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TICKET CINÉ N°10

écrit le 14/03/2011

Voici donc une nouvelle rubrique : le ticket Ciné. Le but est de vous écrire des avis à chaud sur les films regardés durant la semaine qui vient de s'écouler. Ca peut être n'importe quoi : du Cinéma, en vidéo, ou la télévision et peu importe leur genre (je vous éviterais les pornos, ahem), peu importante la date. L'idée est de pouvoir parler Cinéma sans avoir à écrire d'analyses poussées, étant donné que la priorité reste tout de même le jeu vidéo. Et comme, il y a bien souvent au moins un jeu par semaine... En espérant vous donner envie de regarder ces films. Et il faudra vous habiter à cette notation sur cinq, qui semblera dur pour certains.

Requiem for a Dream (2000) - de : Darren Aronovsky - avec : Jared Letto, Ellen Burstyn, Jennifer Conelly

A priori, vous êtes, en majorité, des lecteurs adolescents ou jeunes adultes, donc vous avez forcément déjà vu ou entendu parler de Requiem for a Dream. Film qui a marqué une génération de lycéens pour son sujet traité : la drooooogue... Car quand on est lycéen, on aime bien les sujets hardcore quoi t'as vu, des sujets bien « j'fais pas comme tout l'monde ! », des sujets « tu peux pas comprendre », des sujets « dark » mais « profonds » quoi... Des trucs que, « nous, les jeunes on vit tous les jours »... Bon, j'en rajoute évidement, mais bon, c'est un peu ça. Pourtant, Requiem for a Dream n'a absolument rien à voir avec un film d'adolescents ou à mettre devant n'importe qui. Darren Aronovsky (aujourd'hui en vedette grâce à Black Swan, dont j'espère trouver un créneau pour écrire quelque chose dessus), traite en images la dépendance à la drogue sous sa forme la plus expéditive qui soit. Le héros (25-30 ans), sa copine et son pote sont des junkies de quartier et passent leur journée à se défoncer (héroïne surtout). Dans leur trip, ils se mettent à rêver de business et à partir d'un « bon plan » se lancent dans le deal. Pendant ce temps, la mère du héros, veuve, passe son temps à regarder la télévision et se met à rêver de passer sur le plateau de son jeu télévisé favori... Pour atteindre leur « rêve », cette galerie de personnages vont se plonger au plus profond des méandres de l’addiction de drogues. Requiem for a Dream est, et je pèse mes mots, un chef d’œuvre. Il est un chef d’œuvre car Aronovsky maitrise complètement son sujet, son discours (il n'y a pas vraiment de moral, le film est un constat ; la force du discours est justement d'imager une dépendance, comme un exercice de style, mais on n'est pas chez « Oui-Oui parle de drogue ») grâce à une mise en forme exemplaire et totalement justifiée. De part ses effets de caméra, à l'aide de gros plans, de plans serrés, l'utilisation de décors cloitrés et obscures, la réalisation des trips jamais dans la surenchère mais toujours intellectuels (l'hallucination de fin de la mère est lourde de sens), le réalisateur nous immerge dans une asphyxie totale : un mélange de bad trip et d'oppression tragique. Nous suivons pendant 6 mois l'évolution de ces quatre personnages tous différents, de milieux différents en train de plonger dans une dépendance totale similaire. Plus qu'un discours sur la drogue, Aronovsky pointe du doigt quelques carences de notre société qui amène à se replier sur soit, parfois au point de non-retour. Le système médical qui amène à transformer un coupe-faim en drogue dure, l'illusion des paillettes du monde de la télévision, l'insouciance de son entourage, le sexe débridé... Tout un monde oppressant renforcé par une utilisation de la musique sublime qui ne fait que monter la tension, à chaque cran dépassé dans la dépendance, le réalisateur enchaine les flashs et chocs visuels très vite montés... Le montage a évidement une grande part d'importance dans la réussite du film car il arrive à rendre dynamique, trop dynamique des scènes de défonce, accumulant alors une tonne d'images chocs de scènes réalistes que l'on doit digérer pour aussitôt nous en servir une louche. On pourrait continuer en parlant des détails qui n'en sont pas, comme la banalisation de prise de drogue illustrés par un clip d'une seconde qui vient rythmer les 110 minutes du métrage, ou les acteurs qui sont sont dirigés d'une main de maitre dans l'interprétation de leur déchéance... Un film qui atteint totalement son but et est d'une cohérence rare. Parfait.

Yakuza (1975) - de : Sydney Pollack - avec : Robert Mitchum, Ken Takakura

Lecteurs de PG Birganj, vous êtes habitués à nous voir encenser la série vidéoludique Yakuza, de Sega. Mais, dans les années 70, le grand Sidney Pollack s'est intéressé aux rites et valeurs ancestraux des yakuzas, mafieux japonais en réalisant le long-métrage éponyme : Yakuza. Un ancien détective privé américain (Mitchum) se voit contraint d'aider un vieil ami lorsqu'une famille yakuza enlève sa femme et sa fille. L'américain retourne dans un pays qu'il a connu juste après la guerre et tout en aidant son ami, il va devoir se plonger dans le monde des yakuzas, de leurs méthodes, des traditions, de la vie courante, tout en retrouvant une femme qu'il a aimé et en renouant contact avec le frère de celle-ci, ancien yakuza. Le métrage débute sous forme de polar au Japon, c'est à dire avec une caméra posée, qui met en avant le privé dans son long imperméable, posant ses questions d'un air laconique. La photographie et le travail de clair-obscur y est très beau, favorisant l'entrée du spectateur dans l'intimité de ce pays (à l'époque mais aussi encore aujourd'hui pour certains) étranger. Puis, petit à petit le polar laisse place à une véritable photographie de la mafia japonaise en y abordant absolument de tout, que ce soit dans des séquences scénarisés et importantes (discours entre yakuzas, apprendre ce qu'est un « oyabun ») mais aussi des anecdotes faisant partie du décors mais participant au folklore locale comme les bars karaoke, les tables de jeu, voir les fringues des petites frappes yakuzas, reconnaissables entre milles... Plus qu'un polar et scénario intégrant la complexité des relations familiales du pays, il s'agit d'une véritable découverte du spectateur pour un Japon « vu de dessous » si l'on puis dire. Bien sûr, certains reprocheront que le réalisateur se concentre sur une petite portion familiale du monde Yakuza avec à la clé une vision traditionaliste un peu extrême, presque caricaturé ; mais l'idée étant justement d'approfondir la culture Yakuza (dans son sens noble du terme, au détriment des saloperies qui y règnent en vérité) dans un petit cercle, permettant aux acteurs d'incarner à fond leur personnage si bien écrit et complexe de part leurs actes, leurs ressentiments et leur background. Du très bon Cinéma, même s'il faut littéralement se « plonger » dans le film pour y apprécier son sens du détail, de sa photographie, de son jeu d'acteur, bref, apprécier la création en entier.

Robocop (1987) - de : Paul Verhoeven - avec : Peter Weller, nancy Allen

Classique de chez classique, Robocop est une création parfaite qui allie action et suspens grand public à un message d'anticipation sur l'augmentation de la violence, de l'avidité et de pertes de valeurs humaines, à l'image de ce flic transformé en robot tout puissant. Grâce à une maitrise du récit et du rythme des séquences alliant action brute de décoffrage et expéditive à l'image de son héros qui applique à la règle ses directives ; mais aussi émotions où le subconscient du héros autrefois humain refait surface pour se refuser à être un pantin d'une multinationale. Nous avons aussi droit à du suspens bien senti lorsqu'on s'intéresse au fonctionnement politique de l'OCP, l'organisation qui créé Robocop pour remplacer les flics (privatisés). L'ensemble est si bien huilé que le film n'a pas vieilli et le message est toujours plus crédible que jamais (il y a déjà 25 ans). On appréciera évidement la qualité des décors et effets spéciaux avec la démarche du robot associée aux mimiques et à ses sons reconnaissables entre milles. Des répliques cultes de tous les personnages (« J'ai dû tué Bob Morton parce qu'il avait commis une erreur. Il est temps, aujourd'hui, de réparer cette erreur »), des scènes chocs qui font la fierté d'un Paul Verhoeven ne faisant pas de chichis et tente de « démontrer » son propos en étant le plus naturel possible dans l'élaboration de ses mises en scène. Robocop est un film complet, à plusieurs niveaux de lecture et qui s'apprécie toujours plus sur la durée, en repérant et en appréciant ici et là, les touches décalées qui ponctuent ce déluge de violence physique. Un must.

Robocop 2 (1990) - de : Irvin Kershner - avec : Petter Weller, Nancy Allen

Une suite était-elle nécessaire, au vu de la maitrise du premier film ? Paul Verhoeven crut sans doute que non, vu qu'il a refusé le projet. C'est Irvin Kershner (aujourd'hui disparu), célèbre pour avoir été le « professeur » de Georges Lucas et réalisateur de L'Empire Contre-Attaque qui s'y colle. Le scénario est confié au désormais célèbre Frank Miller, qui faisait là ses premiers pas dans l'industrie cinématographique. Cette expérience a très longtemps refroidi le scénariste tant son script a été retouché. Une chose dorénavant très courant malheureusement. Selon la petite histoire, le scénario avait beaucoup plus à la Production pour s'apercevoir qu'il était très difficile de l'adapter à l'écran (probablement un mélange de coûts exorbitants et surtout de mœurs différentes d'aujourd'hui où Miller est reconnu au Cinéma). Si toute la première partie du film est apparemment très proche de l’œuvre de Miller, c'est la fin qui a posé problème et qui a été... « vite torché ». Mais revenons-y. Verhoeven ayant exploiter tout ce qu'il avait voulu dire (le thème de « l'homme dans la machine », le « danger du capitalisme » et « l'ultra-violence », pour reprendre le terme d'Orange Mécanique), Miller s'attarde alors à un sujet plus précis mais beaucoup plus propice au spectacle. Une nouvelle drogue pas chère fait un carton en ville : le Nuke (le film n'explique pas pourquoi cette drogue a le nom de « nucléaire ») et elle est distribuée par le gang du dangereux psychopathe Cain, interprété à merveille par Tom Noonan, parfait en gangster évangélique. Pendant ce temps, la multinationale OCP qui dirige la Police se rend compte qu'un seul Robocop tape à l’œil et coûteux ne résout surtout pas la violence grandissante, mais préfère rejeter ça sur la faute de la Mairie accusé de corruption et de laxisme. La société projette donc de racheter la ville toute entière ! De son côté, Robocop est obnubilé par ses résidus de souvenir d'Alex Murphy et va faire un transfert en voyant que le groupe de Cain a avec lui un tout jeune délinquant adolescent. Vu que le film n'est pas maitrisé (à cause des retouches faites à posteriori), la psychologie des personnages est à peine effleuré et ne sera jamais poussé au maximum. En particulier, l'affection de Robocop pour le jeune membre de la bande de Cain qu'il associe à son fils qu'il ne peut plus voir. Ce film est nettement plus sombre et dégueulasse que le premier épisode où le bad guy n'a absolument aucun sens moral et va très loin pour protéger son business. On sent carrément la patte de Miller (bien qu'assez immature, il faut le dire, comparé au traitement de Verhoeven) et le film aurait pu être plus poussé si la Production avait bien pris la peine de respecter le matériau original. Si la fin est vite torchée (avec la création d'un « Robocop 2 ») muni d'effets spéciaux ayant plus vieillis que le premier en matière d'animatronique, l'ensemble reste très correct avec son lot de scènes fortes, plus poussé sur l'ambiance lourde que le message politique du premier épisode. Si vous voulez lire ce qu'aurait pu être le « vrai » Robocop 2, allez chercher sur Google un certain « Frank Miller's Robocop » qui est l'adaptation du script original en comics. Attention, c'est seulement anglais, la parution française est incomplète. Et enfin, ne cherchez pas à voir le 3, c'est un supplice.