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TICKET CINÉ N°7

écrit le 21/02/2011

Voici donc une nouvelle rubrique : le ticket Ciné. Le but est de vous écrire des avis à chaud sur les films regardés durant la semaine qui vient de s'écouler. Ca peut être n'importe quoi : du Cinéma, en vidéo, ou la télévision et peu importe leur genre (je vous éviterais les pornos, ahem), peu importante la date. L'idée est de pouvoir parler Cinéma sans avoir à écrire d'analyses poussées, étant donné que la priorité reste tout de même le jeu vidéo. Et comme, il y a bien souvent au moins un jeu par semaine... En espérant vous donner envie de regarder ces films. Et il faudra vous habiter à cette notation sur cinq, qui semblera dur pour certains.

Le Sixième Sens (1986) - de : Michael Mann - avec : William Peterson

Avant le succès du Silence des Agneaux, de sa suite audacieuse Hannibal et du conventionnel Dragon Rouge, il y avait Le Sixième Sens. Adapté du roman de Thomas Harris, Dragon Rouge (dont le film éponyme est lui aussi adapté), ce métrage de Michael Mann (connu et reconnu pour Heat) se propose de nous faire découvrir son interprétation du roman. Comme vous le savez très bien, ce film a totalement été éclipsé par l’inoubliable performance d'Anthony Hopkins mais aussi Jody Foster en 1990... Quatre ans plus tard. Mais, le film est plutôt intéressant car il se propose d'explorer la tête d'un tueur en série. En effet, l'agent Will Graham s'est retiré de son travail d'enquêteur-profiler, suite à l'arrestation d'un dangereux cannibale prénommé Hannibal Lektor (oui dans ce film, ce n'est pas Lecter). Mais ce travail de longue haleine a été très éprouvant psychologiquement pour le détective, d'où sa volonté de se retirer. Sauf qu'un cas se présente et s'avère être une impasse. Un homme tue des familles complètes en recouvrant les orifices des femmes par des morceaux de miroir brisés... Will est rappelé et s'en va comme conseiller à contre-coeur, pour se sentir finalement obligé de se plonger dans le psychisme de ce tueur. Michael Mann n'a pas simplement voulu retranscrire un bête thriller mais a tenté d'imager l'ambiance incertaine et sinueuse que le héros profiler subissait en se plongeant dans la tête du tueur. Encore jeune, Mann explore son sens de l’esthétisme épuré, presque abstrait à l'aide de décors d'un blanc immaculé ou des images graphiques symbolisant les vertiges et les méandres de la psychologie du serial-killer. L'idée est vraiment bonne et se révèle profondément présenté au spectateur en détaillant, point par point, à l'aide de discussions entre flics ou monologues le processus minutieux du tueur. On n'aborde donc pas ce thriller comme un quelconque autre avec ces cliffhangers insupportables et prévisibles. Le spectateur s'immerge tout autant que le héros dans le tueur puisque petit à petit, nous serons invités à le regarder et entrer dans son intimité. On sent le point de vue de Michael Mann à vouloir plonger dans le psychisme de ce psychopathe. Hélas, le titre manque cruellement de rythme et ne joue pas assez la carte de la torture mentale visuellement. Nous ne sommes qu'en 1986 et nous devons nous farcir une bande original assez pop ne collant pas à l'univers du film ; tout comme certaines scènes tendresses assez inutiles au récit. Ce film a été réalisé bien trop tôt. Plus tard, un certain David Fincher a réussit à imager (à sa manière et même contraire au style de Mann) la cruauté et la psychologie d'un serial-killer avec Seven. Mais c'était dix ans plus tard. Là, le film a assez vieilli et même si le parti-pris est bien plus créatif que le film « plan-plan » Dragon Rouge, de Brett Ratner (qui s'est permis de pomper absolument toutes les idées de Michael Mann, ainsi qu'avec le même rythme du film, mis à part quelques ajouts d'effet de style plus contemporains). Intéressant à voir, avec de belles idées, mais à la fois hors de son époque et désormais dépassé dans ses codes de mise en scène.

L'Arme Fatale 2 (1989) - de : Richard Donner - avec : Mel Gibson, Danny Glover

On continue notre petit tour L'Arme Fatale en passant au 2. Vous allez dire : « pourquoi on se farcie le 1, puis le 4, puis le 2 sans aucune continuité ? » et je vous répondrais : « faites pas chier ! Faites pas chier ! ». Vous l'avez reconnu ? C'est l'apparition de Joe Pesci dans la série. Un personnage qui apporte bonne humeur et humour décalée de part sa voix, sa gestuelle et ses propos déphasés. C'est assez amusant, on a tendance à lire ou entendre que « les meilleurs sont les deux premiers »... Et pourtant ce deuxième épisode a droit aux cascades les plus incohérentes et ridicules de la série. Un 4X4 qui arrache une maison sur pilotis en béton, un Mel Gibson qui « saute dans le vide » pour faire croire à une cascade, Mel qui fait dévisser un hélico avec son petit Beretta... Cet épisode est en fait très bourrin, très gros, sans aucune subtilité. Evidement, c'est fun, c'est la patte du port'nawak 80's mais il a perdu le charme légèrement « polar » du premier épisode pour quelque chose de plus conventionnel... Fun, certes, mais assez incohérent et part bien en couilles... Mais fun... Juste fun. Une « comédie policière » beaucoup plus classique de par le schéma scénaristique stéréotypé du méchant diplomatiquement intouchable mais suffisamment ordurier pour provoquer la vengeance de nos deux compères à coup d'explosions et de scènes trop grosses et surjouées pour être devenus cheap avec le temps (le fameux déboitement d'épaule de Riggs)... L'Arme Fatale 2 ou plutôt l'épisode « fait pas chier ».

Un Après-midi de chien (1976) - de : Sydney Lumet - avec : Al Pacino

Adapté d'un fait divers, Une après-midi de chien nous narre un braquage amateur qui va tourner au cauchemar pendant toute une journée, en plein Brooklyn. Sonny et Sal braquent une banque en plein après-midi. Plutôt maladroits, ils arrivent à tenir en respect les employés (la banque ferme, donc pas de clients) et font sortir l'argent des coffres-forts... Mais tout l'argent a été renvoyé par le convoyeur de fond, il ne reste qu'un peu moins de 2000 dollars. Forts peu discrets, ils attirent l'attention de la Police et irrémédiablement les médias. C'est trop tard, ils sont cernés et ce qui devait être un braquage d'une heure durera toute l'après-midi. Ce film est avant tout à remettre dans le contexte de l'époque. Nous sommes dans les années 70, l'après guerre du Viet-Nam, à la fois traumatisante et une perte économique importante pour le pays. Les gens n'ont que peu de travail durable, de petits salaires, c'est dans un quartier (très) modeste où se passe le braquage d'un gars désespéré. Le métrage démarre sur un côté « tragi-comique » très prononcé où l’amateurisme des braqueurs va prêter à sourire, tout comme l'attitude des otages qui vont vite comprendre que ces gars ne sont pas méchants. Un ensemble de quiproquos entre une escouade de Police complètement à la rue et déphasé avec la réalité de la situation et les deux preneurs d'otage va mener le film vers une sorte de satire dérisoire du système américain et de ses mœurs chamboulés comme en témoignera un soutien populaire pour Sonny. Mais Un après-midi de chien n'est pas vraiment une satire sociale, petit à petit, le spectateur va rentrer dans cette sorte de huit-clos intime et apprendre à connaître le personnage de Sonny, bien plus complexe, symbole de l'instabilité du pays et d'un monde en train de changer. En sacralisant un fait divers, Lumet permet de rappeler à tous la situation des gens, de la population, de cette époque transitoire entre les « 30 glorieuses » (croissance et prospérité des pays occidentaux) et notre époque actuelle (ou plutôt jusqu'aux années 2000 car nous vivons actuellement une nouvelle transition, mais ceci est un autre sujet). Derrière un braquage de banque se cache une superbe photographie des années 70, grâce à un jeu d'acteur naturel et intense au possible (évidement Pacino est au top et ce, avec classe ; vous ne le verrez pas cabotiner comme actuellement) mais aussi une réalisation limpide nous narrant avec maitrise l'intimité d'un pauvre gars qui n'arrive pas à se faire comprendre de sa détresse. Typiquement le genre de film qui donne envie de vivre du Cinéma : chef d’œuvre.

Bienvenue à Gattaca (1997) - de : Andrew Niccol - avec : EthanHawke, Judd Law

Gattaca est un film d'anticipation se déroulant dans un monde où la perfection est de mise. Par perfection, nous ne parlons pas de perfection physique mais perfection génétique où l'on peut concevoir son enfant de A à Z en choisissant gène par gène le meilleur des deux parents. Mais tout le monde n'a ni l'argent, ni la moralité de le faire. Ainsi, ce monde ne juge plus que par la séquence génétique de la personne, créant ainsi une nouvelle forme de discrimination. Seuls les enfants appelés « valides » (génétiquement manipulés) ont des postes importants, les autres sont cantonnés aux taches ingrates. Un homme intelligent et rêveur, Vincent, souhaite aller dans l'espace. Hélas, il est un enfant naturel ayant hérité d'un problème cardiaque l'empêchant théoriquement d'effectuer trop d'efforts physiques. Son frère cadet, lui, est « valide ». Lassé par cette concurrence, Vincent quitte tôt la maison pour faire sa vie. Pour réaliser son rêve d'astronaute où la génétique est Roi, il va changer d'identité avec un homme dit « parfait » mais paralysé des jambes suite à un accident de voiture. Pendant que l'un lui prêtera ses gènes via différentes manœuvres, l'autre lui prêtera son rêve. Le spectateur va alors suivre l'évolution de Vincent dans ce monde « épuré » où chaque cheveu perdu, chaque goutte de salive peut servir d'identification. Un monde génétiquement surveillé et trié sur le volet. Le réalisateur travaille surtout dans la symbolique de ses images, à l'aide de décors froids et vides de tout élément superficiel, d'utilisation du symbole de l'hélice génétique, le tout à un rythme posé permettant de suivre lentement la pression qui suit Vincent. Car ce qui est intéressant avec Gattaca, c'est que ce décors, cet univers pas si science-fictionnelle que ça (surtout de nos jours, vous voyez de plus en plus de gens effrayés par la génétique et obnubilé par une propreté illusoire et maladive) sert un suspens intenable. Car un des directeurs où travaille Vincent a été assassiné. L'enquête minutieuse va amener à suspecter Vincent, un « invalide », mais qui au yeux de la loi n'est d'autre que Jérome, un être « valide ». Il ne reste plus qu'une question de temps avant que le héros soit démasqué ou non pour poursuivre son rêve d'aller dans l'espace. Il y a à la fois une lecture dramatique (bien qu'assez cliché malheureusement, comme on le voit dans la dualité avec son frère, entre autre) mais une lecture très oppressante et pessimiste instauré par tout le background scénaristique et visuel de ce monde futuriste « clean » mais atteint d'eugénisme. Niccols travaille tout en épuration, tel un documentaire et nous fait ressentir sans aucun problème cette menace grandissante de notre société. Malgré quelques tics un peu hollywoodiens, on est prit de bout en bout par l'ensemble, bien aidé il est vrai par le jeu tout en subtilité (et modulable) d'Ethan Hawke et un Jude Law charismatique et intense à souhait.

From Paris With Love (1998) - de : Peter et Bobby Farrelly - avec : Cameron Diaz, Ben Stiller

Ouais ouais ouais « encore un film de bourrin ?! »... Ben ouais. En ce moment, je fais pas dans la finesse et on se défoule... Enfin, c'est plus une façon de parler parce qu'un film de 2010 ça défoule rarement. Explication. Nous avons droit, ici, au duo Pierre Morel - Luc Besson, le même duo de Taken (relire Ticket Ciné 01). Pierre Morel à la réalisation et Luc Besson à la Production... Mais aussi au scénario. Si Taken avait un décors plutôt original et oppressant (la prostitution tchèque), From Paris est lui, ultra simpliste. Un agent secret travaillant pour l'ambassade américaine à Paris reçoit une promotion et va faire équipe avec un autre agent, venu exprès des Etats-Unis pour enquêter sur un cartel de drogue pakistanais. Sauf que le partenaire (John Travolta) est complètement cinglé, bourrin, ne pose aucune question puisqu'il connait les réponses avant tout le monde. Résultat ? En une journée, leur enquête de drogue va les mener à déjouer un attentat islamique contre l’ambassade américaine... C'est ultra bourrin, ça tire à tour de bras, ca tabasse, Travolta dézingue à lui tout seul des trafiquants de drogue chinois, un gang de rue chinois, des caïds de banlieue, et enfin il nous sort une magistrale poursuite en voiture armée d'un bazooka sur le périph'... Quoi ? Je vous spoile ? Pfff il n'y a rien à spoiler : bam bam bam bam ! C’est tout ce qu'il y a comprendre. C'est complètement décérébré, la réalisation va à 100 à l'heure, on se demande si Travolta ne carburait pas à la coke pendant le tournage tant il cabotine comme un ouf mais à l'air de s'éclater, c'est même dommage qu'on ne lui ait pas donné de meilleures punchlines... Mais bon, c'est écrit par un français hein... Pierre Morel nous montre qu'il sait réaliser proprement, dynamiquement mais c’est dommage que ce film manque de cachet personnel. C'est bourrin et c'est tout. On aurait aimé que ce soit assumé dans un trip plus personnel, or nous n'avons à faire qu'avec un simple film d'action chirurgicalement réalisé, interprété par deux professionnels en vacances à Paris et basta. On remarquera que chez nous, en France, les gros méchants sont tous des immigrés... Eric Zemmour aurait-il inspiré Besson ?