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Dexter - saison 5

diffusé du 26/09 au 12/12/2010 sur Showtime

Vient de se terminer la saison 5 de la série Dexter. On vous avait déjà écrit une critique sur la saison 4 conclu comme étant la saison la plus aboutie (malgré quelques sous-intrigues vite faits), se terminant sur une scène choc et un bouleversement total dans la vie de ce cher Dexter. La saison 5 reprend tout juste à la fin de la saison 4 et on va raconter un peu ce qu'elle vaut. Attention ! Pour les besoins de la critique, des spoilers seront révélés sur les saisons précédentes. Et un petit peu sur le tout début de la S5 pour bien situer les enjeux de la création.

Un deuil, c'est triste ; même pour un serial-killer

Vous avez bien lu l'avertissement spoiler ? C’est bon ? Vous avez déjà regardé la saison 4 ? Tout est ok. Dexter (Michael C. Hall) se retrouve alors face au dernier meurtre de Trinity (John Lithgow) : celui de sa femme, Rita (Julie Benz). La saison 5 débute dès l'arrivé de la Police et des ambulanciers au domicile du héros. Dexter, homme sans sentiments à la base, gère son choc d'une manière froide et distante comme à son habitude qui va aussitôt suscité l'intérêt de l'inspecteur Quinn (Desmond Harrington), faisant de Dexter son suspect numéro 1. Il faut aussi se rappeler que lui et Dex ont un contentieux depuis la S4 puisque ce dernier ayant vu le premier voler de l'argent sur les lieux d'un crime et ayant refusé toutes les « avances » de l'inspecteur pour se couvrir. Il en a résultat un fort soupçon l'un envers l'autre. Bref, Quinn fait chier pour le spectateur puisque ce dernier sait pertinemment qu'il n'y a rien entre eux. De plus, cet entêtement fait beaucoup trop penser au Sergent Doakes, des deux premières saisons. La sensation de redite est donc assez désobligeante pour le spectateur qui entame sa cinquième année de la série.

Comme bien souvent, les sous-intrigues seront présentes pour tenter de corps aux personnages secondaires. Et cette saison en abuse beaucoup. En vrac, vous aurez une enquête peu intéressante de coupeurs de tête, se résumant à des petits malfrats ridicules et la venue d'une nouvelle fliquette très stéréotypé (latino qui se tartine du gloss sur les lèvres d'un air « je sais tout »). En parlant de « je sais tout, de gloss et de latino », mais que devient cette chère Laguerta (Lauren Velèz) et ce Sergent Baptista (David Zayas) qui se marient pour préserver leur boulot ? Réponse : toujours aussi pénible, qui communique en donnant des ordres et des non-dits ne faisant que renforcer une antipathie pour la cheftaine. Baptista, faisant toujours office de toutou.

La saison 5 met un temps fou à réellement démarrer à vrai dire car les scénaristes ont abusé sur les non-dits, les intrigues annexes ne racontant rien d'intéressant, etc. Concernant Dexter, disons que l'intrigue va tenter de s'axer sans un premier temps à digérer le deuil de Rita, mais aussi d'apprendre à s'occuper seul des enfants. Mais ce sera très rapidement fait pour basculer vers un développement plus « humain » de Dexter. Il va apprendre à exprimer pour de bon, des sentiments, mais aussi des besoins plus humaines que ses besoins de tuer. Et c'est là qu'il va rencontrer Lumen (Julia Stiles), lors d'une chasse quelque peu foirée (faut dire que le Dex fait des conneries quand il est perturbé). Cette Lumen le voit tuer selon son rituel. Et pour cause, l'homme sous la lame n'est d'autre que son ravisseur et violeur ! Dexter ne peut pas tuer d’innocent mais ne peut pas non plus laisser un témoin s'enfuir... Il va alors tenter de lui faire comprendre qu'il l'a sauvé d'une mort certaine et l'encourager à fuir Miami. Pas de chance, la nana a des envies de vengeance et est quelque peu perturbé. Il va l'avoir sur les bras le long de la saison... Apprenant que c'est toute une bande de cinq personnes qui sont à l'origine de 13 tortures, viols et meurtres.

Même quand le méchant est un looser, ça va mal

Comme le veut la tradition : il doit y avoir un grand méchant. Et là, il y en a 5 ! Dit comme ça, le gars qui adore l'action dans la série est tout fou. Mais en fait, ce ne sont juste que des petits loosers de merde qui ne savent pas trop pourquoi ils font ça... Ils suivent comme des cons les ordres du boss. Et en tant que petite merde, leur mort le sera à leur image. Pas de grand rituel, pas d'enquête, pas de chasse à l'homme... Le rythme de cette saison est plutôt calme et tente de créer une relation entre Dexter et Lumen, la jeune femme qu'il protège. Sauf que le personnage de Lumen est assez insupportable car plutôt ignorante, plutôt frêle, plutôt fade, tout simplement. Le pire sera de voir que le personnage de Dexter fond comme une crème devant elle, accentuant alors un sale effet de « chevalier servant » qui sied très très mal à toute la genèse de la série. La deuxième partie de la série va d'ailleurs mettre ça tellement en avant qu'un personnage n'hésitera pas de se qualifier littéralement de Roméo et Juliette ou de Bonnie et Clyde. Dans le genre subtil, on a vu mieux. L'ensemble de cette intrigue est donc axé là dessus entrecoupé de temps en temps d'épisode se basant sur les relation de tel ou tel personnage. On adorera d'ailleurs l'épisode qui met en lumière, le personnage plus mature d'Astor, la fille de Rita (qui éclipse en un épisode le personnage de Lumen de toute la saison).

L'énorme problème de cette saison est qu'on ne raconte rien. En fait, tous les nouveaux personnages n'ont aucun background. On ne sait pas ce qu'était la vie de Lumen, ni pourquoi elle est là, ni pourquoi elle « reste » là. Le « boss » de la saison était pourtant très prometteur psychologiquement car très aigri et détruit, bien ressenti par une bonne interprétation de l'acteur Johnny Lee Miller. Mais son passé reste un mystère vaguement supposé dans la saison et on ne rentrera pas dans les détails de ce personnage plutôt brisé et trompe l’œil. Son dernier pitch sera d'ailleurs bien mal résumé par Dexter dans son monologue intérieur... On va mentionner l'apparition de Peter Weller (Robocop) qui trouve un rôle... complètement inutile et looser, là encore sans aucune profondeur. C'est plutôt ça qui choque finalement. Prendre le parti d'avoir un rythme plus calme et de s'axer sur le deuil (plutôt spécial) du héros est une bonne idée. Mais si c'est pour y placer des nouveaux personnages écrits à moitié, ça ne sert à rien et donne l'impression de saison baclée. Et je vous épargne la « fin » qui craint pas mal. Mais avec une pointe d'optimisme : comme le dit Debra « C'est enfin fini ». Oui, le deuil est terminé, retour à la case départ. Quel évolution pour l'humanité de Dexter ? On a aucune piste. Bonne façon pour bien relancer la série.

Cette saison 5 est donc est une énorme déception, principalement à cause de nouveaux personnages sans saveur, sans profondeur, sans background et qui font tous un aller-retour ne faisant que renforcer cette sensation de « bâclage » ou du moins, de « non-maitrise ». On aurait aimé un scénario mettant en avant la paternité avec Astor, Cody et Harrisson, on se retrouve avec le « chevalier servant venant libérer la princesse » ou une sorte de remake de « Belle et la Bête », version inachevée puisque Dexter ne devient pas forcément humain. Mauvaise direction pour une saison 5 creuse qui coïncide avec le départ du showrunner Clyde Phillips, remplacé par un ancien co-producteur de la série 24, Chip Johannessen. Simple coïncidence ? Heureusement, le bonhomme s'en va déjà et est remplacé par Scott Buck, présent depuis la seconde saison en tant que co-producteur.