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Sherlock Holmes

sortie le 3/02/2010

Passé dans la culture générale, Sherlock Holmes est connu pour sa pipe, sa casquette, son visage allongé et son « élémentaire, mon cher Watson ». Hélas, qui a déjà lu une nouvelle ou un roman de Sir Arthur Conan Doyles qui a écrit sur son personnage fétiche entre 1887 et 1925 ? Personne, hein ?... C'est pour ça que Guy Ritchie a dû fortement apprécié de rétablir la vérité sur Sherlock Holmes, en 2010. De même pour Robert Downey Jr dans le rôle-titre et de Judd Law dans le rôle de son fidèle complice et narrateur de ses exploits, John Watson.

Le « vrai » Sherlock

Comme introduit ci-haut, Sherlock Holmes, créé en 1887 est devenu un personnage populaire, notamment grâce aux premiers films dans les années 30. Hélas, quand une création passe dans un certain domaine public, toute son essence s'évapore au fil des années. Et c'est en toute ignorance que l'on appréhende le personnage avec son côté « british gentleman » totalement faussé. En effet, le personnage littéraire est régulièrement présenté comme un personnage en marge de la société à cause de son implication totale dans la résolution des énigmes. Ainsi, Doyles a déjà présenté le personnage comme quelqu'un étant capable de ne pas se laver pendant 15 jours... Présenté comme quelqu'un qui pratique les arts martiaux (notamment dans une lutte contre le Professeur Moriarty)... ça vous étonne hein ? Il est clair que si le spectateur s'en va regarder Sherlock Holmes 2009 (il est sorti en 2009 aux Etats-Unis en résistant au monstre Avatar au box-office), en pensant avoir « sa vraie vision » du héros en tête, il en sera tout retourné.
Contrairement aux apparences, Guy Ritchie n'a pas été mandaté pour faire de Sherlock Holmes un personnage cool pouvant devenir le nouveau modèle pour adolescent en manque de personnalité... Nope ! Le projet part en vérité d'une volonté de donner une vision plus proche des écrits qu'une ersatz de Maigret.

Il est après tout à fait compréhensible que dans les années 30, nous ne voulions pas donner une image de héros dégueulasse bohémien au grand public. Mais nous sommes en 2010 désormais, et il est de bon aloi de rendre à Holmes ce qui appartient à Holmes : son originalité.

Robert Downey Jr, acteur revenu au premier plan hollywoodien tombe à pic puisque son « nouveau style » de branleur désabusé colle parfaitement à cette image d'enquêteur indépendant. Et accessoirement parce que sa femme est à la production du titre depuis le début, ahem. Peu importe. Le film met en valeur un personnage qui ne se coiffe pas, qui se moque de la police, imbu de ses capacités d'observation et déduction, qui flingue les murs quand il s'emmerde et on s'aperçoit le long du film que sa barbe pousse, déduisant alors qu'il ne s'est pas lavé durant cette aventure trépidante. Effectivement, on sent que le film fait tout pour dépeindre un tableau du héros. On enchaine beaucoup de scènes du quotidien du héros que ce soit au plus insignifiant ou de son trafic du combat de rue (il combat et Watson parie). La réalisation du film est pourtant très subtile car cela s'enchaine tout naturellement en suivant l'intrigue principal et par conséquent plein de scènes apparement anodines sont justifiés par le script. Pourtant, quand on met bout à bout toutes les informations personnelles du héros on se rend compte que l'on a réussi à condenser tout ce que l'on sait de lui : maitre du déguisement, art du jujitsu, s'ennuie facilement, arrogant, trop dépendant de Watson, n'aime personne, insinuation de prise de drogue... La liste est très longue et c'est au final un portrait plein de détails et de justesse que l'on traite dans ce film, sans pour autant oublier le rythme.

Car ne nous trompons pas. Sherlock Holmes, c'est du Cinéma-Spectacle. C'est là pour nous faire passer un bon vieux cocktail d'action, d'humour et d'aventure. En ce sens, le rythme est très bien géré où l'on navigue entre les eaux de l'intrigue qui se met en place, les eaux de la présentation des personnages, les eaux de l'intrigue secondaire liant Holmes et Watson, ainsi qu'une grosse dose d'humour omniprésent. Le film n'est pas très sérieux et est surtout là pour nous mettre en valeur le jeu d'acteur de Downey Jr et Judd Law. Les deux font d'ailleurs ce qu'on attend d'eux : le premier cabotine, grimace et joue de son image excentrique ; le second, plus réservé, arrive à ne pas être effacé en gardant une classe et une tenue exemplaire. On aurait tendance à dire que ce n'est pas très fin mais au final l'échange des deux compères opère admirablement bien grâce au metteur en scène trouvant les bons moments pour lier les deux inséparables et quand il faut mettre dans la distance pour éviter de tomber dans de la lourdeur. L'intrigue secondaire est justement là : Watson n'en peut plus de vivre avec son invivable ami et a rencontré une jeune femme. Une bonne occasion pour « s'émanciper ». L'autre, en revanche, ne vit que pour les énigmes, mais est perdu sans son ami docteur... Un bel exemple de duo qui fonctionne parfaitement bien : que ce soit dans le jeu d'acteur où ils sont totalement complémentaire, l'un rattrapant toujours l'autre ; ou que ce soit dans le scénario où on nous explique bien l'importance de leur amitié, lié à la réussit de nombreuses enquêtes. On nous explique aussi que Watson vend les récits de Holmes, expliquant ainsi pourquoi il lest le narrateur dans les récits de Conan Doyles... Le film est ainsi bourré de petits détails qui rendent l'univers riche, crédible et surtout attractif, tout en conservant la matière première datant des années 1900 : il y a cent ans !

Une intrigue principale dont on se bat les burnes

Vous allez vous demander, en lisant cet article : « pourquoi n'a t-il pas encore parler du synopsis ? ». C'est exact. Parce qu'en premier lieu, ce qui intéressait était de briser l'a priori sur le film et sur l'univers littéraire d'origine. Ensuite, parce que l'intrigue principale est franchement médiocre. Lors d'une enquête, Holmes arrête un meurtrier adepte de magie noire, Lord Blackwood. Seulement, juste avant d'être exécuté par pendaison, il lance un avertissement à notre héros : il reviendra d'entre les morts et Holmes sera confronté à quelque chose que la science ne peut expliquer. Et c'est exact puisque le vilain sort de son cercueil... Holmes est donc ré-appelé à enquêter de nouveau sur ce cas hors-norme. Déjà, ce qui gêne dans ce film, dans cette enquête, c'est le terme « magie noir ». Dès le début, on sent trop la supercherie et sans spoiler on a déjà résolu l'enquête de ces crimes « paranormaux » avant notre héros... Un comble pour un personnage qui a le sens de l'observation pour prendre à revers son lecteur... Ou en l'occurrence son spectateur. Toute la partie « analyse » de notre enquêteur rebelle se focalise finalement sur des détails de séquences annexes et non sur la résolution de l'intrigue. On comprend alors le mode de fonctionnement du héros dans des flashbacks et ralentis où sa voie off explique à notre œil trop moyen ce qu'il faut voir, ce qu'il faut analyser pour mieux appréhender la situation. Un effet de style qui pourra paraître grossier aux yeux de certains mais qui permet, d'une certaine façon, de rentrer dans l'intimité du héros (puisqu'on l'entend passer et on voit ce qu'il voit via ces effets de style). Ce qui a pour effet de s'attacher un peu plus à ce Sherlock Holmes. Ce qui n'est pas de trop quand on s 'attache trop au cliché « monsieur pipe et casquette écossaise ».

Même si, de la bouche de la production et de Guy Ritchie, on a voulu faire « réaliste », on sent qu'au travers d'un tel soin visuel, on cherche à briser le stéréotype du personnage. C'est comme ça que le travail des décors et costumes d'époque impressionnent. Pas seulement pour leur richesse (costumes d'une finesse élégante) mais aussi pour le travail colorimétrique du film. Saturé, pétardant de couleurs vives et d'un contraste accentué, l'univers visuel du film ressemble beaucoup à une sorte d'illustration de l'époque. Autrement dit, un univers visuel assez renforcé, presque caricaturé mais néanmoins bien caricaturé car travaillé sur l'image même : couleurs, contrastes et évidements mouvements de caméra. Ritchie a travaillé sur pas mal d'effets caméra pour rendre plus attractif et contemporain l'époque du film. Que ce soit une caméra qui fait un 180% en arrière ou une caméra à l'épaule pour une course poursuite impressionnante, la mise en scène dynamique et assez explicite donne au spectateur deux heures de folie bien rythmées. Evidement, Sherlock oblige, il y a beaucoup de dialogues, mais on en arrive à bien jouer entre les mises en scènes calmes et survoltées. Mais jamais on s'ennuiera car le script implique du mouvement constant. Sherlock Holmes étant un personnage qui a la bougeotte, on le verra se déplacer régulièrement et ainsi faire avancer le récit. Et si, par inadvertance, de longs dialogues intervenaient, il y aura toujours cet humour si mimique et ce sens de la répartie si franc que le spectateur ne devrait pas s'emmerder une seule seconde.

Synthèse entre le spectacle du XXIème siècle et la rigueur d'écriture du XXème, Sherlock Holmes bascule plus aisément vers la première partie. A cause d'un scénario principal dénué d'intérêt et de son bad guy sans aucun charisme et très peu présent à l'écran et d'une résolution torchée en deux minutes et trois plans flashbacks, le film de 2009 pourra décevoir les plus fervents admirateurs de la littérature. Mais, le film a en fait vocation de mettre en place l'univers et surtout de nous présenter son duo d'enquêteurs avec leurs qualités et défauts et évidement leur forte personnalité. Et sur ce dernier point, le film est tout simplement croustillant. Exercice au final très formel, Sherlock Holmes 2009 nous peint deux lascars plein d'audace, de complémentarité et de charisme incarnés par deux grands acteurs du Cinéma crevant l'écran.
C'est subtil, il y a un gros travail de dialoguistes, de décors, d'interprète et de mise en scène. Il lui manque une enquête pas trop conne et c'est ce que le deuxième épisode amènera. Car, ce premier volet n'est là que pour poser les bases. Malgré la grande qualité de ces bases, une enquête plus minutieuse aurait été souhaitable. Robert Downey Jr, Judd Law, Guy Ritchie et même Hans Zimmer à qui l'on doit la composition du film (épique, envolé, lyrique et surtout très humoristique avec beaucoup de pics aiguës) permettent de nous dévoiler un Sherlock Holmes grisant. On veut la suite mais avec un bon scénario principal !