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Avatar

sortie le 16/12/2009

Ca fait au moins trois semaines que vous auriez dû lire cette critique d'Avatar de James Cameron... Avec ce retard, il s'est passé beaucoup de choses autour de ce film. Principalement en éclatant les records dont celui de Titanic qui ne devrait plus être très loin. On a aussi vu des morts liés à Avatar (des mecs qui s'étaient trop paluché devant la 3D stéréoscopique), même si ces infos sont à prendre avec d'énormes pincettes... Évidement, Avatar a déjà raflé des titres (dont des Golden Globes) et devrait surement tout raflé aux Oscars. Bref, en trois semaines, Avatar c'est LE film. En fait, c'était déjà LE film bien avant ce succès, mais qu'importe. C'était surtout l'occasion de revoir James Cameron dans un long-métrage cinéma (il a réalisé deux documentaires après Titanic) nous annonçant haut et fort qu'il allait révolutionner le Cinéma, la science-fiction et la technologie 3D. Rien que ça. Et donc ?

L'enjeu : découvrir une nouvelle planète

Nous sommes dans un futur assez proche où la Terre est en pleine crise « énergétique ». Comprenez par là qu'il lui manque des ressources naturelles. Histoire de trouver une solution, une grosse société part dans l'espace et trouve une planète appelé Pandora où se cache une grosse source de minerais rare, donc riche. Aidé par les « marines », devenus entre temps des mercenaires (puisque travaillant pour une société), ils vont essayé de s'approprier ce bien. Pendant ce temps, les scientifiques tentent de comprendre l'écosystème de la planète, toxique pour les humains. Pour cela, la science a développé des « avatars » créés génétiquement selon la composition des corps des Na'vi, les êtres de cette planète. Ainsi, relié cérébralement à cet « avatar », l'Homme peut ainsi se mouvoir dans le corps d'un extra-terrestre et comprendre un peu mieux ce monde.

Les scientifiques attendent l'arrivé d'un certain Sully, pour gonfler leurs rangs. Hélas, le bonhomme est mort et c'est son frère jumeau, ancien militaire devenu paraplégique qui prend sa place. En effet, ayant le même ADN, l'avatar créé spécialement pour le frère convient parfaitement à notre héros de l'histoire, incarné par Sam Worthington. Militaire au sein des scientifiques, voilà une aubaine que les Marines ne laisseront pas s'échapper et Jake Sully, en bon patriote accepte de s'infiltrer auprès des Na'vis qui les empêchent de s'approprier le fameux minerai.

D'emblée, le script de base ne semble pas bien original. Et en vérité, il ne l'est pas du tout. Ce pitch qui est le synopsis de départ ne dépasse jamais ce stade. Le film passera 30 minutes à expliquer le synopsis puis le reste du temps se concentrera sur Jake, dans son corps de substitution, à apprendre les coutumes du peuple Na'vi grâce à Neytiri qui lui sauve la vie (je spoile pas, c'est le synopsis livré à toute la presse). Le scénario donc très basique est là pour justifier une aventure au cœur même d'une nouvelle planète où le spectateur découvrira à travers Jake, de magnifiques images et apprendra à connaître des coutumes et des valeurs étrangères ou presque. Le long-métrage a cet enjeu clairement défini. Nous faire visiter quelque chose de nouveau, et pas pour nous retourner la tête avec des cliffhangers à n'en plus finir. Une sorte de film immersive, d'ambiance pour nous plonger corps et âme dans un univers tout de polygones assemblés.

2H30 pour nous montrer de belles images... ?!

Ayant « perdu » (façon de parler) 30 minutes à nous expliquer l'histoire de base, un peu comme si le spectateur, à l'instar de Jake Sully, arrivait en plein milieu d'une opération débuté il y a bien longtemps. Ceci marqué par l'utilisation de voix off du héros, comme s'il parlait au spectateur et d'un enchainement de séquences très rapide sans blablas inutiles. Après ceci, donc, il nous reste 2H pour nous immerger dans une planète. Hélas, il ne suffit pas de nous filmer de la verdure de synthèse et des moustiques translucides dans des plans longs au rythme lent pour nous « immerger » dedans...
Un peu comme une caricature, Cameron s'amuse à prendre son temps pour filmer un élément précis dans le décors. En fait, Pandora est une planète recouverte de jungle exotique. Tout est vert, et on se rend compte que quand Cameron (aka Jake Sully aka le spectateur) découvre quelque chose qui n'est pas vert, comme une bestiole rose qui vole autour des personnages ou une sorte d'arbre violet, on filme les personnages tête en l'air, grands yeux hagards pour nous dire : « Attention ! Là c'est important ! C'est BEAU ! ». La mise en scène est extrêmement forcée, très lourde à amplifier les effets de style dans un jeu parodique où le héros bave littéralement devant une babiole rose auréolé de lumière légère... Filmer la beauté de la Nature (car Cameron filme belle et bien la Nature de Pandora) ne se résume pas à des « Aaaah » ou des « Ooooh » pour nous montrer une beauté évidente... Et finalement, plus on nous souligne le caractère «exceptionnelle » des images construites pièce par pièce à travers des tics de réalisation (mouvement de caméra très lent, focus figé) et un jeu d'acteur digne d'un enfant de 5ans, plus on a la sale impression de nous survendre la chose...

Cameron, qui pourtant a passé ces dix dernières années à filmer des documentaires aurait peut être dû mieux s'inspirer de ce format qui consiste à nous montrer les choses avec objectivité. Filmer la Nature avec « naturel », pourrait-on dire. Or, dès qu'un élément de cette Nature de Pandora sort du lot, on a l'expression hagard, la caméra lente, fixant la même chose pendant de longues minutes en cassant tout rythme susceptible de décoller. Si le réalisateur voulait nous montrer la beauté du travail technico-artistique du film, le meilleur moyen aurait été d'intégrer ce travail dans une narration et un montage plus fluide, plus élégant, plus naturel et pas aussi poussif. Comme si que derrière tout ce travail créatif se cache une dépendance à vouloir filmer ces images de synthèse... L'idée du film était pourtant de créer de toutes pièces une Planète et la faire découvrir en salles, non ? Pourtant à force de trop cadrer des détails d'un décors pour les rendre « magiques » ou « exceptionnels », c'est l'aspect factice qui en ressort... A t-on besoin de diriger intégralement l'œil du spectateur pour le forcer à voir l'évidence ?C'est un peu le prendre pour un imbécile car on a pas franchement besoin de se focaliser sur un décors pour en apprécier sa qualité.

Et à force de trop se focaliser sur une seule chose, on en oublie le reste...

Bon... Quand est-ce qu'elle arrive cette p**** de guerre ? Evidemment, on ne nous filme pas que des décors pendant 2H, n'exagérons pas. Mais, ça reste l'élément le plus visible. Pendant ce temps, Jake apprend les coutumes du peuple Na'vi pour se faire accepter. Derrière leur look de « Kimahri » à la FFX, les Na'vi n'ont pas grand chose d'exceptionnel.En fait, leur principale valeur se résume à une chose à la fois profond et superficiel : se connecter à la Nature. Super, et ça se passe comment ? Il faudra aller voir le film, pour ça.
Le fait est que ces Na'vi vont tenter de nous apprendre des valeurs de respect de la Nature. En pleine période de « crise écologique » (c'est la décennie des crises de toutes façons), les gens n'y ont vu que ça... Comme si c'était l'élément majeur. En fait, pas trop, non... Cameron ré-exploite une thèse ultra connu qui est que la Terre est une entité vivante. C'est la théorie de Gaïa... Si vous lisez PG régulièrement, vous vous souvenez peut être qu'on en a parlé dans la critique du film Final Fantasy : les Créatures de l'Esprit. C'est exactement la même chose. La Terre pourrait être une entité vivante entièrement autonome qui a ses propres cycles de gestation et d'évolution, ce qui aboutit une sorte d'écologie, qui est le respect de la Nature. Mais pour des raisons de bien être de la Planète, pas pour pour le bien être de l'arrivisme humain. Au Japon, la religion Shinto dit que chaque être humain est réincarné, à sa mort dans un élément de la Nature. C'est le propos du film Mononoke Hime de Miyazaki, ou de plein d'autres scénarios de jeux vidéos que vous avez pu joué.
Avatar, c'est la même chose. Exactement la même chose. Le même propos, le même schéma scénaristique avec le « méchant arriviste » et «le « gentil spiritueux » et la même théorie de l'aspect vivant de la Nature. Mais, le film n'a pas vraiment un but spécifique moralisateur comme j'ai pu lire à droite et à gauche.

Car, il traite avant tout de tolérance basique. Les Na'vis sont considérés comme des « aborigènes » et là, de suite, on pense aux américains et les indiens. Là aussi un thème traité maintes et maintes fois de façon aussi direct qu'indirect. Le militaire, Jake Sully, va apprendre à comprendre ces « sauvages » (si on reprend leur expression) et par conséquent ces « sauvages » seront finalement plus sains d'esprit que les « civilisés » militaires. Et, bref, je vous passe les détails.
L'idée est de montrer une acceptation de la différence, au delà de leur mode de vie, de leur croyance ou de leur physique. C'est tout ce qu'il y a de plus simplisme comme message... Le problème provient évidement de ce rythme long, lent et qui se permet d'expliquer point par point chaque détails de la moral de l'histoire... Comme si le film était destiné à des enfants. Et c'est là que le bat blesse. Ca peut toujours être rafraichissant d'avoir une histoire simple mais bien mis en scène, or ici tout est question de lourdeur, de premier degré qui prend les spectateurs pour des ignares. Et c'est assez insupportable. La musique, pourtant composé par James Horner (Aliens, Braveheart, Apollo 13), est d'un classicisme absolu où on a la sale impression de déjà-entendu le cliché d'un « love theme » ou « epic theme » avec les mêmes sonorités entendus de tous bords. Même un Disney est plus subtil dans le Roi Lion...

Ce qu'il se passe aussi, c'est que pour s'attacher à la découverte de ce nouveau peuple, il faut que les personnages nous accordent leur sympathie... Or, absolument aucun personnage n'est réellement travaillé. La majeur partie du film est centré sur Jake et Neytiri, passant leur temps à garder leurs grand yeux jaunes de chat ouvert vers le ciel à communier avec cette foutue nature... Les avatars, finalement cassent tout aspect humain des personnages. Le jeu d'acteur se jouant beaucoup sur le regard, il est difficile d'accorder beaucoup de nuances quand son personnage a des yeux aussi globuleux... Ce n'est pas une blague. A aucun moment on ne ressent la moindre émotion chez ces personnages aux yeux de cartoon. Il y a un aspect bâtard dans leur look et leur gestuel qui oscille entre l'humain et le factice qui rend leur comportement assez caricatural et par conséquent sans grande crédibilité. Mais, on pourrait comprendre ça par l'aspect « merveilleux » du monde dans lequel ils vivent (tentons de justifier ça). Seulement, on a besoin de voir à l'image la contradiction des personnages terriens pour ainsi bien illustrer l'état d'esprit des personnages. Et là, tous les autres personnages, que ce soit Sigourney Weaver que l'on voit dans deux séquences, clope au bec à jouer à la fausse rebelle à la Aliens (de Cameron, tiens donc), Michelle Rodriguez qui est là à aider Sully pour une raison totalement inconnue car non montré avec des faux airs à la Vasquez (encore Aliens, mais c'est surtout lié au jeu limité de l'actrice)... Ou encore le méchant colonel qui, malheureusement ressemble beaucoup à Franck Dubosc (cheveux grisonnants, tête fine et fossette au menton), ce qui a quelque peu cassé sa crédibilité de « méchant » à mes yeux... Renforcé par son utilisation comme un pied d'un mecha du film, directement inspiré de... Aliens. A vrai dire, le héros de ce film est tout simplement l'image de synthèse maitrisée du bout des ongles. Pour le reste, Cameron y a appliqué ses vieilles recettes d'il y a vingt ans, pour combler le vide intersidéral qu'il y a derrière un amas de polygones... Car, oui c'est « beau », la colorimétrie est très saturée au piqué vif, renforçant d'ailleurs le côté « dessin animé » du film avec sa jungle verte, ses arbres violets et ses oiseaux rouges. C'est « beau » mais au sens superficiel du terme. C'est à dire que cette imagerie est totalement factice, ça crève les yeux, on nous créé un bel univers mais il est « créé » de toutes pièces (de la conception à la fabrication) et ça se voit, ça se sait. Par conséquent, l'aspect esthétique du film en devient totalement désuet sur 2H30 à ne rien dire, bourré de lourdeurs et de prévisibilité aberrante pour du James Cameron. Même quand on savait que Titanic allait couler, il nous surprenait dans la manière de nous le montrer. Pour Avatar, il reste extrêmement superficiel...

Comme annoncé, Avatar révolutionne t-il le Cinéma ? Non. Révolutionne t-il la Science-Fiction ? Non. Révolutionne t-il la 3D ? Non plus. Non plus, car techniquement c'est très basique avec de la motion capture filmé sur fond vert et des images de synthèses tel qu'on le connait depuis des années. Après, la planète est belle, elle est verte, rose, orange, bleu dans des couleurs purs qui contrastent avec le gris pâle des engins militaires terriens... C'est pas franchement nouveau, pas franchement subtil... Mais c'est quoi, alors ?

Un film simpliste qui traite de la tolérance envers les gens « différents » sur fond de belles images colorées exotiques qui font rêver une partie d'un public. En fait, Cameron n'a strictement rien à dire, il voulait filmer des images de synthèses, ni plus, ni moins. Est-ce que créativement parlant ça valait le coup ? Ca ne valait pas 2H30 de film... mais dans ce cas, comment rentabiliser la tonne de travail à créer ces images si c'est pour les utiliser pendant seulement 85 minutes ? On est en face d'une équation difficile à résoudre : fabriquer de « belles » images, ça coûte cher, ça prend du temps mais ça ne remplace pas un crayon et du papier pour pondre une histoire complète et un storyboard dynamique. Voilà la morale d'Avatar. Notez que je n'ai pas parlé de la stéréoscopie. Normal je l'ai vu en format classique. Mais qu'on ne vienne pas me sortir qu'un relief transfigure un scénario simplet et un rythme longuet en chef d'œuvre profond et prenant... Sinon, je devrais affirmer que les Dents de la Mer 3 (un des tous premiers films à utiliser la stéréoscopie) est une œuvre absolue dans l'Histoire du Cinéma... Vous ne voudriez pas m'obliger à dire ça, hein ?