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TICKET CINÉ N°2

écrit le 17/01/2011

Voici donc une nouvelle rubrique : le ticket Ciné. Le but est de vous écrire des avis à chaud sur les films regardés durant la semaine qui vient de s'écouler. Ca peut être n'importe quoi : du Cinéma, en vidéo, ou la télévision et peu importe leur genre (je vous éviterais les pornos, ahem), peu importante la date. L'idée est de pouvoir parler Cinéma sans avoir à écrire d'analyses poussées, étant donné que la priorité reste tout de même le jeu vidéo. Et comme, il y a bien souvent au moins un jeu par semaine... En espérant vous donner envie de regarder ces films. Et il faudra vous habiter à cette notation sur cinq, qui semblera dur pour certains.

Le Beau-Père (2009) - de : Nelson McCormick - avec : Dylan Walsh

Un remake d'un thriller peu connu portant le même-nom. Le concept du film ne sera pas de faire monter un suspens le long du métrage mais au contraire briser la glace dès le début. Le personnage de Dylan Walsh prend son petit déjeuner un bon matin de Noël. En quittant la maison, le spectateur remarque les corps de ce qu'il reste de la famille. Chose confirmé par la scène suivante au poste de Police. Le concept du film sera de faire cohabiter le spectateur en compagnie d'un serial-killer qui tente de s'incruster dans une famille à reconstruire (divorcée ou veuve, donc). Pendant tout le film, le spectateur connait donc le secret de ce gentil « beau-père » qui nous les brise avec son importance de la famille. Pas de chance pour le gars, sa nouvelle « famille » abrite un adolescent turbulent revenant d'une école militaire et qui va avoir du mal à accepter un beau-père « louche ». A l'inverse d'un thriller classique où l'on se posera diverses questions, ici, une seule chose turlupine le spectateur : quand va t-il péter les plombs ? Pour cela, diverses ficelles apparaissent dans le scénario, histoire de rythmer l'aventure d'une famille « presque parfaite » (banlieue chic, l'ado qui a pour petit-amie son amie d'enfance – accessoirement, toujours en bikini vautrée près de la piscine -, femme heureuse, etc). Dans le fond, le film ne surprend pas du tout puisqu'on connait l'identité du « héros » et qu'on ne fait rien pour le cacher. Mais la réalisation est très efficace, basée sur un bel éclairage, du hors-champs, des présences suspicieuses ; on a une réalisation vraiment propre mais sans aucune audace. Tout est reposé sur les épaules de Dylan Walsh (Dr.McNamara de Nip/Tuck) dont il reprend quelques tics de jeu (cette apparence de mec trop gentil) mais il s'en sort plutôt bien dans les nuances de son jeu, plus ou moins oppressant et c’est clairement lui la vedette et il fait en sorte de bien faire le job. Ca ressemble beaucoup à un téléfilm (et en fait, le réalisateur est un habitué des séries TV) mais c'est plutôt propre, avec une bonne idée, un bon acteur principal et un bon rythme. Hélas, tout ça manque cruellement d'audace, de subtilité et d'approfondissement sur les motivations du tueur. Un film qui en est resté à son idée de base, mais c'est tout. Honnête.

Taken (2008) - de : Pierre Morel - avec : Liam Neeson

J'avais le choix entre un Liam Neeson et un Mickey Rourke. Je l'ai joué à la pile-ou-face et c’est l'irlandais qui a gagné. Je savais parfaitement que Taken était un film produit par Luc Besson mais je savais aussi que le père Besson quand il veut faire de la qualité, il sait y mettre les moyens. Très très loin d'une merde Europacorp à la Wasabi ou Taxi ou autre films pour demeurés, Taken rentre dans la catégorie des films d'action « à l'ancienne ». Brian Mills est un ancien agent de la CIA divorcé car trop occupé par la protection de son pays. Maintenant qu'il a un peu de temps, il essaye de regagner la complicité avec sa jeune fille. Sauf que l'adolescente est devenue une gamine pourrie-gâtée par le beau-père riche businessman. Et comme Maman est insouciante (une Famke Janssen qui mérite pourtant des rôles plus consistants que de jouer les emmerdeuses de service), elle laisse la petite aller faire la bringue à Paris pour suivre les concerts de U2 car il paraît que les jeunes doivent apprendre de leurs expériences (un truc typiquement américain). Pas de chance, la fameuse expérience sera d'être kidnappée, droguée et mise sur le marché des femmes par la mafia albanaise... Heureusement, Papa est là. Taken est un film d'action très 90's : un héros qui enquête et défonce tout le monde mais surtout qui ne fait pas de chichi. C'est un truc qu'on a adoré car les chorégraphies d'action sont très brutales, mais cohérentes sans effets de style à la con ou gerbes de sang numérique ou acrobatie suspendues par câbles. Non, ici, on fout des coups de manchettes et on brise des nuques. En revanche, nous ne sommes pas devant un Seagal hein... La réalisation est franchement nerveuse et nous fait bien sentir l'action tout en sachant gérer son tempo de 100mn. On regrettera des tics « à la Besson » : mixage sonore un peu pourri par la musique « teenage » inutilement forte ou des poursuites voitures épileptiques... Mais heureusement, la majorité du travail est très efficace et va à l'essentiel : de l'action prenant. Certains s'offusqueront que le sujet abordé sérieux serve un film aussi superficiel... Mais, n'oublions pas ce que le film est : de l'action brute avec un charismatique Liam Neeson qui porte le film sur ses solides épaules.

Casino (1995) - de : Martin Scorsese - avec : Robert DeNiro, Joe Pesci, Sharon Stone

Une fresque « à la Scorcese » pourrait-on dire en caricaturant. Le cinéaste dépeint par les yeux et la narration de deux amis-collègues dans la Mafia, la folie des grandeurs et la décadence qui s'ensuit des casinos de Las Vegas, dans les années 70. Grâce à l'utilisation de voix-off le long du film et même pendant pratiquement une heure sans interruption, Scorsese nous attire l'empathie de deux hommes de mains ayant vu leur rêve de gloire se concrétiser grâce à l'opportunité de Las Vegas... L'un avide de pouvoir mais surtout de respectabilité (DeNiro que l'on voit tout en retenu), l'autre qui a une conception du pouvoir rimant avec la liberté de mettre le bordel à tout va (Joe Pesci, surexcité comme jamais). Grâce à un excellent montage jonglant habilement entre flashbacks, flashrewards et ellipses, nous vivons une époque révolue où la Mafia agissait en toute impunité dans le Nevada, territoire « à conquérir ». On peut voir ça comme une sorte d'hommage « historique », tant la caméra se déplace tel un visiteur où ce sont les personnages qui nous font vivre les situations d'escroquerie, de luttes de pouvoir, tout ça pour finir à être chamboulé par une femme « faussement fatale » en la personne d'une Sharon Stone détestable à souhait en tant que droguée, avide et éternelle insatisfaite de sa vie de paumée. Un triangle très classique donc se dessine lentement mais surement lors de ce métrage de 3H (ben oui, faut bien installer tout ce petit monde). La différence avec des films plus traditionnels et plus anciens de Scorsese, c'est que le grand cinéaste se laisse aller à une folie visuelle et sonore à l'image de ce fameux Las Vegas. Décors 70's haut en couleurs, musiques pop-rock de grande qualité sur pratiquement toutes les scènes, tout ça sent un certain plaisir coupable de se laisser aller à un film beaucoup plus visuel que narrative. Parce que franchement ? L'habileté de Casino est ici : nous ne sommes pas dans un film de mafia, ou film « réaliste » comme on en a l'habitude, nous sommes face à une sucrerie cinématographique : 3H de décors magnifiquement reconstitués, de musique d'époque rythmée, d'une narration pratiquement intimiste où les narrateurs se confient au spectateur sur leur vie personnelle, une vie personnelle qui dépasse le cadre de l'étiquette « film de mafieux ». L'interprétation des acteurs est d'ailleurs hautement électrique et absolument pas subtil pour un sou, avec un Joe Pesci qui va à cent à l'heure, une Sharon Stone « à tuer » et un DeNiro un peu trop « boss », sans compter les dialogues et scènes de second plan au second degré, nous permettant alors de rire dans des moments peu opportuns. Casino, c'est un Scorsese plutôt léger dans le fond, mais excellent à déguster pour sa forme. Pas le plus représentative du cinéaste, mais un des plus « fun ».

Brothers (2009) - de : Jim Sheridan - avec : Tobey Maguire, Jake Gyllenhaal, Nathalie Portman

Sam (Maguire), Capitaine dans les Marines, mais aussi marié (à Portman) et père de deux filles a une vie comblée, hormis des départs fréquents et un frère antagoniste, petit malfrat en conditionnel (Gyllenhaal). Quand il part pour une nouvelle mission en Afghanistan, il ne se doute pas qu'il va être capturé par les talibans et présumé mort. Le film nous montrera une parfaite dualité entre l'enfer que va subir Sam en tentant de protéger sa vie, ainsi qu'à son soldat encore en vie et la tentative de reconstruction de sa veuve et de son frère, le bon à rien qui va se voir offrir une chance de prendre ses responsabilités. Si l'histoire est d'un classicisme tragique (au sens noble du terme), de part ce triangle amoureux, le deuil, et l'enfer de la guerre ; c'est son traité d'une fluidité exemplaire alternant tel un champ/contre-champ les joies d'une vie en reconstruction grâce à un Gyllenhaal touchant de sincérité, bien aidé par les toutes jeunes actrices qui interprètent les filles de Sam où leur précocité aide à créer des dialogues et des situations drôles en dépit de la perte dont elles sont bien conscientes. Sauf que tel un rappel discontinu, le réalisateur n'hésite pas à trancher net une scène amusante avec une scène de torture dans les montagnes afghanes... Maguire voit son rôle se moduler au fur et à mesure que les 105 minutes se déroulent pour terminer sur une intensité prenante et extrêmement empathique. Entre les deux frères, une Nathalie Portman toute en retenu qui essaye de supporter à la fois son deuil et l'attirance vers le frère lui rappelant la gentillesse de son mari. C'est extrêmement subtil, extrêmement bien rythmé, jamais larmoyant car toujours bien contre-balancé par une scène opposée ou bien modéré par les acteurs. Un magnifique jeu d'acteur et une réalisation si juste que l'on regrette qu'une seule chose : que ce travail psychologique ne soit pas un poil plus poussé et plus long.

L.A Confidential (1997) - de : Curtis Hanson - avec : Russel Crowe, Kevin Spacey, Guy Pearce

Un superbe polar que nous avons là. Alors que le célèbre mafieux qui régnait sur Los Angeles en 1950 a été arrêté, la Police de LA en profite pour durcir sa politique : plus de caïds à LA. Et ça inclut des méthodes pas très orthodoxes, à base de tabassages en règle. Lorsqu'un carnage a lieu dans un café « L'Oiseau de Nuit » incluant un policier fraichement démis de ses fonctions, ce sont trois flics aux méthodes et au caractère radicalement différents (l'un voit sa loyauté et sa force brute mêlé de très prêt à un réseau de prostitués de luxe, l'autre voit sa carrière mondaine affectée quand il doit enquêter sur un large trafic de pornographie et le dernier gravit ses échelons grâce à son intelligence et son incorruptibilité en recherchant les responsables de la tuerie « L'Oiseau de Nuit ») vont finir par se retrouver sur la même piste. Je ne sais pas trop par quoi commencer... L’interprétation criante de classe, de crédibilité, de naturel et de conviction pour tous les acteurs (un casting 5 étoiles incluant aussi James Cromwel, Kim Bassinger et Danny DeVito) ? Une photographie magnifique qui nous montre que l'on peut réaliser un film noir malgré les couleurs chaudes et palmiers de Los Angeles ? Une intrigue si bien écrite que tout s'emboite petit à petit, lentement, pièce par pièce, scène par scène, point de vue par point de vue différents, le long des 138mn de montage ? Une pression à tout moment grâce à des cadrages intenses et variées et un rythme sachant à la fois se poser dans la pénombre mais aussi y aller brute de décoffrage dans les scènes d'action ne laissant pas le spectateur se languir de la suite ? Un film tout bonnement excellent. A voir absolument. Pas besoin d'autres mots.