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TICKET CINÉ N°16

écrit le 2/05/2011

Voici donc une nouvelle rubrique : le ticket Ciné. Le but est de vous écrire des avis à chaud sur les films regardés durant la semaine qui vient de s'écouler. Ca peut être n'importe quoi : du Cinéma, en vidéo, ou la télévision et peu importe leur genre (je vous éviterais les pornos, ahem), peu importante la date. L'idée est de pouvoir parler Cinéma sans avoir à écrire d'analyses poussées, étant donné que la priorité reste tout de même le jeu vidéo. Et comme, il y a bien souvent au moins un jeu par semaine... En espérant vous donner envie de regarder ces films. Et il faudra vous habiter à cette notation sur cinq, qui semblera dur pour certains.

Jurassic Park 3 (2003) - de : Joe Johnstone - avec : Sam Neil, Tea Leoni

Dans une petite ville proches des bayous de la Louisiane, des jeunes prostitués sont tuées sauvagement. Le détective Dave Robicheaux (Tommy Lee Jones) enquête tout en jonglant entre ses relations avec le truand/producteur de films local Julius Balboni (John Goodman), ses propres démons (alcool et hallucinations du passé), ainsi qu'une étrange amitié naissante avec un acteur alcoolique... Partant d'un pitch très simple, le métrage se veut contemplatif en abusant des beaux décors des marais (bayous) de la Louisiane tout en insistant sur l'intimité du personnage principal dans sa façon d'enquêter quelque peu légère. Le film insiste beaucoup sur des scènes du quotidien autour des personnages principaux mais aussi beaucoup de secondaires censés être importants à l'histoire mais bien peu mis en avant dans le cadre de la caméra de Tavernier. Inspiré d'un roman de James Lee Burke qui doit probablement bien mieux insister et détailler la petite vie du héros et de ses proches, le métrage souffre lui de longueurs quasiment inutiles. Bourré de dialogues soporifiques et surtout sonnant creux, les relations entre personnages sont juste esquissées et n'apportent strictement rien à l'évolution d'un personnage globalement monotone et encore moins à l'enquête policière dont on en oublie la teneur pendant trois quarts du film. En ne sachant pas trop de quel côté misé, le film se perd dans deux directions opposés : le policier et le drame qui finissent par s'annuler, étant donné que le premier est mis de côté et que le second est survolé. Il ne reste que de beaux décors et une dégaine propre à Tommy Lee Jones tentant de donner du corps à ce personnage faussement fascinant. Histoire d'alourdir encore plus la démarche du réalisateur, une voix off décrit aussi l'avancée du film comme si on avait rien compris et surtout pour tenter de donner un aspect romantique au métrage qui n'y arrive pas avec la seule force de ses images. La bande originale tente de nous bercer dans l'univers cajun, un univers souvent apprécié et facilement attractif mais elle maquille surtout un film qui ne trouve pas son rythme, ne trouve pas son discours, ne trouve pas sa personnalité. Très décevant et premier degré dans sa mise en forme alors qu'on aurait pu avoir réellement quelque chose d'un peu plus envoutant...

Danny the Dog (2005) - de : Louis Letterier - avec : Jet Li, Bob Hoskins

Avec Danny the Dog, ce fut une agréable surprise au premier visionnage. Parce que les productions EuropaCorp faisaient encore plus flipper qu'aujourd'hui et que Jet Li est très mal utilisé dans les films occidentaux. Mais voilà, Louis Letterier confirmaient qu'il était un bon réalisateur d'action movie, même en dirigeant un casting impressionnant. Danny a été élevé par un truand (Bob Hoskins) comme un chien : dresser pour tuer dans des combats clandestins. Il parle très peu, seulement quand on lui donne la parole, dort dans un cachot, et a un collier qui signifie son attachement à son maitre. Mais un jour, le maitre en question se fait piéger dans une fusillade et Danny a le temps d'aller se réfugier chez un accordeur de piano aveugle (Morgan Freeman). Lui et sa fille adoptive vont alors aider Danny à s'installer chez eux et petit à petit le décomplexer ; et vont lui apporter une réelle relation humaine. C'est là un script fort étonnant, mélange de stylisation (le personnage de Jet Li garde toujours son collier particulièrement bien dessiné) et d'émotions humaines attendrissants, violents et humoristiques. Le film ne se prend pas trop au sérieux et permet d'éviter la tragédie trop facile grâce à une mise en scène assez légère, bondissant de petites scènes en petites scènes du quotidien pour montrer l'évolution du héros. Jet Li assure bien dans un rôle à priori minimaliste mais à forte teneur émotionnelle. C'est là la très bonne surprise du film. L'autre, c’est la réapparition de Bob Hoskins (Eddy Valiant dans Roger Rabbit) dans un film grand public qui joue avec justesse le rôle d'un immonde salopard tout en subtilité et palabres. Les scènes de combat, assez rares interviennent vers la fin mais excellemment bien mises en valeur grâce à une chorégraphie de Woo-Ping Yuen (qu'on ne présente plus : Il était une fois en Chine, Matrix, etc) et un Louis Leterrier qui sent surtout très bien l'action et respecte parfaitement le travail du chorégraphe en mettant bien en avant le corps des combattants. Mais voilà, le film est assez léger et n'est « que » un simple divertissement avec en plus quelques longueurs (les scènes d'adaptation du héros sont excessivement longues et naïves) rendant le tout sympathique, mais très loin d'être inoubliable.

Mammuth (2010) - de : Benoit Delépine et Gustave Kerven - avec : Gérard Depardieu, Yolande Moreau

Serge (notre grand Gégé) a travaillé sans interruption depuis ses 16ans. Des boulots variés ne demandant pas forcément de grandes compétences mais il est temps pour lui d'arrêter et de prendre sa retraite à 60ans. Son premier jour de retraite est un désastre, il s'emmerde, se goure dans les courses et fait blâmer sa femme à son travail sans le vouloir. Et comble du comble, il apprend qu'il lui manque des trimestres de cotisation à cause de patrons sans scrupules ayant « oublié » de le déclarer. Il a besoin de sa retraite à taux plein pour payer ses trois crédits et décide donc de partir à la recherche de ses anciens patrons ou d'anciens collègues pour apporter la preuve de son travail. Pour cela, il doit sortir de son garage sa vieille moto qu'il n'a plus monté depuis fort longtemps : une Mammuth (d'où le surnom de Serge). En chemin, il va petit à petit trouver une raison de vivre et apprendre à profiter du temps perdu grâce à sa rencontre avec sa nièce. Le spectateur, lui, va apprendre que Serge est traumatisé par un événement de son passé. Mammuth est vendu comme étant un film de comédie. Mais si c'est par l'attitude du héros, des échanges verbaux frôlant l'absurde que le comique passe, le métrage est avant tout une sorte de remise en question pour un homme très ordinaire (en vérité, complètement dépassé et un peu ignorant sur les bords). C’est un film pas franchement évident à prendre, car si le sujet de départ est extrêmement intéressant (la hantise de la retraite est un sujet qui grimpe de plus en plus chez les français ; pour différentes raisons), ce qu'en font Delépine et Kerven est un film intimiste. On s'intéressera alors non pas au sujet (malgré quelques scènes illustrant le propos) mais à l'évolution du personnage incarné avec justesse par Gérard Depardieu. Ce dernier apporte sa carrure à un personnage désabusé, déphasé (ils ont un peu un grain dans la famille) et nonchalante qui le rend... empathique. Ce n'est pas un homme gentil, méchant ou autre, c'est un homme à côté de la plaque. On comprendra aisément pourquoi pas mal de spectateurs auront du mal à apprécier le personnage et par conséquent le film. Mammuth est donc l'histoire d'un jeune retraité qui a travaillé pour oublier et qui a oublié comment vivre. Et le long du métrage, à l'aide de scènes banales mais jouées par des personnages loufoques, on essaye alors de comprendre ce qui ne va pas chez ce type et ce qu'il recherche. On est en face du cliché du « film indé », renforcé par une réalisation caméra à l'épaule, un peu tremblotante muni de gros plans régulièrement ou de scènes très posés et cadrés. On attendait un peu mieux de Mammuth au vu du pitch de départ et du départ humoristique prononcé et au final, on reste sur notre faim. C’est une assez belle histoire en soit mais dont on a du mal à s'approprier à cause de quelques longueurs, d'un abus de personnages défoncés et on aurait aussi aimé que l'humour Groland ne vienne pas parasiter quelques scènes, faisant un peu tâche dans le décor. Sans l’interprétation de Gérard Depardieu (impeccable, à chaque fois qu'il prend son rôle au sérieux), le film aurait perdu tout son intérêt. On a l'effet d'un pétard mouillé tout de même, dû à des carences et des raccourcis trop faciles et un symbolisme pas assez mis en avant. L'ensemble manque de percussion.