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Largo Winch

sortie le 29/09/2009

Largo Winch. Tiens, tiens ? Qu'est-ce que Largo Winch ? Je sais pas trop à quel lecteur je parle là... A l'Otaku qui bouffe du Claymore à longueur de journée (private joke inside) ? Au type à la culture générale moyenne ? Au passioné de bande dessinée ? J'en sais rien... Et c'est pourquoi il serait bien de rappeler ce qu'est Largo Winch. C'est en 1990 que le Largo Winch mondialement célèbre est néé en Bande Dessiné sous la plume littéraire de Jean Van Hamme et la plume à dessin de Phillipe Francq. Initialement une série de romans écrite par Van Hamme dans la fin 70's, il l'adapte au monde de la Bande Dessiné avec succès puisque la série est toujours en cours de développement avec 16 albums déjà parus. Fort succès, il fallait bien une adaptation... Pourtant, c'est la télévision qui offrit cette adaptation en 2001 crée par des français, des belges et des canadiens... Un projet qui a réussit à tenir trois saisons pourtant bien loin de la série lequel Van Hamme n'a aucunement participé. 2008 sort le film avec dans le rôle du héros... L'humoriste Tomer Sisley... Très perplexe par cette annonce, c'était avec un regard très suspect qu'on allait se plancher sur le film... Et pourtant.

Une adaptation peu évidente

Largo Winch nous narre donc les péripéties de... Largo Winch. Ok j'arrête les paraphrases. Le multi-milliardaire propriétaire du groupe W, Nerio Winch est mort noyé. Tous ses dirigeants sont sous le choc. Pas pour sa mort en elle-même, mais parce que Nerio Winch n'avait pas d'héritier... Officiellement. Homme de pouvoir intelligent, Nerio Winch a caché à tous un fils adoptif qu'il a élevé dans le plus grand secret avec des méthodes bien peu paternelles. Il faut ainsi le retrouver pour que la passation de pouvoir se déroule sans problème devant les actionnaires du groupe. Problème : le Largo est un casse-cou invétéré et se retrouve en prison en Amérique latine... Va s'ensuivre une course poursuite à la fois contre largo pour l'empêcher de prendre le contrôle de la société, une poursuite pour le retrouver et le placer à la tête... Et une course contre la montre pour que tout ça se fasse sans faire baisser les actions du groupe financier.

Largo Winch, en film devient donc un long-métrage d'action hâletant où se mêlent trahisons, meurtres, double jeu pour la succession au pouvoir du groupe financier le plus riche du monde. Largo Winch, BD ou film, nous met en tâche de fond les coulisses du monde du business international qui est plus dangereux que de se poser dans son fauteuil de cuir derrière un ordinateur... Pure fiction certes, avec son lot de spectacle irréaliste, mais avec un décors très intéressant puisqu'il nous évite les clichés à base de "FBI", "CIA", "Gouvernement machin truc". Non, on est dans le monde des businessmens. Et ça inclut donc une dose de suspens beaucoup plus naturelle que les énièmes scénarios de complots à la Tom Clancy. Le scénario ne se limite pas à sa base. Il l'exploite totalement et se réapproprie évidemment l'univers de la Bande Dessinée, tout en l'adaptant à notre contexte économique et social actuel. Par exemple : les bureaux principaux sont en Chine et non aux Etats-Unis comme la BD (qui a déjà 20ans). Petite exemplaire très frappant donc de ce dépoussiérage. Jérome la Salle, réalisateur du film se permet aussi des modifications par rapport à la BD (tome 1 et 2). Des modifications de fond en comble sur la nature du (ou des) vilains, sur l'absence du meilleur ami du héros, etc. Il est très important de ne pas avoir créer un copié-collé de la Bande Dessinée puisqu'il permet ainsi de surprendre aussi le connaisseur du support dont il s'inspire.

Un film d'action qui a son caractère

out ça est fait avec l'objectif de garder le focus sur la tension du suspens du film. Qui est traitre ? Qui ne l'est pas ? Et pour ça, on a de bonnes séquences où le réalisateur n'insiste pas trop, les acteurs font attention de ne pas surjouer du regard pour ainsi créer de véritables doutes chez le spectateur. Dans le film Largo Winch, tout découle tout seul... On ne sent pas du tout, mais du tout de scènes forcées, de scènes shématiques au cas où le spectateur a rien compris. L'histoire, l'intrigue et les sous-intrigues du film coulissent bien entre-elles pour laisser place à un film d'action-suspens bourré d'entrain grâce à une réalisation très posée, très sûr de lui dévoilé par l'absence total de surjeu, d'effets caméra inutiles comme les zooms sur les yeux ou le caméra sur épaule inutile ou autre. La Salle maitrise son sujet, il sait ce qu'il veut montrer et dire grâce à quelque chose de propre sans excès. Et c'est très important pour rendre une histoire de la sorte crédible. D'autant que le Cinéma français qui tente de se la jouer américaine fait justement tout le contraire de ce que La Salle démontre par tant de simplicité et par conséquent d'efficacité.

On l'a dit plus haut, Tomer Sisley qui joue le vagabond milliardaire Largo Winch semblait un choix très douteux... Pourtant, l'acteur crève littéralement l'écran. Ca faisait bien longtemps qu'un acteur français n'avait pas imposé une carrure de "mr.action" de la sorte. Sisley, en type insoucieux mais intrépide se la joue humble à mort. Le personnage se retrouve dans un environnement qui lui déplait, qui lui a toujours déplu et doit donc suivre souvent à contre-pied les événements. Du coup, on a un bonhomme nonchalent dans ses discussions, un peu branleur mais sans pour autant "jouer branleur". Un peu branleur par ses "réponses d'à côté", par ses "non dits", mais qui, lorsqu'il passe en mouvement, en action devient un type sûr de ses gestes et dégage une certaine brutalité dans sa gestuelle. On est pas chez John Woo hein, du coup, les combats à main nues du héros sont très "brutes", très "self defense" et là encore, le réalisateur sait quand il faut s'arrêter. Sisley nous joue alors des scènes de baston souvent courtes, ou entrecoupés intelligement par des échanges de courts dialogues ou courses ou autres. C'est jamais pompeux, c'est jamais zoomé ou autre, ça suit l'action tout simplement en nous montrant une chorégraphie brute mais assez réaliste, donnant alors de la crédibilité au personnage de Winch.

Un Blu-Ray exemplaire

Le Blu-Ray, sorti en juillet 2009, lui est un exemple à lui tout seul. Rappelons que nous sommes dans un film 100% français hein... Beaucoup de distributeurs français torchent souvent leurs films. Autant, La Salle a apporté sa touche personnel et assurée à la réalisation évitant alors les clichés hollywoodiens mal copiés si chères aux français ; autant l'éditeur crève vos écrans HD... Primo, l'image est d'une netteté ahurissante, permettant de transcender les plans magnifiques (à base de décors exotiques, de lumières, d'obscurité, de palette de couleurs riche) du réalisateur. C'est lumineux, éclatant mettant en avant les premiers plans avec finesse tout en profitant d'un relief bien calibré grâce à la profondeur des noirs découpant les plans avec netteté. Ce n'est pas le seule Blu-Ray capable de faire ça bien entendu, mais on le met vraiment au top niveau d'autant plus que la "haute définiton" est totalement justifié par les plans larges de Jérome La Salle en hélicoptère, ou les explosions rougeâtres qui vous brillent la tronche... C'est de l'excellence.

Le son, lui, tape encore plus fort. Pour peu que vous soyez équipés au maximum puisque le son est en DTS 7.1 qui fera frémir vos oreilles par ce découpage si précis des satellites. A l'image de son héros qui oscille entre le calme de ses dialogues et la brutalité de ses actions, le film et donc le son joue sur les deux tableaux avec brio. Beaucoup de silence dans ce film mais avec de légers bruits de fonds rappelant paradoxalement le réalisme du silence évoquée en images. En revanche, le passage à l'action met en avant vos sattelites droite et gauche avant ou arrière et joue bien sur la spatialisation de l'action. Ceci est valable en 7.1 ou en 5.1 d'ailleurs. Les deux sont d'excellente facture. Côté bonus, on est par contre dans le standard le plus classique qui soit avec des modules de type making-of, soit global, soit axé sur les cascades, ou sur la préparation physique de Sisley. On appréciera aussi des interviews de Van Hamme et du reste du casting du film. Ainsi que quelques scènes coupés pas très cruciaux mais qui permettent de s'immiscer encore et toujours plus dans le tournage du film. C'est du grand classique et ne se démarque pas vraiment du reste de la vidéothèque actuelle.

Ce qu'il faut retenir de Largo Winch, c'est avant out une adaptation intelligente d'une bande dessinée qui a déjà 20ans puisqu'il recontextualise la chose sans tomber dans les classiques trips "technologico-thriller" à la Bourne ou MI... C'est un pur film de suspens-action brute qui s'appréciera absolument par tous : connaisseurs ou non de la Bande Dessinée. Les fans "hardcore" vont probablement gueuler devant les changements importants vis à vis du support de base. Mais les fans hardcore sont des cons. Le film apporte un réel plus à la Bande Dessiné : du rythme, une meilleure crédibilité-cohérence dans son histoire et surtout une gueule en la présence de T.Sisley. Très surprenant dans un rôle "sérieux" sans trop se la jouer (malgré l'énorme assurance de son personnage) et dégageant un charisme prononcé. Ceci surtout valable par la caméra de jerome La Salle qui signe un film plein de bon sens, plein d'assurance, plein de partis pris assumés et surtout qui n'a pas oublié les valeurs de la Bande Dessinée. Très Bon, tout simplement et édité en Blu-Ray avec rare qualité. A voir et à avoir. Largo a un excellent avenir cinématographique.