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Damages

Première diffusion le 24/07/2007 sur FX

En ce moment, j'ai un don pour trouver des liens avec l'actualité sur de vieux sujets, histoire d'avoir toujours quelque chose à écrire. Il y a deux semaines, j'ai trouvé le moyen de vous écrire sur Parasite Eve, qui a plus de dix ans et là je vais trouver le moyen d'écrire sur la série Damages. En effet, bien que la série soit « en suspend » depuis plus d'un an, elle est toujours au cœur de l'actualité puisque la chaine câblé FX tente de revendre le projet à une chaine ayant plus de moyens. Malgré des critiques élogieuses, l'audience a chuté pour rendre damages non-rentable, mais les producteurs essayent malgré tout de faire survivre cette série au casting prestigieuse : Glenn Close, Rose Byrne, Ted Danson ou encore Timothy Olyphant (pour la saison 2).

On va alors écrire un petit papier sur cette série, ses qualités, son intérêt, son évolution et voir si on peut conclure si Damages mérite ou non qu'elle soit sauvée.

Petit rappel technique. En 2007, une création de Tood.A.Kessler, Glenn Kessler et Daniel Zelman émerge pour le petit écran américain. Le 24 juillet de la même année, FX lance Damages avec en tête d'affiche, Glenn Close qui s'était fait remarquer par retour tonitruant sur la saison 4 de the Shield, sur la même chaine. Elle a, cette fois, sa série à elle et va imposer son personnage ambivalent Patty Hewes. P.Hewes est une avocate prête à tout pour résoudre son affaire et a une réputation parfaite, de remporter tous ces procès. Elle va accueillir dans son cabinet une jeune avocate talentueuse, Ellen Parsons, incarnée par Rose Byrne. La ligne rouge de la série va s'articuler autour de la relation entre l'avocate expérimentée possessive et l'avocate qui va rentrer dans le véritable monde sans scrupules de la finance et de la lutte des classes.

Une saison 1 oppressante

La saison est celle qui nous donne vite le ton. Elle nous explique surtout le concept de la série. Chaque saison suit une enquête du cabinet de Patty Hewes et surtout est monté en multipliant les flashreward, flashbacks et ellipses abusifs. Le but du jeu étant de donner un aperçu de la fin de l'histoire dès le début de la saison et de petit à petit expliquer en temps réel les aboutissements à ces flashs de fin. Bien entendu, la fin de chaque saison est marqué de scène forte, presque choquante, histoire d'éveiller la curiosité du téléspectateur.

Nous débutons alors la saison 1 en adoptant surtout le point de vue d'Ellen Parsons. Difficile à dire quelle est l'héroïne de la série d'ailleurs, car le téléspectateur ne connait pas du tout Patty Hewes et va rentrer de plus en plus dans intimité en même temps que la jeune recrue, Ellen Parsons.Du point de vue du narrateur, Ellen Parsons est l'héroïne : brillante et découvre son univers en même temps que le spectateur, l'identification est très proche. Pourtant dès le début de la saison, le contraste est fort : jeune fille doué mais clairement naïve quand la narration est au présent, mais fille apeurée et ensanglantée dans la séquence flashforward où on nous entre-ouvre une fenêtre vers la fin de l'histoire. Mais comment alors cette jeune fille peut-elle tombée comme ça en treize épisodes ?

L'intrigue est lancé de fort belle manière, le spectateur est donc plongé dans l'intrigue dès le premier épisode, grâce à un jeu de réalisation distinct entre le temps réel : image léchée, souvent joué sur le contraste de l'image, les plans souvent bien découpées et n'hésitant pas d'abuser de « portraits » sur les personnages pour les mettre en valeur. Après tout, c'est une série verbeuse, une caméra posé est préférable. En revanche, quand les séquences de fin tombent, l'image est granuleuse, pâle, caméra à l'épaule et tremblante, avec un filtre froid, tout est mis en œuvre pour montrer une instabilité pressante et dramatique à l'opposée de la maitrise de l'image sur le temps réel.

Jouer une série sur un simple concept de montage est franchement limite mais heureusement, il n'y a pas que ça. La saison 1 nous narre le procès de Patty Hewes contre Arthur Frobisher, un entrepreneur qui a été blanchi de « délit d'initiés » (il a vendu toutes ses parts de son entreprise, juste avant qu'elle chute en bourse). Mais P.Hewes ne supportant pas cette hypocrisie et cette malhonnêteté, s'engage dans un bras de fer juridique avec le riche PDG, joué par le charismatique Ted Danson. Glenn Close contre Ted Danson, ça peut paraître étrange et pourtant... Danson a un jeu plutôt discret dans cette série et pourtant, ses petits tics, expressions et attitudes nonchalantes feignant l'ignorance face à un délit financier très courant mais fatal à de nombreux boursicoteurs, font de cet personnage une véritable pourriture des temps modernes. La série met aussi en avant les nombreuses connexions et relations qu'a ce joli monde « d'en haut », y compris chez la soit disante « gentille » de l'histoire. Le spectateur est invité à voir l'envers du décors des avocats de ce milieu de la haute finance n'hésitant pas à engager détectives privés pour toute sorte de travail peu scrupuleux, allant même jusqu'au meurtre !

Damages saison 1, est une série verbeuse bourrée de machinations plus ou moins crédibles (genre j'ai un contact par ci, par là et on renverse la situation, preuves à l'appui) où on se laisse prendre au jeu, tout en ayant dans un coin de la tête cette fin étrange, qui ne demande qu'à avoir une explication. Puis, la fin arrive et... on a affaire à un manque de cohérence un peu étrange, un peu trop posé où les éléments du puzzle s'emboitent bien mais forme une image incomplète... Damages nous montre pendant treize épisodes, un rythme oppressant, bourré de rebondissements juridiques plausibles et un travail relationnel entre tous les personnages principaux très intriguant bourré de non-dit... Puis la fin arrive et on a perdu le fil. Sans spoiler, on a une fin qui aurait très bien pu se terminer par un point final sombre et pessimiste mais se termine par un point de suspension forcé, histoire de justifier une seconde saison... Dès la saison 1, il manque une fin qui définit la maitrise du projet. A ce moment là, on se demande si les créateurs savent où ils vont...

Saison 2, on prend les mêmes, mais...

La saison 2 est considéré par les fans comme la moins bonne de la série. Sans forcément faire de classement, c'est surtout la plus plate. Un nouveau procès démarre avec la société UNR, spécialisé dans les énergies (vous savez l'écologie, tout ça, une mine d'or) qui s'amuse à détourner toutes les lois environnementale pour s'enrichir. Ca débute par la falsification d'une étude de toxicité (soit disant indépendante) sur un nouveau produit énergétique, et ça finit en manipulation boursière sur les besoins en électricité. Toute une société qui s'amuse à manipuler l'énergie des Etats-Unis. Un sujet très intéressant nous montrant sous divers angles que l'écologie n'est rien de plus qu'un nouveau commerce comme en témoigne la nouvelle société d'Arthur Frobisher en voie de rédemption qu'il qualifie de « d'énergie pure et tous ces trucs ».. Le sujet de la saison 2 montre aussi la manipulation des examens sanitaires, pas si indépendants qu'on aimerait le faire croire (ce fait est pourtant déjà connu depuis des années). Bref, on touche à l'économie que génère le marché de l'énergie.

C'est un sujet fort intéressant mais hélas, mis en scène d'une manière bien trop manichéenne et donc au final, trop irréaliste. En effet, chaque qualité a son contraire dans cette saison. Le PDG d'UNR a son contraire avec Arthur Frobisher qui tente de se repentir de ses actes passés ; et Patty Hewes a Ellen Parsons qui ne supporte plus ses mensonges et ses « crimes ». Ange ou démon ? La frontière est limite. C'est la morale bien peu originale de cette saison.

Au final, on se retrouve avec les mêmes ingrédients que la première saison mais avec la confrontation entre Ellen et Patty qui s'accentue. Dans cette saison, Ellen joue la taupe pour le FBI qui mène une enquête contre Patty. Et franchement, Rose Byrne qui joue la méchante de service, ce n'est pas du tout crédible. Dans cette saison, Rose Byrne fait la moue 24H/24, tente de jouer les manipulatrices mais n'a aucunement le charisme de Glenn Close, la faute à un visage d'ange et une expression de méchanceté un peu trop systématique pour être prise au sérieuse. Un personnage principal qui perd de la crédibilité n'est pas ce qui aide dans cette saison... Mais si en plus, on met de côté volontairement les états d'âme du personnage de Glenn Close, que les retournements de situations deviennent répétitives et donc peu crédibles : un jour, je t'aide, le lendemain je ne t'aide plus, puis ensuite j'y suis forcé, puis ensuite je dois t'avouer que ; tout ça avec un seul personnage, sans compter les tentatives de trahison avortées que l'on connait déjà depuis la saison 1... Le montage par flashrewards ne fonctionne plus trop non plus car voir Ellen en gros plan jouer la méchante, c'est plus amusant que flippant, on est donc pas particulièrement passionné par l'affaire...
Au final, la saison 2 est sans surprises et se termine par une « case départ », pas particulièrement intéressante, mais qui met en avant une Glenn Close plus forte que jamais.

La saison 3 : une affaire de famille

Les retours à la case départ servent surtout aux créateurs, de relancer un peu le concept de leur série et d'éviter la routine. Mais, user de ce genre d'artifice dès une troisième saison n'est pas vraiment un signe de bon augure. Damages S3 tente alors de repartir sur un nouveau postulat. Patty Hewes travaille à nouveau seule, toujours avec son fidèle Tom Shayes ; et Ellen travaille désormais pour le procureur. Les deux « madames » du milieu juridique vont se retrouver face à face dans une affaire de fraude fiscale (encore, oui, mais c'est la rayon de Hewes) qui entache toute la famille Tobin. Le patriarche, a en effet, crée plusieurs sociétés fictives dans le milieu de la bourse pour récupérer l'argent des actionnaires. Seulement, contrairement aux deux autres saisons, il n'y a pas de clash entre gros magnat du monde des affaires et Patty Hewes. Louis Tobin se confesse le jour de Thanksgiving et en attendant son procès, il est assigné à résidence (il ne peut pas quitter sa maison). Pendant ce temps, Patty défend les citoyens qui avaient épargné leurs économies dans ces sociétés fictives. Selon elle, la meilleure défense est de récupérer le butin blanchi et caché de la famille Tobin.
De l'autre côté, chez les Tobin, le filston est furieux des crimes de son père qui l'affecte dans la vie de tous les jours malgré son innocence. Mais il devra faire un choix : privé de revenus, sa famille habitué au grand luxe a besoin d'argent. Faudra t-il honorer le nom de sa famille en réglant l'affaire rapidement... ou tout faire pour récupérer l'argent sale pour faire vivre sa famille ?

Et toute la famille Tobin va alors passer au crible : qui ment ? Qui connait les magouilles du Père ? Qui est au courant ? Etc etc. Un gloubi-boulga de questions qui va se terminer par... la mort de Tom Shayes ! Et oui ! Le premier épisode nous dévoile en Flashreward, la mort de Tom Shayes, l'associé de Patty qui nous était habitué de voir depuis la S1. Mais comment ? Où ? Pourquoi ? C'est tout le but de cette troisième saison. L'intrigue reprend alors ses qualités de la première saison, le contraste entre le postulat de départ et la finalité de l'affaire est assez énorme, il faudra alors bien suivre pour comprendre les tenants du scénario. La famille Tobin semble plutôt inoffensive dans un premier temps mais va petit à petit dévoiler des noirs desseins, au nom de l'argent. On va rentrer dans les affaires de famille des criminels donc et c'est un point de vue assez intéressant, qui change des autres saisons. Malheureusement, le quotidien d'une famille de riches est assez ennuyeux. Le rythme de cette saison est terriblement longue, lente avec une Glenn Close, bizarrement effacé et même dépassée dans la deuxième partie de la saison ! Il faut aussi dire que les « bad guies » de la saison ont tous une tête de « premier de la classe » avec l'attitude péteuse qui va avec... Pas de quoi rentrer dans des clashs ou tensions dramatiques. Pendant tout ce temps, les scénaristes vont s'attarder sur les problèmes de famille de tous les persos (baah tant qu'à faire !) : Patty qui se retrouve toute seule en virant son mari et son fils, Ellen qui a une famille de ploucs et une sœur défoncé à la meth (enfant en bagage), Tom qui a des problèmes de fric avec une bourgeoise qui comprend rien de rien, et l'avocat des Tobin, qui semble avoir des problèmes de « confiance en soi » (on ne va pas spoiler).

Bref, c'est la Famille en Or et c'est tout aussi subtile que l'émission de télé. Le scénario s'éparpille dans tous les sens en s'emmerdant aussi avec un troisième temps : le passé. Et v'là qu'on créé des flashbacks sur les Tobin, sur la jeunesse de Patty et même sur la nounou d'Ellen (qui n'apporte rien de rien à l'histoire)... Les scénaristes ne savent pas du tout où aller et essayent de dire quelque chose... Mais rien ne vient. Damages prend un tournant plus psychologique mais un mélange entre psychologie de comptoir et surréaliste, où la mise en scène est beaucoup beaucoup trop forcé avec tout un tas d'effets de style inutiles (les rêves de Patty mal amenés, Patty qui casse une tasse pour l'effet dramatique qu'on nous a resservi à chaque saison), sans compter les problèmes d'écriture où on nous refourgue la célèbre astuce de « Tom Shayes fait croire qu'il quitte Patty mais non c'est une ruse », gros comme une maison...

Damages S3 tentait de revenir vers des bases, mais au final la série ne sait pas du tout sur quel pied danser et il aurait fallu avoir des partis pris plus forts que ça. La saison 3 est bourré d'idées mais éparpillés. Et que diable, pourquoi réintégrer le personnage de Ted Danson si c'est pour le faire passer pour un clown ? Si la série est trop chère à produire, il faudrait déjà éviter de donner un cachet exorbitant à Danson pour rien... Eviter d'inventer des nouveaux personnages pour un oui ou pour un non... La série se termine d'ailleurs par un silence de Glenn Close, bien trop éloquent pour des scénaristes en quête d'identité.

Cette saison 5 est donc est une énorme déception, principalement à cause de nouveaux personnages sans saveur, sans profondeur, sans background et qui font tous un aller-retour ne faisant que renforcer cette sensation de « bâclage » ou du moins, de « non-maitrise ». On aurait aimé un scénario mettant en avant la paternité avec Astor, Cody et Harrisson, on se retrouve avec le « chevalier servant venant libérer la princesse » ou une sorte de remake de « Belle et la Bête », version inachevée puisque Dexter ne devient pas forcément humain. Mauvaise direction pour une saison 5 creuse qui coïncide avec le départ du showrunner Clyde Phillips, remplacé par un ancien co-producteur de la série 24, Chip Johannessen. Simple coïncidence ? Heureusement, le bonhomme s'en va déjà et est remplacé par Scott Buck, présent depuis la seconde saison en tant que co-producteur.