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TICKET CINÉ N°12

écrit le 4/04/2011

Voici donc une nouvelle rubrique : le ticket Ciné. Le but est de vous écrire des avis à chaud sur les films regardés durant la semaine qui vient de s'écouler. Ca peut être n'importe quoi : du Cinéma, en vidéo, ou la télévision et peu importe leur genre (je vous éviterais les pornos, ahem), peu importante la date. L'idée est de pouvoir parler Cinéma sans avoir à écrire d'analyses poussées, étant donné que la priorité reste tout de même le jeu vidéo. Et comme, il y a bien souvent au moins un jeu par semaine... En espérant vous donner envie de regarder ces films. Et il faudra vous habiter à cette notation sur cinq, qui semblera dur pour certains.

Les Sorcières d'Eastwick (1987) - de : George Miller - avec : Jack Nicholson, Michelle Pfeiffer

Film assez méconnu, Les sorcières d'Eastwick nous narre les aventures de trois femmes indépendantes dans une petite bourgade puritaine où de nombreuses sorcières ont été brulées. Un jour, un homme excentrique mais terriblement charmeur achète un ancien manoir longtemps inoccupé. Si nous sommes en face d'une comédie légèrement romancé mais saupoudré de fantastique, c'est une jolie allégorie sur l'indépendance de la femme, à une époque (fin des 80's) qui était très mal perçue. Nicholson séduit et crée un ménage à quatre avec trois femmes célibataires (Cher, Michelle Pfeifer et Susan Sarandon) provoquant les regards médusées et aigries du quartier. C'est une comédie assez légère qui fonctionne surtout par l'incongruité des situations mais surtout l'interprétation des personnages assez folles. L'homme incarnant le Mal à l'état pur qui va séduire trois sorcières (brulées pour être différentes des autres dans l'histoire des Etats-Unis) permet de mettre en images des scènes fantastiques et caustiques au final drôles (la folie haineuse des mégères du quartier, les diatribes de Nicholson ou la délivrance des trois héroïnes) tout en traitant un sujet féministe en toute subtilité. Ce genre de sujet étant souvent traité de manière frontale, caricaturale et donc jamais crédible (surtout de nos jours vu le sujet brulant), nous sommes surpris par le traitement aussi habile du sujet. C'est un amusant rafraichissement qui permet au spectateur de gagner la sympathie de ce trio féminin le long d'un film hélas un peu petit peu trop léger et impersonnel dans sa réalisation. C’est dommage, le fond est si intelligent et bien manié mais la forme est trop lente, plate et s'oublie rapidement. Surement pour ça que le film n'a pas eu un gros succès. Mais nous avons tout de même une forte côte de sympathie pour ce sujet si en avance sur son temps (ou peut être que nos sujets d'actualité stagnent... mais c'est hélas un autre sujet barbant qu'on n'évoquera pas plus ici).

Nico (1988) - de : Andrew Davis - avec : Steven Seagal

Avant que Steven Seagal prenne la grosse tête à ne jamais se séparer de son flingue dans la rue, à se prendre pour un guitariste hors-pair ou être le premier écologique du monde entier, le maitre d'Aikido (oui quand même) avait un potentiel d'acteur « bad ass » intéressant à la fin des 80's. Il se spécialisait dans les rôle de policier hors-pair ultra violent pour résoudre des crimes qui lui tient à cœur. Nico fait parti de ces premiers films. Bon, heuu le style Seagal c'était déjà spécial à l'époque mais on sentait qu'il y avait moyen d'avoir des trucs bien burnés. Mais de nos jours... C’est quand même ultra ringard, n'y allons pas sur la pointe de pieds. On pourrait avoir une effluve de nostalgie en revoyant ça mais... Même pas, on rira de bon cœur devant le ramassis de clichés sur les différentes ethnies présentes dans le film (les italiens sont des mafieux au grand cœur, les latinos sont des trafiquants de drogue, les caucasiens sont des salopards de comploteurs, et on a la seule afro-américaine qui est « cool », alias Pam Grier habituée au style « blaxploitation »). Déjà à l’époque, on voyait très peu les scènes de combats à mains nues de Seagal mais comme il jouait un flic, ce n'était pas le plus important... Le gars joue comme un pied (surtout dans les scènes émotionnelles totalement stéréotypées avec le vieux trip « musique douce – contemplation de photos – et main sur le front »), le scénario et la morale du film sont gros comme des maisons (style les banquiers versent dans le trafique de drogue, donc faut buter un sénateur qui a éventuellement entendu l'affaire)... Enfin, ce n'est pas tout à fait un nanard au sens propre du terme mais c’est un film très ringard... Et pourtant, c’est un des meilleurs de l'acteur... Flippant.

Piranha 3D (2010) - de : Alexandre Aja - avec : Kelly Brook, Adam Scott

Alexandre Aja s'est spécialisé à Hollywood comme un excellent faiseur de remakes. Pas remake tout pourraves et tout copié-collé. Mais des remakes avec partis pris et nouvelle touche. Il est à l'origine de la nouvelle version du flippant La Colline a des yeux. S'il s'attaquait à l'époque à un classique du film d'horreur, là on lui a confié un projet à base de reboot presque nanard... Il doit réaliser un film Piranha, film vaguement horrifique de 1978 de Joe Dante dont la suite fut réalisé par James Cameron (qu'il renie évidement). Et ben notre super frenchie, il fait quoi ? Il assume totalement ce genre horrifique en désuétude en renforçant et dépoussiérant le visuel de ce genre. Si à l'époque il fallait une bimbo en maillot, du sang et quelques plans sous l'eau, lui décide d'y aller à fond dans le spectacle sans complexe et nous concocte un scénario bien ouf : une superbe beach-party se déroule sur le lac Victoria où se cachent ensevelis dans les profondeurs de méchants piranhas d'une race éteinte... Mais nous sommes au XXIème siècle et ce genre de fêtes, se résument à du nichon, du nichon et un peu de fesses. Aidé par une musique house pour se mettre dans l'ambiance festive, nous avons droit à un concours de t-shirts mouillées, de bimbos qui se déhanchent avec beaucoup d'entrain et un tournage de porno soft sur lequel participe le jeune héros de 17ans auprès de plantureuses actrices : le mannequin Kelly Brook et l'actrice porno Riley Steele. Aja veut se faire plaisir et faire plaisir à son (jeune ?) public et y va donc à fond. Du moins, c’est ce qu'on croyait lors de la promo où tout était axé sur la présence de l'actrice porno Riley Steele. Ne vous inquiétez pas, c’est ultra soft et la pauvre apparaît bien peu à l'écran hélas. Pourquoi hélas ? Ben parce qu'on ne peut s'empêcher d'imaginer que ce coup médiatique de vouloir jouer la carte du sex-appeal a été quelque peu bidonné et qu'au final on a droit à un classique film du genre avec exactement le même schéma scénaristique... Si l'image a été dépoussiérée avec un joli rythme, une ou deux séquences « teen » plus contemporains et des hectolitres de sang avec boyaux qui pendouillent pour un plaisir oculaire certain ; on est un petit peu déçu qu'Aja n'ait pas retourné le genre comme on aurait pu s'y attendre... Ca reste un joli spectacle visuel, sonore et comique car ne se prend surtout pas au sérieux mais on est sûr qu'on peut avoir encore mieux que ça en assumant plus à fond son idée « provocante » de « sex'n blood ».

300 (2006) - de : Zack Snyder - avec : Gerard Butler

300 est un film que beaucoup connaissent désormais. Snyder se fait mondialement connaître grâce à cette adaptation du comics de Franck Miller adapté librement de l'histoire antique des Thermopyles. Le Roi spartiate Leonidas part avec 300 hommes repousser temporairement les milliers d'ennemis perses permettant alors au reste de la Grèce de préparer le combat. Le problème de ce genre de film est qu'il ne raconte rien, tant scénaristiquement qu'émotionellement tant l'ensemble est surjoué et superficiel. L'apparence graphique entièrement retouché en post-prod est forcément très original pour l'époque et offre de beaux plans et belles images techniques. Mais Snyder ne maitrise pas du tout son image et à force d'abuser d'effets de style creux commence à nous gonfler devant tant d'incohérences visuels, surtout que la réalisation se prend pas mal au sérieux. L'abus de ralentis pue la prétention dans l'espoir d'immortaliser le plus longtemps possibles des plans numériquement peints et donc assez surfaits. En réalité, nous devrions féliciter l'ensemble des artistes et infographistes ayant travailler sur le film puisque c'est leur travail qui est unique et se réapproprie l'univers de Miller. Car en ce qui concerne de la réalisation brute, du rythme ou des plans choisis, nous sommes en face d'un travail formel et frontal pur. Une simple adaptation faussement stylistique et sans réel parti-pris intéressant. Encore une fois, on en reviendra à la faiblesse de ce qu'est censé être une dramaturgie grecque, ici insulté et ignoré par de « belles images » à la beauté hélas surfaites vis à vis du sujet traité. 300 aurait pu concilier une beauté graphique qu'on ne puis renier (malgré les muscles fakes et les dents colgate de nos spartiates huilés) avec un fond émotionnel fort au sens héroïque ou tragique du terme. La deuxième partie devait être trop complexe à comprendre pour un faiseur de pubs comme Snyder... Un film creux qui, hélas, en a lancé un peu trop d'autres. Dommage car comme expérience (graphique) unique, 300 est à regarder.

Frantic (1988) - de : Roman Polanski - avec : Harrison Ford, Emanuelle Seigner

Un polar de Roman Polanski qui essaye de concilier un sens esthétique propre et choix artistiques francs au grand public des 80's. Le héros, Dr. Walker arrive de San Fransisco pour Paris où il doit assister à un congrès. Il perd beaucoup de temps après un quiproquo avec ses bagages à l'aéroport puis voit sa femme se faire kidnapper dans leur hôtel. Ne parlant pas français, il est seul dans le pays le moins accueillant du monde, à devoir faire face à la bureaucratie irresponsable pour retrouver sa femme. La première partie du film est excellemment stressante à vivre car par soucis de réalisme, le film est en VO et le héros américain qu'est Harrison Ford doit se farcir du français le long de son chemin. L'incompréhension du héros et le laxisme des services de l'Etat sont à rendre fou et semble se diriger vers un film kafkaïen où tout sens logique se perd. Puis, petit à petit, nous nous dirigeons vers un Policier un peu plus conventionnel où le héros s'associe à une parisienne délurée en la personne de la charmante Emanuelle Seigner, 22ans, toute mignonne et pétillante comme tout. On se dirige alors vers quelques codes des films 80's avec la complicité humoristique du duo Ford/Seigner avec son rythme d'action plus élevé et ses séances de course poursuite. On n'échappera pas à quelques incohérences un peu lourdes comme se farcir une musique clichée d'un Montmartre (étonnant quand on sait que le compositeur et Ennio Morricone), un Paris aux couleurs crépusculaires, aux ruelles de pavés et de néons clignotants ; bien entendu un moment donné on lâche le côté réaliste et n'importe quel quidam parle anglais... Faites le test de demander votre chemin en anglais à un français... Donc tout ça est un petit peu dommage et contradictoire avec le début oppressant du film. Mais au final, on se retrouve avec un film policier très léger, teinté d'un humour qui fait mouche (Emanuelle Seigner y apporte un naturel éclatant) mais d'un rythme intéressant à rebondissements, d'une belle image et de bonnes idées de mise en scène qui impliquent le spectateur (au pif une scène sur le toit qui joue sur la peur du vertige du héros sur le spectateur, en montrant en contre-bas toute une succession d'objets qui tombent). Si on est pas en face d'un grand film (scoop : Polanski n'est pas cinématographiquement parfait), on est en face d'un film 80's qui vieillit très bien grâce aux choix et la maitrise de son réalisateur. On y passe un bon moment.

Prince of Persia (2010) - de : Mike Newell - avec : Jake Gyllenhaal, Gemma Aterton

Aaaah ! C'est la première fois dans cette jeune rubrique Ticket Ciné que l'on va parler d'une adaptation cinématographique d'un jeu vidéo. Ce n'était pas utile d'en écrire une critique complète car même s'il est lié à notre média prioritaire, nous sommes en face d'un blockbuster grand public. C'est à dire que l'aspect « adaptation » si minutieux et rare qu'on pouvait en attendre dans les 90's et même début 2000's est voué à disparaître. C'est un peu comme si un type essayait encore de comparer un film X-Men avec le comics... Aujourd'hui, il commence à en aller de même avec le jeu vidéo. Mais est-ce forcément une mauvaise chose ? Mieux vaut une « transcription » formellement fidèle mais cheap sans aucun travail de fond ? Ou avoir un travail d'inspiration libre mais qui propose un bon film à défaut d'une « adaptation de jeu vidéo » ? Les productions Bruckheimer et Disney ont tranché et ont choisi un travail d'inspiration libre. Ce film est donc inspiré de la trilogie des Sables du Temps mais adapté dans un milieu un peu plus conte « milles et une nuit ». Le personnage du Prince est ici travaillé pour lui donner une réelle consistance, puisque jusqu’alors contenté d'être une icône sans background dans le jeu vidéo. Le Prince s'appelle Dastan (qui veut dire « héros », en perse) et a été adopté par le Roi alors qu'il n'était qu'un gamin des rues. Il grandit et vit alors avec ses deux frères, l'un prétendant au trône, l'autre chef de la garde impériale et fait parti de la famille. Alors que le premier fils est informé par le conseiller et propre frère du Roi (son oncle quoi) qu'un royaume allié les trahit, une escouade prend rapidement possession de la cité. Mais le Prince, n'en faisant qu'à sa tête et préférant les approches discrètes se retrouve face à un ennemi mettant en lieu sûre une drôle de dague... Se réappropriant ce trésor sans en connaître ses pouvoirs, le Prince va être victime d'une machination visant à prendre la place du Roi de Perse : mais qui dans la famille veut prendre la place du Roi décédé ? Mine de rien, vous avez compris que le scénario est bien plus consistant que le jeu d'origine. Ici, pas de « monstres de sable », nous ne sommes pas en face d'un film se dirigeant vers le fantastique. C'est un film d'action-aventure avec sa touche d'humour (relation prince/princesse, digne du jeu) et d'amour (prince/princesse évidement) dôté de superbes décors, d'effets spéciaux modérément incrustés au service du métrage, de cascades jamais exagérés (on est pas dans un Matrix-like)... Les acteurs assurent leur rôle et semblent même enjoués, surtout Jake Gyllenhaal tout relax en noble héros et Gemma Arteton, très belle en princesse milles et une nuit. Ben Kinglsey y est très professionnel pourtant adepte de films plus indépendants et Alfred Molina nous surprend en bout-en-train très drôle, jamais lourd. Si certains diront que nous sommes face à un divertissement calibré, il faut aussi dire qu'il est de qualité. Il reprend des recettes de spectacle un peu oubliées où nous n'avons pas besoin d'explosions, de tournages sur blue screen, d'images de synthèses à foison ou de gerbes de sang (il n'y en a pas une goutte dans ce film tout public) pour en prendre plein les mirettes et se faire plaisir dans un rythme survolté du début à la fin avec son lot de points de vue, d'évènements variés et de séquences diverses. Un vrai film-spectacle qui veut donner du plaisir visuel et sonore tout en touchant aux fameuses thématiques des contes. On n'en fait pas des tonnes, on arrive à maitriser tous ces éléments d'une richesse assez importante (éléments empruntés du jeu vidéo, des classiques contes, de films d'action, d'humour, d'effets spéciaux) pour en faire un chouette cocktail. Excellente surprise, on aurait juste aimé quelques trucs : qu'on ait une réalisation un peu moins académique et qu'on nous fasse plus profiter des superbes architectures trop montrés en plans fixes.