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La Planète des Singes : les Origines

sortie le 10/08/2011

Le roman de Pierre Boule, La Planète des Singes, est trop bien ancré dans l'histoire de la science-fiction pour que Hollywood puisse l'oublier. Marqué par le film de Franklin F. Schaffner en 1968 avec l'inoubliable séquence finale jouée par Charlton Heston, la licence est finalement revenu régulièrement sur grand écran par quatre fois pour constituer un ensemble couvrant l'ensemble du roman. L'année 2001 fut aussi l'occasion pour Tim Burton de s'essayer aux blockbusters... Malgré le plaisir de voir des maquillages à l'ancienne extrêmement réussis, on ne peut pas dire que cette vision aseptisée ait choyé la foule. Puis, dans une époque où les remakes, fausses suites et autres adaptations n'ont jamais eu autant la côte, revoici La Planète des Singes, mais faisant office de préquelle. Réalisé par Rupert Wyatt, avec le très courtisé James Franco et « l'acteur numérique » le plus connu du milieu, Andy Serkis (Le Seigneur des Anneaux, King Kong, mais aussi Enslaved et Heavenly Sword en jeux vidéo).

Il a vu, il est venu et il a vaincu

Ce nouveau film est à apprivoisé comme étant une partie de l'histoire indépendante. Les fans de chronologie et de films y verront un prologue au film de 1968 ou encore un remake de La Conquête de la Planète des Singes, mais en vérité il sort de ce contexte. C’est avant tout l'histoire de César, un singe intelligent qui, par ses yeux naïfs, va découvrir la cruauté et l'avidité des hommes. La star du film n'est d'autre que César, celui qui sonna la révolte des singes contre les humains. Le scénario est d'ailleurs très léger, textuellement parlant. N'allez surtout pas imaginer une aventures prenante comme en 1968 ! C'est un métrage qui nous dévoile l'évolution émotionnelle et psychologique de ce singe qui agit et a été élevé comme un être humain.
Le pitch est contemporain, renforçant au passage l'éloignement des films de 1970 pour une relecture actuelle du roman de Boule. Pour soigner la maladie d'Alzheimer, dont est atteint son père, le scientifique Will Rodman (James Franco) mène une expérimentation sur un remède sous forme d'injection boostant les capacités cognitives du patient. Les différents tests sont en premier lieu effectués sur des chimpanzés jusqu'au jour où il est couronné de succès. Mais le jour où l'approbation au passage de tests humains arrive, l’agressivité maternelle du chimpanzée en question est confondu avec un effet secondaire du projet. Will Rodman voit ses efforts réduits à néant mais rentre à la maison avec dans ses bras le petit du chimpanzé en question... Dont le remède expérimentale s'est transmis génétiquement. En secret, le personnage de James Franco va élevé César comme un membre de sa petite famille en compagnie de son père (John Lighgow).

Le casting a beau être très alléchant, dont James Franco qui monte en puissance en alternant films indépendants, blockbusters et projets d'envergure depuis plusieurs années (le garçon a aussi repris ses études à l'université et apparaît régulièrement à la télévision), et John Lighgow ; la star est incontestablement Andy Serkis. Comme il le rappelle lui-même, il a beau jouer uniquement avec des capteurs de mouvements sur fond bleu, son travail reste celui d'un acteur. Et, à vraie dire, son interprétation de César est la plus impressionnante de sa carrière jusqu'alors. Mélange de performance émotionnelle puissante à travers un jeu de regard, de mimiques et de gestuelles expressives et de performance physique à travers des postures et des mouvements animales impressionnants, César est d'une crédibilité époustouflante. Toute la qualité du film et du propos repose sur cette frontière légère entre l'homme et l'animal. Et pour cela, il fallait justement créer un amalgame visuel entre l'animal et l'humain... D'où le choix judicieux de la Mocap et de l'image de synthèse travaillé dans les studios Weta. Dans ce cas présent, on peut clairement affirmer que la technologie a magnifiquement servi le propos du film et non l'inverse. C’est probablement cette direction artistique qui rend tout le métrage crédible et intéressant. Car, il faut l'avouer, scénaristiquement, ça ne casse pas trois briques. Ces 100 minutes ne racontent pas les « origines de la Planète des Singes » comme l'indique le titre française mais radicalement la « Révolte des Singes » tel le titre original (Rise of the Apes). C'est une expérience très visuel et sensoriel mais certainement pas narratif. C’est pourquoi certains pourraient être déçus... Cependant, à aucun moment on nous a affirmé le contraire et on voit que la volonté du réalisateur est confirmé dans les faits. Nous assisterons, avec un regard impuissant et extérieur, aux expériences traumatisantes et incompréhensives de ce singe assimilé à un enfant au monde des adultes. Et c'est grâce à la technologie évoquée plus haut et à la qualité de Serkis que tout repose. C'est réussi en tant que tel car la palette d'émotions que ressent ce « singe » est si large et aussi brutes qu'elle va frapper le spectateur. Un peu comme si on redécouvrait la tristesse, la colère, l'incompréhension ou même la joie dans un jeu d'acteur humain... Ici, on peut la voir de manière brute sans paraître caricaturale grâce au contexte animalier. Et comme visuellement, c'est extrêmement réaliste, on aime se prendre au jeu de ce « singe humain », un peu comme quand Disney nous faisait croire que Bambi était un petit garçon.

Quel parti pris ?

Si émotionellement parlant, Rise of the Apes remplit son rôle avec brio emmenant le spectateur vers un univers surprenant par sa crédibilité et étrangeté, il ne trouve pas ses marques par rapport au message puissant qu'il est censé délivrer. La Planète des Singes est un roman dérangeant par son propos consistant à affirmer que la suprématie humaine est illusoire. Tout y est décortiqué et critiqué dans les savoir-faires humains, dans leur relation aux animaux, aux esclaves (ce qui n'est plus tout à fait d'actualité maintenant mais le fond reste le même), relation à la science, aux croyances, la peur de l'inconnue, etc tout y est mis en valeur en inversant sa posture avec les singes. Dans le film de 1968, en accord avec le contexte politique et sociale de l'époque, on y expliquait que c’est la Guerre Nucléaire qui avait provoqué l'extinction des humains. Le roman sert irrémédiablement de catalyseur à la critique de la nature humaine. Mais qu'en est-il de ce métrage de 2011 ? Il est, hélas, bien consensuel. Le réalisateur fait bien attention de ne pas prendre parti dans cette révolte. Mais, le plus frustrant est qu'il laisse plein de messages et symboles visuels puissants dans son film. Le poing levé de la révolte, une lance fabriquée à partir de barreau de zoo, une fenêtre comme symbole de liberté, l'hypocrisie humaine à demander de l'aide à son « prisonnier », sont les exemples les plus plus simples et surtout les moins « spoilant » qu'on puisse donner ici. Hélas, tous ces petits messages, ces bribes de messages, même, ne sont pas poussés. Ils existent et ils sont illustrés par l'image et sont même suffisamment explicites pour ne pas les manquer (certains diront même que c'est grossier et prétentieux). Mais, ça part dans toutes les directions au point où on ne saura pas quel est le message de la création : on parle d'une ode à la liberté ? On parle du fait que l'homme peut se montrer plus sauvage que l'animal lui même ? Qu'il est dangereux d'élever un animal comme un humain ? Que l'industrie pharmaceutique n'a pas grand chose de valeureux ? Le truc est qu'en laissant autant de pistes inachevées, non seulement n'importe qui peut y trouver des justifications vaseuses (ma référence à Bambi n'est justement pas anodine) mais surtout on a l'impression que le métrage n'a pas délivrée tout son potentiel.

Si on passe par plusieurs sensations le long des 100 minutes, la dernière et l'ultime est bien la déception... On a tellement envie de voir plus, d'entendre plus de choses qu'on est déçu de l'approche uniquement formelle du roman. Absolument tout tourne autour du personnage de César, ni plus, ni moins. Nous sommes face à un « blockbuster » au vrai sens du terme : long-métrage hollywoodien visuellement impressionnant pour toute la famille et tous les publics (peu importe leur culture, peu importe leurs croyances, peu importe leur connaissance du roman ou des films). Et cet agrandissement du public explique un message beaucoup trop pudique. Reste à savoir s'il existe une version longue qui permet d'approfondir les thèmes jugés les plus explicites ou s'il a toujours été conçu pour être un film grand public. En tout cas, il y a un énorme sentiment d'inachevé vis à vis du matériau original...

La Planète des Singes : les Origines est finalement le genre de film qu'on aurait aimé voir à la direction une meilleure personnalité. Taillé pour être un blockbuster et rien de plus, il ne contentera pas aux lecteurs du roman et des thématiques abordées. En revanche, il humanise totalement le personnage hiératique de César, qui est à l'origine de la civilisation des singes et qui n'a jamais été le personnage principal du roman. En cela, les fans ou même curieux prendront beaucoup de plaisir à aborder le film de la sorte. Et tant mieux puisque c'est uniquement là dessus qu'il se base. On l'a dit, c’est réussi et le spectateur se sentira concerné par ce personnage afin d'y éprouver au minimum de l'empathie. On regrette juste que ce soit seulement une belle vitrine formelle mis en boite avec efficacité au détriment de tout message et parti pris francs... Par contre, à l'inverse de métrages comme Avatar ou Watchmen, on sent une âme et une vie impliquée derrière ces images de synthèse, avec une réussite émotionnelle par des choix de situations, d'élans musicaux et de force d’interprétation. Et quitte à se répéter sur la pointe de déception en fin de film, on n'oubliera pas la formidable expérience que l'on vit grâce au travail d'Andy Serkis et le studio Weta.