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Sons of Anarchy

première diffusion le 3/09/2008 sur FX

Le 3 septembre 2008, la chaine FX connut un petit chamboulement. Toujours sur le cul après l'épisode final de The Shield au bout de sept saisons pleines, les spectateurs se devaient d'avoir le cran d'affronter une toute nouvelle série : Sons of Anarchy. Une série d'anthologie quitta le petit écran, aussitôt qu'une toute nouvelle arriva avec un potentiel tout aussi appuyé. A l'heure actuelle, la saison 2 de Sons of Anarchy vient de se terminer aux Etats-Unis et la saison 1 est distribuée en DVD-BD en France. Une bonne augure pour vous parler de cette série à découvrir absolument.

Les bikers : un monde pas si repoussant

D'emblée, c'est quoi Sons of Anarchy ? « Ben heuu, c'est une série sur les bikers ». C'est triste de définir la série de la sorte, mais c'est le cas. SoA est une série ayant pour cadre l'univers des bikers des Etats-Unis. Ce thème est généralement un frein pour se mettre dans l'aventure. Ce n'est pas franchement l'univers le plus connu chez nous, en France. Non, en France, le dernier héros français qui se la pétait sur une bécane, c'était le Commissaire Moulin... Tu m'étonnes que les bikers donnent pas envie, après ça. Mais, voilà, SoA va quand même plus loin qu'une illustration de motards clichée. Elle met en avant les notions de valeurs familiales au sein d'un club (car ce n'est pas un « gang », les clubs de bikers ont tous une structure légale), des notions de respect, de patriotisme pour sa ville, et de la préservation de celle-ci.

Sons of Anarchy nous narre donc les aventures du club « Sons of Anarchy Motorcycle Club Redwood Original », autrement dit « SAMCRO ». Fondé dans la petite ville de Farming en Californie par John Teller et Piermont « Piney » Winston, en 1967, le club de ces motards a pris de plus en plus d'ampleurs au fil des années pour finir à avoir plusieurs « chapters » au sein des Etats-Unis. Un chapter, c'est grosso modo, une branche ou filiale du club. SAMCRO n'est évidement pas le seul club du coin et leur principal ennemi est le club des Mayans, des bikers mexicains. SAMCRO fait de son principal business, la revente d'armes. Ils les montent et les revendent donc avec un plus-value important. Leur principal client étant les Niners, un gang afro-américain, eux aussi ennemis des Mayans puisqu'ayant leur territoire côté à côte. Dans le début de la série, SAMCRO se la joue donc à l'écart en armant les Niners contre les Mayans permettant aussi d'éloigner des mexicains. Tout va bien donc. Excepté qu'un dernier gang vient se mêler à l'histoire : les « Nords », des suprémacistes blancs (des fashos quoi) qui tentent de récupérer le territoire de Farming pour y dealer leurs amphets. Mais SAMCRO a un minimum de valeurs car la drogue y est interdite chez eux.

Une histoire de gangs, donc ? Oui et non. Comme bien souvent dans les séries américaines, nous avons une histoire principale qui sert de façade pour nous amener au nœud de la problématique. Car tout n'est pas rose au sein du club. Le Président, Clay Morrow est le beau-père de Jackson « Jax » Teller, le fils du fondateur du club, qui lui est Vice-Président. Deux personnes à deux âges différents, au tempérament et à la vision des choses différent. Le premier reste dans l'illégalité avec la vente d'armes, le second tente de suivre la voie que son père aurait voulu. En effet, Jax trouve des notes écrites par son défunt père et apprend que la motivation qui l'animait lors de la direction du club, n'était pas l'illégalité primaire comme symbole d'anarchisme, mais trouver le meilleur équilibre entre ses valeurs morales et la liberté de ses actes. Ne pas hésiter à dépasser la loi pour protéger sa famille par exemple. Mais ne pas s'en servir d'excuse pour outrepasser cette même loi. Dès lors, s'engagera une lutte de pouvoirs où « le bien pour le club/la famille » sera la principale source de motivation des personnages.

Apprendre à comprendre, comprendre pour aimer

Voilà donc l'enjeu principal de SoA. La saison 1 a pour but de nous familiariser avec cette famille hors du commun. Pas d'action avec un grand A, mais une progression qui prend son temps pour jouer le jeu des valeurs familiales du club. Sans arrêt, les personnages rappelleront que SAMCRO n'est pas un gang mais une famille et une famille se protège et se soutient mutuellement. Pour comprendre alors la vie d'un club de bikers, on passera en revue le fonctionnement interne. Comment les gars tiennent à la vie de famille des siens quand le premier épisode nous montre l'accouchement de l'ex-femme de Jax, accro à l'héroïne, donnant naissance prématurément au petit Abel. Quand on comprend l'importance de garder les infos pour soi pour protéger le club comme en témoigne le personnage d'Opie qui en a pris pour 5ans qui a été lâché par un des siens. On comprend aussi la grande valeur matrimoniale de Gemma, la mère de Jax et épouse de Clay Morrow, qui se démène pour réussir à garder soudé les relations entre son fils et son beau-père et par extension la direction du club...
La saison 1 nous lâche ces traits, petit à petit au fil des épisodes qui prend du temps avant d'avoir un fil rouge. C'est de cette façon progressiste que l'on nous amène à apprécier chaque personnage du club à travers le travail individuel, mais aussi en ajoutant des personnages extérieurs au club et variant les points de vue. Point de vue de la Police locale avec qui le chef est associé, ce que remet en question l'adjoint, point de vue des autres bikers, point de vue aussi de Tara. Cette dernière a quitté la ville très jeune et en est revenu, diplôme de médecin en poche. Symbole de la petite fille du pays « qui a réussi », elle va devoir comprendre et accepter que la ville est dirigé par SAMCRO et personne d'autre.

La saison 1 est donc assez tranquille dans les trois quarts du temps où des évènements scénaristiques mettront en lumière certains fonctionnements comme le vote, l'apprentissage, les deals, les relations entre chapters, comment faire fonctionner leur couverture de garagistes intouchables, ou encore l'éjection d'un membre. Toute la saison 1, finalement, sert à ça : à nous plonger dans cette culture. En treize épisodes, la mayonnaise prend totalement et on arrive à prendre en sympathie absolument tous les personnages du club ! Il faut dire aussi qu'en y ajoutant un ennemi commun : un agent de l'ATF très hargneuse avec peu d'éthique, ça aide à trouver l'empathie d'un club hors la loi qui devient martyr puisque traqué par la Loi.

La force provient évidement d'une mise en scène très équilibrée qui fait attention à ne jamais stagner sur un même élément de script. Ainsi, la vie très rythmée de ces bikers nous mettra en scène des situations suffisamment variées de leur quotidien pour éviter d'être soit trop « drama » dans l'apprentissage de Jax à être père, ou trop « action primaire » dans la guerre de gangs que couvre la ville de Farming. Il faut souligner aussi ce choix de mettre en avant une petite ville de campagne californienne. Ce n'est pas banal. Le but de SAMCRO est de repousser le développement de la ville et éviter qu'elle ne devienne qu'un refuge pour costards-cravates millionnaires et profiteurs. Ainsi, on essaye de garder en vue l'importance de la vie locale. Le choix des décors est donc assez bien vu, même si beaucoup est concentré sur le garage du club, les flics et une poignée de maisons. Etant une petite ville, cette dernière est quand même assez calme, morte et finalement SAMCRO semble être le seul élément dynamique de la ville. Un joli contraste qui mériterait d'être mis un peu plus en avant.

Une saison 2 qui va à 100 à l'heure

Après donc un long mais prenant déambule sur la présentation de la famille, Sons of Anarchy passe à la vitesse supérieure dans la saison 2 avec l'arrivée d'un nouvel ennemi. Un homme d'affaires intelligent ayant des idées extrémistes. Il incarne à la perfection ce que SAMCRO redoute : la venue d'industriels sans scrupules venant faire du profit à Farming. On y dévoile des arnaques immobilières pour récupérer des terrains, des pressions sur la Police, des coups montés de toute pièces pour ainsi mettre la main sur la ville. SAMCRO étant un obstacle, ce sera un combat entre des motards bourrins et un homme maitrisant la loi sur le bout des doigts... Un choc qui mettra le spectateur en porte-à-faux, dos au mur à regarder « son club » se faire malmené comme de la merde.

On évitera tout spoils mais rarement une série avait provoqué autant d'émotions fortes... Il faut dire que les acteurs assurent un maximum, en particuliers, ceux qui jouent les méchants de l'histoire. Le genre d'acteurs qui arrivent à rendre détestable leur personnage. Cette « ennemi commun » au club et au spectateur (qui est désormais bien impliqué à cause d'un premier épisode choc) mettra la pression qui se terminera... en beauté tant on ne voit rien venir. C'est aussi ça SoA, c'est une façon de bouger sans arrêt la frontière morale du spectateur pour le surprendre dans le scénario. Telle la problématique de la série qui se pose sur l'équilibre à trouver entre ses valeurs et ses manières de les appliquer, SoA joue sur plusieurs tableaux entre devoir constamment faire des choix moraux qui déterminent la suite de l'aventure, au risque parfois de frustrer le spectateur qui n'a pas forcément le même ordre d'idées.
Comme dit plus haut, la série ne stagnant jamais sur un seul événement, il n'y a jamais un tracé scénaristique d'établi. Il est bourré de détours, d'obstacles et même parfois de retours, rendant le script de la série insaisissable et par conséquent surprenant et finalement prenante. La saison 2 renforce cet aspect avec une multitude de couches à problèmes qui se superposent au fur et à mesure qu'on avance afin de rappeler que la vie de hors la loi n'est jamais si simple... Le danger serait d'oublier de résoudre ces couches de problèmes justement, mais il faudra continuer la série pour ça. Tant mieux car la saison 3 est déjà commandé par FX pour septembre prochain. De plus, l'affluence de la série n'a pas arrêté de grimper pour atteindre son record lors de l'épisode final de la saison 2. Une affluence progressive qui fait penser aux débuts de the Shield ou Dexter...

Sons of Anarchy est LA série du moment à regarder de toute urgence. Elle s'est révélée dans cette deuxième saison après une première encore assez timide mais forme à eux deux une série très très prenante à la découverte d'une culture étrangère que l'on aime à apprendre au fil des épisodes. Une nouvelle culture, une philosophie complexe mais accessible qu'est l'anarchie (ça permet aussi de rappeler que l'anarchie ce n'est pas que des soulards qui brulent tout) tout en rappelant que ce n'est pas une voie aussi facile qu'on pourrait le croire... Tout un système à apprendre au fil d'aventures très fortes dramatiquement parlant où beaucoup de personnages souffrent liés à leurs valeurs familiales pures (et non de la fausse photo de famille de Thanksgiving typique). On a aussi des acteurs qui incarnent leur personnage à merveille, comme Jax (Charlie Hunnam), la mère Gemma (Katey Segal) et l'impressionnant Clay Morrow (Ron Perlmann). On retrouvent aussi des sacrées gueules du Cinéma que l'on a déjà vu ou aperçus un jour ou l'autre. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, on pourrait analyser tout de fond en comble, mais le but n'est pas de spoiler, juste de vous faire connaître et à apprendre le fonctionnement de la série sans se réduire au cliché du « motard ».
Pour l'instant, Sons of Anarchy est une totale réussite ! Mais il va falloir garder cet état d'esprit pour la saison 3 et confirmer sur la durée pour devenir ou non une grande série. Faisons confiance au créateur de la série, Kurt Sutter, qui s'est fait les dents comme scénariste (et acteur) sur un certain... The Shield.