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TICKET CINÉ N°13

écrit le 11/04/2011

Voici donc une nouvelle rubrique : le ticket Ciné. Le but est de vous écrire des avis à chaud sur les films regardés durant la semaine qui vient de s'écouler. Ca peut être n'importe quoi : du Cinéma, en vidéo, ou la télévision et peu importe leur genre (je vous éviterais les pornos, ahem), peu importante la date. L'idée est de pouvoir parler Cinéma sans avoir à écrire d'analyses poussées, étant donné que la priorité reste tout de même le jeu vidéo. Et comme, il y a bien souvent au moins un jeu par semaine... En espérant vous donner envie de regarder ces films. Et il faudra vous habiter à cette notation sur cinq, qui semblera dur pour certains.

District 9 (1987) - de : Neil Blomklamp - avec : Shartlo Copley

District 9 nous offre un excellent nouveau point de vue sur le traitement de la science-fiction. Dans les années 80, des extra-terrestres arrivent sur Terre et ne peuvent repartir. D'abord objet de curiosité, leur intégration difficile aux coutumes terriennes justifie le gouvernement de les parquer dans un camp en banlieue de Johanesbourg appelé « District 9 ». Dans cette « cité », les aliens tentent de survivre en faisant marcher un commerce local de contre-façons dont les instigateurs sont quelques terriens. Se reproduisant en surnombre, le gouvernement prend une décision cruciale en 2010 : les déménager dans un nouveau lieu. Pour procéder aux opérations, la tâche est confiée à une société privée militarisée. Ces aliens sont haïs par les terriens de part leur différence et tolèrent ainsi qu'on détruise leurs habitations précaires et qu'on les maltraite. Pendant ce changement de district, le gouvernement espère trouver des indices permettant de faire fonctionner les armes extra-terrestres ne répondant qu'au contact de leur adn et va procéder à différentes expériences. A cause de stupidité, son ignorance et son abus de pouvoir, l'agent Wikus van der Merwe va se trouver au contact d'un liquide extra-terrestre le faisant se métamorphoser en l'un deux... Il va devenir l'homme le plus recherché de la Terre puisque le premier à avoir un adn muté alien, mais il va aussi petit à petit comprendre la souffrance de ces aliens seuls et rejetés.
Le métrage est une allégorie sur l'immigration, bien entendu, que chaque pays connait et la réalisation, sous forme de documentaire tente de crédibiliser ce film sci-fi, rendant le message d'une efficacité assez troublante. Bien sûr, certains regretteront un côté trop manichéen dans l'histoire, surtout dans la deuxième partie du film, mais cette approche sociologique sur l'existence extra-terrestre est très intéressant car elle nous site à différents niveaux de lecture : elle nous met en avant la connerie humaine, puis petit à petit on comprend que nous rentrons dans une sorte de monde parallèle réussissant à humaniser ces aliens. C'est grâce à cette allégorie qu'on arrive à rendre « réaliste » un film de sci-fi ; ce qui est très rare. En fait, c'est un cas unique si l'on omet volontairement les films d'anticipation. On a, pour une fois, un film d'extra-terretres avec un réel propos humain bien que primaire en vérité mais malheureusement réel... C’est un film très pessimiste à vrai dire car on nous narre un propos sur l’intolérance mais seulement en « constat ». Vous n'aurez pas de moral à deux balles, ou de happy end, mais un constat assez terrible du fait de son paradoxe ambiant : message réaliste, mais mise en scène science-fiction... A mi-chemin entre le divertissement (avec un humour noir très prononcé) et le réalisme-choc (amplifié par l'aspect documentaire in-situ), District 9 coïncide deux approches du Cinéma en un seul... Et c'est ce qui marque le spectateur.

Ninja Assassin (2008) - de : James Mc Teight - avec : Jung Ji-Hoon

Bon... T'as des films comme ça, tu les sens un peu moyen mais fidèle à tes principes de ne pas juger les films par leur affiche (ou les livres à leur couv', ou les gens à leur gueule), tu donnes ta chance à un long-métrage qui semble assez stylé et qui avait reçu une promo digne d'une production pour otakus... Et patatra, c'est pas terrible. Tu le savais, tu te doutais que ça allait être fade quand t'as vu ce foutu écran titre ultra kitsch apparaître après une giclée de sang aussi épais d'un pot de peinture Leroy Merlin... Mais voilà quoi... Film à moitié-américain et à moitié sud-coréen, Ninja Assassin réussit à voir ses deux identités s'annuler. D'un côté tout le style asiatique réussi : combats bien chorégraphiés, photographie assez obscure plutôt léchée, des armes dignes d'un manga mais bon c'est du fun et éventuellement quelques giclées de sang qui auraient pu être sympathiques. Puis t'as le côté américain avec son scénario de gros bouseux où une petite fliquette américaine s'intéresse à une enquête d'un russe sur la création d'un gang fournissant des assassins aux différents chefs d'Etat... Le héros faisait parti du fameux gang mais se rebelle après que sa petite amie se fusse tué sous ses yeux pour avoir osé rêver une vie libre. Le côté américain nous donne aussi des dialogues ultra stéréotypés et courts (le coup du « – les ennemis nous repèrent au flair – Comme les chiens ? – Non, comme les loups » est assez balèze ; pour l'anecdote j'avais trouvé la réplique avant l'acteur) ; il nous donne des scènes ridicules où le sang (qui aurait pu donner un effet graphique intéressant) bave des hectolitres de toutes parts avec des ennemis qui se battent avec des entailles le long du corps... N'est pas Zaïtochi qui veut. Des scènes où des gros bourrins de flics armés de bazooka flinguent des ninja armés de leur bite et katana... Bref du ridicule. Cette dualité entre les deux styles radicalement opposés se ressent où on alterne scènes ridicules et scènes vaguement intéressants (flashbacks sur l'enfance du héros qui n'apportent que peu de choses)... Bref, c'est pas terrible en fait ; on s'emmerde (réalisation des plus premières degrés qui n'aide pas et le concept du film très limité pas vraiment exploré), mais ça aurait pu être excellent parce qu'il y a du style par moments. Dommage que ces producteurs de Hollywood aseptisent tout ce qui se passent sous leur main.

Raging Bull (1980) - de : Martin Scorsese - avec : Robert DeNiro, Joe Pesci

Grand classique du Cinéma, Raging Bull retrace le parcours professionnel et la vie personnelle de Jake LaMotta, champion de boxe mi-lourd de 1949 à 1951, connu pour être un joueur très agressif. Interprété ou plutôt incarné par un Robert DeNiro sublime de crédibilité, Jake LaMotta y est dépeint comme un homme arrogant, extrêmement égocentrique provoquant des crises de paranoïa et par dessus le marché, pas franchement intelligent. Un personnage détestable qui n'a ici rien d'un héros. Raging Bull, contrairement à ce qu'on peut lire et entendre un peu banalement n'est PAS un « film sur la boxe ». C'est un film biographique sur Jake LaMotta, sur sa vie et sa relation avec son frère (qui est aussi son manager), sa femme (ou plutôt sa seconde femme rabaissée à longueur de journée) et aussi avec les hommes du milieu de la boxe, une époque (les années 40) où la corruption sévissait grandement. On voit alors un homme se battre pour réussir seul, sans l'aide des truqueurs qui décident de l'avenir des boxeurs pour aussi se prouver qu'il n'est pas un « bohémien ». Mais cet homme va nous dévoiler surtout son côté égocentrique qui va le mener à sa perte après avoir pu toucher la ceinture de champion. Scorcese ne cherche pas à rendre son personnage attachant ou héroïque ou empathique, mais il nous peint cela comme un film d'archive. L'image est en noir et blanc avec une excellente restitution de l'époque (musique de fond, décors, mentalités de l'époque) permet de bien renforcer cet aspect comme si le réalisateur ne cherchait pas à prendre parti. Il nous dépeint l'évolution d'un homme bourré de problèmes psychologiques et sociaux (dans la réalité, on dirait que c’est un « gros connard de beauf ») qui prennent le pas sur son sacre de champion, presque anecdotique au vu de sa vie personnelle ratée. Les scènes de combats y sont effectivement très rares et pas franchement réalistes. Chaque combat réalisé tente de mettre en parallèle une partie de sa vie en difficulté. C'est pourquoi la caméra est aussi proche des boxeurs, totalement en immersion où l'acteur, DeNiro, continue de jouer son rôle de LaMotta pendant les combats (alors qu'un réalisateur moins investi ou ambitieux se serait contenté de montrer des scènes de combats stylés « d'époque » filmés hors ring). D'un point de vue formel, Raging Bull y est excellent, avec des dialogues mettant en avant les caractères bien francs des personnages (Joe Pesci inclus), un DeNiro on l'a dit à fond dans son rôle en passant aussi par une prise importante de poids le long du film, une réalisation très intelligente et classieuse. Mais fondamentalement, le genre du « biopic » n'est pas toujours évident à appréhender, surtout dans le cas de Raging Bull. Nous ne serons pas subjugués par la carrière de LaMotta ou de ses problèmes conjugaux, nous serons surtout subjugués par la manière dont le réalisateur et les acteurs nous dépeint la complexité assez imbécile du personnage qui ne voit pas sa stupidité de la première à la dernière minute du film. La fin est d'ailleurs très défaitiste puisqu'elle ne boucle pas « l'histoire », puisqu'à vrai dire il n'y a même pas d'histoire propre... Mais surtout, elle laisse entretenir un doute sur l'évolution du personnage de LaMotta. C'est un genre donc qui est presqu'un exercice de style... Personnellement, je n'ai pas éprouvé d'empathie ou de compréhension envers le personnage et je doute que c'était le but quand on voit la façon dont le réalisateur se détache en nous le montrant (le parallèle entre les combats trop violents à la gerbe de sang facile et sa vie pourraient inciter certaines personnes à éprouver un peu de pitié pour lui mais perso je ne vais pas trop plaindre un type qui boxe pour être champion en se faisant bourrer le mou par son frère). Pour terminer, Raging Bull est inspiré d'une auto-biographie du vrai LaMotta (toujours vivant), cela voudrait-il qu'il reconnaît son échec de sa vie personnelle ? En théorie oui, mais le dernier discours du personnage reste franchement hypocrite (ou tout du moins ambigüe si on accorde le bénéfice du doute à ce personnage). Je pense que si formellement, le film est une perle, fondamentalement, chacun aura une sensibilité propre auprès de ce personnage plutôt... vulgaire et pathétique. C'est cette absence de message ou de parti-pris (un peu inhérent au genre) qui m'empêche de mettre le 5/5.