de la religion Shinto, qui consiste à croire que tout élément vivant de la planète a un esprit, une âme. On dit, selon la religion (la première au Japon) qu'à sa mort, un Homme n'a pas de but précis comme aller au "Paradis" ou autre, mais il est réincarné en un autre élément naturel de la planète. Selon ses actes, sa réincarnation sera plus ou moins noble. C'est la même chose pour FF VII et donc ce Spirits Within où la Planète est une vie à part entière et où ses veines, sa rivière de vie ne demande qu'à être respecté et purifié et non délaissé au profit du confort industrielle. Dans le film, cette "rivière de la vie" est appelé tout simplement Gaïa. Le scénario du film a été ré-écrit par deux américains du nom de Al Reinert et Jeff Vintar d'après une histoire de H. Sakaguchi. Du coup, l'aspect spirituel oriental est devenu la théorie scientifique "Gaïa" qui est exactement la même chose mais plus pragmatique et est une théorie connue dans le milieu scientifique, mais certainement pas "reconnu". Bref, la thématique est belle et surtout elle correspond bien à l'univers d'un Final Fantasy malgré que le film se déroule à New-York. Mais la confrontation entre ces deux univers/cultures est donc intéressante à suivre. Du moins au début.
Le début est plus calme et nous explique donc tout ce que je viens de vous expliquer au dessus, nous montrant alors le caractère bien trempé du général Hein, bien pur cliché des films américains. D'ailleurs, les personnages, à part Aki et Cid directement importés de la série de part leur tempérement placides et compréhensif, sont complètement clichés et semblent sortis d'Aliens de James Cameron. Avec un gros balèze, un petit gars marrant, le black du groupe et évidemment la "Vasquez" que tout groupe militaire fictif doit avoir. C'est très hollywoodien mais elles symbolisent bien le choc culturel entre Square et Columbia, les deux producteurs principaux.

On commence donc à poser les éléments concrets de l'histoires et ses enjeux à la fois "catastrophe Sci-Fi" et "fantasy spirituel". Puis... Patatra ! La deuxième moitié du film arrive et tombe dans le schéma classique du film hollywoodien. Le film s'emballe et nous narre une grande bataille tout feu tout flamme pour terminer sur un raccourci plutôt facile scnéraistiquement parlant. En gros, la première moitié du film qui tentait de poser des éléments scnéaristiques à la fois philosophiques et à la fois typés action dans un mélange assez complexe tombe complétement à terre quand on décide de donner une explication et une fin en une poignée de minutes. Un film qui aurait mérité d'être bien plus posé, d'être plus contemplatif et de jouer plus sur les relations entre militaires/scientifiques plutôt que de vouloir schématiser un film grand public. Puisque de toutes manières, ce grand public n'a déjà rien compris à ces éléments philosophiques bien que très simples.

FF : Spirits Within est donc un film en demi-teinte puisqu'il ose importer entrechoquer une culture typiquement japonaise à la mise en forme occidental. Au lieu d'un choc, on se retrouve avec une hésitation flagrante entre la direction à prendre, symbolisé par une première partie plutôt calme et explicatif et une deuxième qui s'emballe pour finalement une conclusion très simple et n'allant pas plus loin qu'un simple effleurement de la thématique de base.

Visuellement encore inégalé !

Si son scénario est finalement simpliste, FF est surtout un bijou technologique. Il est, encore aujourd'hui, le film en images de synthèse le plus réaliste qui soit. Il faut tenir en compte que tout a été créé à partir de rien ! Les derniers films de Robert Zemeckis, par exemple, (Bewulf, Le Pole Express) sont conçus en filmant de réels acteurs sur fond vert pour reprendre leurs traits. Seul votre jugement dira si cela est réaliste et impressionnant mais le travail créatif y est assurément mons impressionant que ce FF. C'est surtout sur un travail de texture que le tout impressionne. La modélisation étant vraiment acquise sur tous les niveaux. Mais le travail de texture et de lumière est un exercice périlleux pour quiconque souhaite un rendu très réaliste, au plus proche du grain de peau humain. Et pourtant, c'est ce qui a été réussi. Avec des peaux au grain particulier, quelques points noirs, des rides prononcées (Cid !), un travail lumineux assez subtil pour ainsi rendre l'ensemble cohérent. Ici, pas de surexposition, de blur mal placés, de lissage poussif. Comparé à un Advent Children, on est toujours pas dans la même court. D'un autre côté, un AC se veut illustratif et non réaliste... Mais quel film d'animation peut se targuer de créer un exploit technique réaliste ? Evidement, ça ne fera un film bon... Mais c'ets un exercice de style très complexe et jusqu'alors, personne n'a réussi à le relever.

Un peu comme le choc culturel "Orient/Occident" dans le scénario, on a un choc "réalisme/fiction" dans l'infographie. Ainsi, les artistes ont lâché un peu plus de lest pour créer les "fantômes" qui illustrent une maitrise de la translucidité, de l'animation flottante et d'une vivacité certaine. On va paradoxalement trouver ces "fantômes" beaux... Ces fantômes sont d'ailleurs excellement mis en avant dans une scène de poursuite stressante entre Aki & Co. et des fantômes géants où les réalisateurs ont réussi à trouver des mises en scènes élgantes en jouant sur des travellings histoire de prononcer la longilignité des fantômes, et surtout une nervosité évidente et bien stressante. Un excellent passage. Néanmoins, caméra en main, nous restons assez calmes et restons efficaces, bien que le montage soit équilibré afin de nous tenir en haleine le long du film. C'est complètement l'opposé d'AC par exemple où on a privilégié les effets de caméras "foufous" excentriques à la maitrise du montage. Montage réhaussé avec la evrsion longue, heureusement.

Le Blu-Ray met justement bien en valeur ce tavail graphique et heureusement ! On trouvera tout de même un bruit légèrement plus prononcé que les autres films plus récents, traduisant un petit manque de contraste. Surtout qu'une bonne partie du film est gris/sombre. Néanmoins, le piqué général reste très bon et le travail de lumière est réhaussé quand les fantômes attaquent (tout de orange phosphorescent) permettant donc de bien apprécier le travail graphique en HD. Un blu-ray visuellement bon, mais a un petit goût de DVD dans les scènes de pénombres à cause d'un bruit assez évident qui aplanit donc l'ensemble.

La qualité sonore du film n'est pas non plus en reste. A voir absolument en VO (donc en anglais) où les stars apportent leur timbre de voix imposant et respectable... Pour cause : Donald Sutherland, Alec Baldwin, James Wood, Steve Buscemi, ça vous parle ? En tout cas, ça s'entend ! Et c'est aussi grâce à eux que la magie de ce travail infographique prend vie et donne une réelle consistance à ces personnages créés de toutes pièces. Ces voix font donc travailler vos ceceintes centraux avec une justesse quasi-parfaite mais c'est l'ensemble des effets sonores qui utiliseront vos enceintes satellites. Bourrés de scènes qui suggèrent du hors-champs, le film utilisent alors massivement vos satelites (et donc arrières) que ce soit pour le décollage d'un vaisseaux, pour les bruits de fond amplifiés dans les rêves d'Aki, ou tout simplement les bruits de fond qui fait que l'ensemble vit réellement. C'est du très bon là dessus !

Enfin, les bonus... Pfff... C'est plutôt léger et vieillot. Ce sont des petits modules 480p en 4/3 qui oscillent entre le making-of ludique de base, des vidéos du genre "bêtisier" (pour un film créé entièrement, ça fait plutôt aucun effet), des pettits clips du genre "voir Aki déambuler sur le "tournage" (fictif) du film au sein de personnes réels. Un petit exercice de style pour montrer une bonne incrustation quoi. Mais peu utile et qui ne dit rien de bien intéressant. On a un début alternatif plutôt longuet où l'on comprend mieux pourquoi ça n'a pas été tourné de la sorte, quelques fiches de personnages pas franchement intéressants vu qu'ils sont très peu exploités (ça aurait été mieux sur AC). Si vous avez la patience des commentaires audio, vous allez apprécier celui des japonais qui sont très à l'aise et déconnent souvent. Celui des américains, lui, est plutôt standard, mollasson, bref ils enregistrent un commentaire "car il le faut". Dans l'ensemble, les bonus ne sont franchement pas transcendant, ceux de qualité sont plutôt standards avec un commentaire et un making-of.

Au final, Final Fantasy : Spirits Within s'impose dans votre vidéothèque non pas pour le film en lui-même mais plus pour la prouesse technologique qu'il inspire. Une construction minutieuse de A à Z d'un film à partir de rien du tout... Le tout d'un réalisme aberrant et crédible. Alors, rien que pour ça, le blu-ray de FF est indispensable. D'autant que techniquement, il est dans l'ensemble très bon.