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TICKET CINÉ N°17

écrit le 4/07/2011

Voici donc une nouvelle rubrique : le ticket Ciné. Le but est de vous écrire des avis à chaud sur les films regardés durant la semaine qui vient de s'écouler. Ca peut être n'importe quoi : du Cinéma, en vidéo, ou la télévision et peu importe leur genre (je vous éviterais les pornos, ahem), peu importante la date. L'idée est de pouvoir parler Cinéma sans avoir à écrire d'analyses poussées, étant donné que la priorité reste tout de même le jeu vidéo. Et comme, il y a bien souvent au moins un jeu par semaine... En espérant vous donner envie de regarder ces films. Et il faudra vous habiter à cette notation sur cinq, qui semblera dur pour certains.

Robin des Bois (2010) - de : Ridley Scott - avec : Russel Crowe, Cate Blanchett

Quand on vous annonce «Ridley Scott + Russel Crowe » nous pensons tous évidement au cultissime Gladiator. Alors quand ils vous annoncent de concevoir un Robin des Bois réaliste, vous en attendez beaucoup. A l'origine, le film devait s'appeler Nottingham et offrir une histoire totalement à contre-curant à propos de Robin en s'axant sur le point de vue du Shérif qui aurait dû être incarné par Russel Crowe. Plus tard, l'idée germa rapidement que l'acteur pouvait endosser les deux rôles ne nous laissant que notre imagination pour justifier ça. Finalement, ons 'orientera vers quelque chose de bien plus consensuel et déjà vu. Beaucoup ont clamé « Robin des Bois, c'est Gladiator mais au moyen-âge ». Ce n'est pas le cas. Dans ce métrage, l'idée est de conter comment est né la légende de Robin des Bois d'après des faits réels, autrement dit le passage de la couronne du Roi Richard mort en France à son frère Jean. Pourquoi pas ? Hélas, le film n'a aucun souffle épique, aucune fantaisie, aucune grandeur et se contente de mimer un schéma classique de révolution de fond avec histoire d'amour rapidement esquissé. Robin se fait passer pour un noble, Robert de Loxley afin que la belle (enfin non Cate Blanchett est très moche) Marianne conserve son rang et ses richesses. C'est un espion français qui est le grand méchant de l'histoire avec un Jean ridicule et pas crédible avec une couronne trop grande pour lui et un Shériff de Nottingham ne faisant qu'une apparition éclaire. Une grosse déception pour ce film très froid et impersonnel, que ce soit dans le jeu d'acteur sans une once de chaleur ou de sentiments crédibles que dans une caméra abusant de ralentis et plans serrés cheap pour illustrer une bataille... Une bataille d'ailleurs franchement mal chorégraphiée et peu passionnante à suivre ou à vivre. Le montage du métrage est aussi litigieux car pas franchement limpide à l'histoire abracadabrantesque où les trahisons fumeuses sont légion. Ni dans l'optique d'un réalisme, ni dans l'optique de la fantaisie d'une légende, ce Robin des Bois s’épanouit. Un métrage sans aucune saveur. Beau gâchis.

La Route (2009) - de : John Hillcoat - avec : Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee

Adapté d'un roman éponyme catastrophe de Cormac McCarthy, La Route nous propose de partager le voyage vers le sud d'un homme et de son fils rescapé d'une catastrophe indéterminée. Dans ce monde intemporel (on ne nous dit jamais où et quand nous sommes), les pluies de cendres sont légions, les plantes et majorité d’animaux ont disparu et la civilisation régresse petit à petit. Dans ce monde sauvage, un homme tente de protéger son jeune fils en espérant trouver un refuge civilisé. La Route peut être vu comme les conséquences d'un film catastrophe. La survie réaliste de la civilisation. Réaliste, étant le mot important du film puisqu'il ne faut pas s'attendre à du Mad Max, mais un monde de poussière et arbres calcinés. Derrière ce monde apocalyptique se cache une transmissions de valeurs du bien et du mal et des choix cruciaux qui doivent être faits pour survivre. Sommes-nous prêts à tout pour la survie, comme devenir cannibale ? Laisser un homme mourir de faim ? Lui voler toutes ses affaires pour soit ? Sous peine de mort imminent, l'homme doit donc t-il assouvir ses instincts primitives ? C'est ce que ce métrage décrit avec justesse à travers plusieurs scènes évocatrices et explicites. Se cache aussi une relation d'amour et de complicité entre un Père et son fils mis en scène avec beaucoup de crédibilité et de force sentimentale grâce au jeu d'acteur sincère et prégnant de Viggo Mortensen mais surtout du jeune acteur Smit McPhee. Une histoire qui oscille entre la tendresse cruelle fonctionnant à merveille grâce à une réalisation aussi très pudique et sobre nous dévoilant sans aucun artifices des scènes de vie certes fictives mais crédibles et naturelles. Mais il omet quelque peu le message humanitaire qu'il tente de faire passer à travers ses scènes si explicites qu'il ne nous fait pas franchement réfléchir... On sent que La Route essaie de dépeindre la décadence de la civilisation et l'instinct primitive naturellement présent chez l'Homme mais la démonstration y est tellement flagrante à cause d'abus du terme « gentils/méchants », peu de situations moralement indécis et scènes beaucoup trop descriptives pour tendre une perche au spectateur. Du coup, nous parcourons ce métrage assez défaitiste uniquement en suivant le parcours des deux héros, guidé par un réalisateur frileux et trop dirigiste. Le fond se prêtait à quelque chose de beaucoup plus percutant et se contente ici d'être larmoyant.

Inglorious Basterds (2009) - de : Quentin Tarantino - avec : Brad Pitt, Melanie Laurent

Que se passe t-il quand Tarantino veut ré-écrire l'histoire mondiale ? Et plus particulièrement de la fin du IIIème Reich ? Ca donne Inglourious Basterds. A ma gauche, une jeune française qui échappe de justesse à l'extermination de sa famille qui a caché des juifs face à un SS sadique ; à ma droite, une bande de soldats juifs américains qui ont pour but de dézinguer les troupes de nazis qui sévissent dans tout l'Allemagne. Comme d'habitude, chez Tarantino, deux destins éloignés vont finir par se rencontrer pour avoir un point commun. Comme d'habitude, nous aurons droit à de longs dialogues finement joués et subtilement écrits... Mais pas comme d'habitude, la machine ne prend pas. Le film ne raconte pas grand chose et se perd énormément dans la mise en place des personnages et n'arrivent jamais à créer des relations entre personnages intéressantes de part des longueurs insupportables dû à des séquences blindé de « remplissages ». Ce qui peut être annoncé en 1 phrase, est annoncé en 5, si ce n'est plus. Qu'on ne vienne pas dire que c’est la « marque Tarantino » car dans le genre dialogues longs, il avait plutôt assuré dans Jackie Brown mais où les situations y étaient bien plus variés et dynamiques. Là, on ne sait pas trop ce qu'il veut faire : créer un univers complètement décalé (la fin vaut le détour) ou essayer de travailler sur l'oppression nazi ? Un peu des deux surement mais tout ça traine pour pas grand chose finalement. On peut voir ça comme une « Histoire alternative », qui est, assez jouissive et théâtrale comme fin du nazisme mais se plomber 2H30 pour avoir deux points de vue d'une même histoire lancinante ? Peut être qu'en pimentant la chose avec le point de vue carrément allemand pour les ridiculiser par exemple, aurait mieux renforcer l'aspect comédie et des dialogues radicalement différents que de voir des gars jouer à un vieux jeu autour d'une table dans une cave... Bref, ça trainasse, ça raconte rien mais ça montre de bonnes choses... Très mitigé et surtout pas maitrisé en terme de dynamisme pour Tarantino. Dommage.

Le Boulevard de la Mort (2007) - de : Quentin Tarantino - avec : Kurt Russel

Film « Grindhouse » de Tarantino est, disons-le de suite, très loin de Pulp Fiction ou Jackie Brown. Le pitch est ultra classique : un psychopathe décide de prendre son pied en tuant des nanas fêtardes à l'aide de son bolide course. Le problème est que cela se déroule du point de vue des filles et que les 8/10ème du métrage se résume à passer la même soirée qu'elles et donc écouter leurs conversations somme toute assez futile. On voit clairement que Tarantino fantasme comme un ouf en élaborant les discussions de petites femmes à peine l'âge de l'université à l'aide de plans serrés sur leurs fesses, leurs pieds leur allure décontractée et aguicheuse, l'idée semble de vouloir partager leur soirée de détente... C’est un trip délicat à s'imprimer car ça pue le cliché (lap dance dans bar miteux.. tu parles d'une soirée entre filles) mais il faut dire que le réalisateur sait y faire pour filmer la banalité des situations... Mais le faire 90mn sur 110, c'est assez lourd. Heureusement, le métrage est divisé en deux. Pour schématiser, on a d'un côté un groupe de filles qui ne pense qu'à faire la fête et se farcir la discut' avec un inconnu balafré qui se mêle de tout (Kurt Russell) et la deuxième partie, un groupe de filles qui ont chacune un caractère plus affirmée qui va mettre en déroute le « méchant » de l'histoire. Une première partie fantasmagorique de la bimbo facile ; une deuxième sur la force de la gente féminine... On pourrait parler de « féminisme version Tarantino »... La fin relève heureusement avec brio l'ennui du reste du film et permet de contre-balancer le cliché de la première partie. Hélas, c'est un film presque caricaturale de Tarantino avec ses multiples références de cinéphile dont on se fout complètement et de ses dialogues trop hallucinées et hors-sujets pour être crédibles. Tarantino se parodie lui-même dans ce film, sans le vouloir, pour pondre au final, un grossissement des défauts évoqués par les détracteurs de l'auteur. Creux, prétentieux, presque auteurisant, ce Boulevard de la Mort ne ravira que les purs fans du réalisateur. Pour le reste, on a un final réussi pour trois quarts chiants comme la mort.

Splice (2009) - de : Vicenzo natali - avec : Adrien Brody, Sarah Polley

Au départ, le sujet de Splice était intéressant : la création d'un être unique à base de clonage de différents gênes animales, dont l'Homme. Une sorte de Monstre de Frankenstein des temps modernes. Dans ce film, deux scientifiques vivant en couple, décident de bravir l'interdit de leurs supérieurs et des mœurs : travailler sur le génome humain. De leur curiosité scientifique évoluera en sorte de fantasme utopique qui finira par les détruire. On connait la fin de ce genre de films et Splice ne déroge pas à la règle. C’est dans la mise en forme qu'il va tenter de changer la donne. Les deux scientifiques vont voir évoluer la créature au visage et à l'intelligence humaine troublante et se l'approprier comme un membre de leur famille jusqu'à aller à commettre des scènes floues (entre humain/créature) et très dérangeantes vis à vis de la nature même de la créature (des scènes de sexe franchement crades rien que dans la suggestion). Mais au final, cette relation pesante et trouble est-elle crédible ? Car c'est en cela que ça doit jouer, il faut ajouter de la crédibilité dans le partage d'émotions humaines que tente de faire Natali. Et là, c'est le drame. Dès le départ, on hallucine devant le manque de réalisme dans le travail des laborantins qui travaillent en écoutant du hardrock, qui font des tests génétiques dont le résultat s'affiche d'un simple écran Windows ou d'un clavier muni d'un élégant bouton rouge pour bien faire comprendre au spectateur débile que l'action est importante... Sans compter les ellipses importants pour éclipser l'évolution de la créature, l'air de « bon, je ne sais pas quoi dire là, je vais sauter au passage à l'adolescence »... Splice est un assemblage de scènes simplistes et binaires où se mêlent juste par l’intermédiaire de dialogues ou de quelques gestes des relations humaines avec un être fictif. C’est pauvre, superficiel, ça ne raconte rien du tout sur l'espèce humaine, sur le travail émotif de base, la direction d'acteurs semble être assez désastreuse pour réussir à rendre Adrien Brody aussi fade (un autre acteur aurait fait l'affaire)... Bref, d'une idée simple et d'une créature numérique réussie, on arrive à faire un film creux et irréaliste, là où le réalisme des situations, de la science et des émotions était le point le plus important du projet...

Vol au Dessus d'un Nid de Coucou (1975) - de : Milos Forman - avec : Jack Nicholson

Ecrire sur Vol au dessus d'un nid de coucou est très difficile. Il s'agit d'une perle et d'un réel et sans exagération chef d’œuvre de l'histoire du Cinéma. Pour échapper à la prison, un truand MacMurphy se fait passer pour fou afin d'être interné en hôpital pour une poignée de mois. Mais il va très vite se rendre compte qu'au delà de la privation de liberté des patients, c'est une véritable destruction de volonté que doivent supporter les internés. En bonne santé mentale, McMrphy ne supporte pas l'absurdité du règlement militaire qui est infligé aux patients. Par son côté réactionnaire et sa vivacité naturelle, il va bousculer l'ordre établi et essayer de faire regagner l'estime de soit aux patients... Mais en se mettant à dos l'infirmière générale qui veille à préserver son ascendant psychologique sur ses patients. De part la spontanéité des situations provoquées par Nicholson dans le quotidien monotone du milieu psychiatrique, le métrage va accrocher le regard et l'intérêt du spectateur pour se mettre à sa place. Le réalisateur fait tout pour rester neutre dans sa façon de filmer (vous verrez que les cadrages sont toujours à la même hauteur, mettant au même niveau les deux antagonistes principaux) mais la puissance des situations et le sentiment d'injustice permanent dont est abreuvé le film implique énormément le spectateur. Il est impossible de rester de marbre devant le manque d'humanité de ces soignants, devant leur réactions machinales suivant à la lettre un protocole policier qui sont mis en avant par séquence bien spécifiques et illustratives. Le film s'évertue aussi à calmer les ardeurs en apprenant à connaître les patients du métrage et à sympathiser avec des gars qui ont trop longtemps été tenu de s'exprimer. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, la privation de liberté est un sujet fort général mais ici qui trouve sa place dans un espace clos et réaliste qu'est un établissement psychiatrique. Maintenant, ne nous trompons pas, le film a été tourné en 1975, adapté du roman de 1962 écrit par Ken Kessey selon sa propre expérience. Il ne s'agit pas d'une généralisation des instituts psychiatriques ; mais c'est un formidable espace d'époque où l'on exerçait le contrôle mental sur autrui (car tous les patients sont ici de leur propre volonté et sont indirectement conditionnés pour y rester cloitré, de peur de se sentir largué en liberté). Évidement, l'implication de Nicholson et Louise Fletcher aide énormément le spectateur à s'immerger dans cet univers « de fou ». Mais plein de petits cadrages sur les autres patients, en s'intéressant à eux ou en voulant les impliquer dans leur microcosme social favorise aussi la crédibilité du film. On y reconnaitra d'ailleurs Christopher Lloyd ou encore Danny DeVito. Un film « parfait », puissant et engagé.