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TICKET CINÉ N°8

écrit le 28/02/2011

Voici donc une nouvelle rubrique : le ticket Ciné. Le but est de vous écrire des avis à chaud sur les films regardés durant la semaine qui vient de s'écouler. Ca peut être n'importe quoi : du Cinéma, en vidéo, ou la télévision et peu importe leur genre (je vous éviterais les pornos, ahem), peu importante la date. L'idée est de pouvoir parler Cinéma sans avoir à écrire d'analyses poussées, étant donné que la priorité reste tout de même le jeu vidéo. Et comme, il y a bien souvent au moins un jeu par semaine... En espérant vous donner envie de regarder ces films. Et il faudra vous habiter à cette notation sur cinq, qui semblera dur pour certains.

Hellboy II (2008) - de : Guillermo del Toro - avec : Ron Perlman

L'enfant démon Hellboy avait créé la surprise lors de sa sortie en salles avec son déluge d'effets spéciaux. Sincèrement, je ne suis pas fan de l'approche de Guillermo del Torro dans le Cinéma, même si son « conte moderne » du Labyrinthe de Pan est très beau et subtil. Mais avec ce Hellboy II, Del Toro donne un nouveau sens au terme « blockbuster ». Un sens esthétique et calibré et non dans la surenchère (pas du Michael Bay-style quoi). Même si le film Hellboy est toujours aussi creux et « m'as-tu-vu », il commence à s'assumer en tant que tel avec ce deuxième volet bourré d'effets spéciaux à couper le souffle, non seulement pour leur intégration totale au réalisme où le spectateur est totalement immergé dans ce film fantaisiste où se côtoient un gros monstre rouge, bleu, vert dans des décors alternant le réalisme de New-York et le délire visuel des temples et mondes merveilleux tout en couleurs. Au delà de sa qualité technique, ce sera surtout sa conception qui est à louer. Le « monsters-design » est splendide, mélangeant l'inspiration horrifique, fantasy occidentale, fantasy orientale et graphiquement puissant puisé dans les comicbooks (forcément puisque Hellboy est adapté d'une bande dessinée américaine)... Ce qui en fait un univers graphique unique et riche, loin devant un Avatar de Cameron, pourtant encensé dans ce sens... On a presque envie de dire que le film mérite le coup d’œil, rien que pour ça. Et c’est presque le cas, car le scénario frise le ridicule (un méchant veut gouverner le monde ; Hellboy le fracasse avec le fameux doute émotionnelle, cliché des superhéros). Heureusement, le scénario d'action est mis en scène avec suffisamment de rythme pour tenir jusqu'au bout, surtout grâce à une rencontre crescendo entre les bons et le méchant jusqu'à un terrible combat final... C'est romantique et classique mais bien assumé avec son envol musical, des cadrages mettant en avant la stature des héros, etc. On reprochera d'être « too much » dans des poses caricaturales ou des punchlines sortis de nulle part et des scènes de déconnade peu subtiles... Mais dans l'ensemble, ça reste cohérent et nous en met plein les mirettes, sans tomber dans un piège à la Michael Bay. Ce n'est pas et ça n'a jamais été un cinéma « intelligent » mais c'est une expérience visuelle franchement frappante au point de redorer le blason du genre « blockbuster d'action ». Ca fait plaisir.

Crazy Kung Fu (2004) - de : Stephen Chow - avec : Stephen Chow

Révélé aux occidentaux grâce à son Shaolin Soccer, Stephen Chow apporte sa culture japanim'/manga en allant plus loin avec Crazy Kung-Fu, une hilarante parodie sur les films de kung-fu mêlé aux codes romantiques de la japanim'. Dans la Chine des années 60, Sing (S.Chow), un jeune un peu paumé aime se prendre pour un caïd et veut tenter sa chance au sein du dangereux gang des Haches. Bien malgré lui, il va attirer l'attention du gang sur une résidence du coin où abrite d'anciens maitres de kung-fu. Pendant qu'il cherchera désespérement à être engagé au sein du gang en enchainant gaffe sur gaffe, les méchants vont chercher à éliminer ses fameux maitres qui peuvent leur résister. Crazy Kung-Fu est bel et bien un film d'arts martiaux... Mais certainement pas au sens noble du terme à la Tsui Hark. C'est une parodie du genre où les poncifs s'accumulent, entre les maitres reclus mais refusent absolument tout combats, qui ont surtout tout sauf l'allure de maitres (vieux papy, un homosexuel un peu « chochotte », une mégère clope au bec, etc). Malgré cette auto-dérision ponctuée de comique de situation aux blagues gestuelles ou de répliques cinglantes, nous sommes abreuvés en combats grandioses et surréaliste (du genre un contre 100). Au départ surréaliste mais crédible, le film va de plus en plus se transformer en « manga live » avec effets comiques dont certaines défigurations « élastiques » feront penser à du One Piece, puis des attaques dignes d'un Naruto... Le truc est que tout ça s'enchaine parfaitement bien et est bien inseré dans l’univers du film. En apportant de la dérision à tout moment du métrage, Stephen Chow peut alors se permettre d’insérer petit à petit du gros trip « shonen » tout en prenant soin de ne pas trop se prendre au sérieux, bien entendu. Et c'est la clé pour ce genre de divertissement : une approche humoristique et décalée permettant de transformer un pitch déjà bien délirant en visuel complètement ouf. Bien sûr, certains effets spéciaux sont beaucoup trop visibles mais l'aspect « bande dessinée » y est gardé avec une photographie très colorée pour justement faire passer cette bonne humeur au spectateur. Un très bon moment drôle, fun, aux combats bien chorégraphiés malgré des moments de port'nawak (la fin est digne d'un DBZ), même si l'ensemble est un peu court.

Hannibal (2000) - de : Ridley Scott - avec : Anthonny Hopkins, Julianne Moore

Pratiquement dix ans après sa sortie, le Silence des Agneaux a droit à sa suite : Hannibal. Ecrit par Thomas Harris, l'auteur d »origine, puis adapté et réalisé par Ridley Scoot à l'écran. Hannibal a réussit à s'échapper et vit une retraite paisible à Florence, en Italie dix ans après l'affaire Buffalo Bill et sa rencontre avec Clarice Sterling. L'histoire nous raconte comment l'unique survivant des massacres de Lecter, Mason Verger va mettre sa riche fortune au profit de vengeance contre l'ancien docteur en utilisant Clarice, la seule envers Hannibal éprouve quelque émotion. Beaucoup de spectateurs ont été déçus de cette suite car il ne s'agit pas vraiment d'un thriller conventionnel. Ridley Scott aborde son projet d'une manière bien glauque et envoutante. Il mise tout l'intérêt du scénario sur le personnage de Hannibal Lecter, en tentant de comprendre pourquoi il agit comme cela, pourquoi est-il instable et surtout on va effleurer une ambiguïté très pesante sur sa relation avec Clarice. Le film alterne le point de vue de Clarice : manipulé pour enquêter sur Lecter et l'amener involontairement vers Verger et le point de vue du docteur, sur sa façon de vivre et de survivre. C'est un métrage plutôt long car il s'évertue à rendre « beau » et « passionnel » les actions d'un sociopathe meurtrier et cannibale. Beau ? Car se situant à Florence, le réalisateur nous amène à mettre en avant l'architecture des basiliques, le luxe raffiné du vin italien, de son opéra ou encore de la subtilité de la Poésie de Dante Alighieri. A travers d'allégories poétiques ou picturales (le fameux destin des Pazzi), de plans superbes mettant en avant la photographie colorée et contrastée du métrage, le personnage de Hannibal est sublimé à l'image renforcé par les dialogues et la conviction d’interprétation d'Anthony Hopkins (pourtant réticent à tourner une suite à la base). Le problème est, comment vouloir rendre beau un personnage aussi abject ? Et c’est tout l'intérêt du film, il est provocateur, décalé, osé et la différence entre le fond (répugnant tels les meurtres sanglants et abominables) et la forme (superbe photo, mouvement lent et gracieux de la caméra) met fortement mal à l'aise le spectateur. Sensation éprouvé. De plus, un peu à l'image du titre du film qui porte le nom du « héros », sa propre victime est passée pour un salaud répugnant via son maquillage défiguré dont on en oublie que c'est un convaincant Gary Oldman qui se glisse dans le personnage de Verger. Toutes les valeurs morales d'un être normalement constitué sont ici complètement inversés grâce à ce parti pris assez effroyable de faire passé Hannibal pour un eprsonnage... insaisissable et donc fascinant. Et c'est en le voyant tell quel que le personnage de Clarice (repris par une Julianne Moore tout en nuance) est effacé. C'est un peu dommage, l'héroïne est complètement baladé de part et d'autres par les deux « monstres » du film. Un projet complètement immoral mais passionnant et couillu. On n'en ressort pas indifférent quelle que soit son interprétation.

L'Arme Fatale 3 (1992) - de : Richard Donner - avec : Mel Gibson, Danny Glover

Le moins bon de la série. Ce troisième épisode de Leathal Weapon se la joue plus grand public en essayant de faire toucher la corde sensible dans les rapports entre Riggs, Murtaugh (si tu pars en retraite, je deviens quoi moi ? Snif snif), l'ajout de René Russo (sans -e) permet d'ajouter un peu d'amour dans le lot, mais présenté d'une manière caricaturale et assez grossière (regardez ma cicatrice, elle est plus grosse que la votre). On a notre lot de vannes (merci Joe Pesci) et notre lot de cascades bien que peu recherchées, mais on sera un peu agacé que Mel joue les super héros faussement bad boy en fronçant les sourcils... C'est un épisode assez aseptisé et presque lourd. Probablement que l'époque des 90's est ancrée d'une manière un peu trop péjorative (émotions surjoués, pas d'intensité, le tout est très lisse et mal intégré malgré des scènes bien trouvés surtout avec Danny Glover). Vous savez ce qui rend un film (n'importe lequel, même médiocre) sympathique ? L'ajout (relativement important quand même, pas en arrière-plan) d'un chien (un chat aussi mais un chien est plus expressif). Vous ajoutez un chien dans une scène, dans un « dialogue » avec un autre personnage et hop, le chien a trop la classe et c'est bon, le film devient sympathique. Dans L'Arme Fatale 3, il y a une scène amusante avec un chien.

Las Vegas 21 (2008) - de : Robert Luketic - avec : Jim Sturgess, Kate Bosworth

Assez ambitieux et original sur le papier, Las Vegas 21 se propose de nous narrer les aventures d'une bande d'étudiants de Harvard qui décident d'utiliser les mathématiques pour compter les cartes à Las Vegas et se faire un paquet de fric au Black Jack. Une idée séduisante, si seulement on avait pas à faire avec un film pour ados sur des ados par des ados... Un cliché ambulant où le héros, geek et coincé sur les bords va se laisser happer par le monde de la nuit et va se dévergonder pour devenir un petit con prétentieux. Alors que l'on pense avec un début prometteur que l'on va assister à une ballade dans le monde des casinos de Vegas avec un œil... « inexpérimenté » par ce groupe de jeunes, il n'en sera rien et tout tournera autour du jeune héros avec ses doutes de jeune et ses histoires d'amour de pacotille résumé en trois-quatre plans et trois dialogues à six sous déjà entendus milles fois. Sur deux heures, le métrage se perd donc vers les longueurs et habitudes du « teen movie » (vous savez celui où des d'jeuns ont la classe et font la fête) alors que son départ semblait lorgner vers la grosse intrigue sur une arnaque. Cette sensation est mise en avant par le rôle incarné de Kevin Spacey, intraitable en homme sournois... Un personnage hélas pas du tout exploité et trop mis en recul sur ces foutus frasques de jeunes où l'arnaque du décompte de cartes est absolument incompréhensible et surtout improbable comme en atteste un montage frénétique où se succèdent les gros plans à la vitesse du son : tout ce qui est censé être intéressant (le fameux coup) est alors monté rapidement avec des effets de style inutiles, juste là pour combler le vide sidérale des séquences. Un métrage à très bon potentiel mais qui part dans le sentimentalisme bas de gamme, vu mille fois, pas aidé avec sa bande originale de pop américaine stéréotypée.

The Big Lebowski (1997) - de : Joel et Ethan Coen - avec : Jeff Bridges, John Goodman

Bon... Là, je dois parler de mon film culte. Mon « number one » absolu. Je déteste faire des classements en tout genre mais là, c'est indubitablement « the » film et j'ai beau avoir dépasser la quinzaine de visionnages (je suis persuadé que je n'exagère pas), mon sentiment se renforce à chaque fois. L'histoire nous amène pendant la Guerre en Irak, pendant que les soldats américains bottaient le cul de Sadam, quelque part dans la Cité des Anges (Los Angeles), il y a un homme... Un homme qui beeeen... qui boit des russes blancs (de la vodka avec du lait, grosso modo) et joue au bowling, c'est tout. Cet homme, c'est le Duc (the dude en VO) de son vrai nom Jeffrey Lebowski, bien qu'il n'ait jamais utilisé ce nom. Un pov' gars qui passe sans qu'on le remarque dont les gens respectables n'ont rien à battre. Mais un jour, deux mecs viennent pisser sur son tapis, lui réclamer du fric que doit sa « femme ». Mais le Duc est un célibataire endurci (ou par défaut, peu importe), les deux malfrats se sont trompés de type avec un milliardaire qui porte exactement le même nom que lui. Complètement antipodes, l'un est sans-emploi et utilise ses deux jambes pour se branler les couilles ; l'autre est riche mais paralysé depuis la Guerre en Corée... En faisant la connaissance de cet homme riche pour récupérer un tapis de salon, le Duc va s'embarquer dans un ramassis de quiproquos où la femme de ce riche homonyme va se faire enlevé... Pour une raison qui nous échappe, le Duc est chargé d'aller la sauver... Mais attention ! Il ne faut pas compter sur le Duc en plein milieu d'une partie de bowling. Les frères Coen signent ici toute la quintessence de leur cinéma : réussir à extraire de la vie courante une histoire romancée et palpitante, pour réussir à la banaliser au même niveau que leurs « héros ». En opposant la vie d'un pauvre glandeur qui fait rien de sa vie et celle d'un riche qui a « tout accompli », les deux réalisateurs nous font vivre les décalages entre ces deux mondes ; des décalages suscitant bien entendu l'humour : un humour de ridicule bien souvent et toujours pince-sans-rire. Les relations entre personnages sont exploités à merveille en confrontant des mondes sociaux qui n'ont rien à voir entre eux pour ressortir un semblant de moral qu'on aura tout de même beaucoup de mal à repérer, puis comprendre, puis accepter. On trouvera aussi savoureuse la relation entre le Duc et son meilleur ami Walter pourtant là aussi complètement opposés pour finir par se ressembler le long du film. Un grand merci aussi aux acteurs qui endossent leur rôle de la tête aux pieds, que ce soit Jeff Bridges, John Goodman, David Huddlestone, Julianne Moore ou encore un Steve Buscemi très discret mais qui symbolise bien l'aspect « à côté de la plaque » du film. Un Cinéma démonstratif où l'humour fonctionne grâce à l'incongruité des situations et non en forçant l'écriture. Du Coen dans toute sa splendeur.