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TICKET CINÉ N°19

écrit le 23/02/2014

Voici donc une nouvelle rubrique : le ticket Ciné. Le but est de vous écrire des avis à chaud sur les films regardés durant la semaine qui vient de s'écouler. Ca peut être n'importe quoi : du Cinéma, en vidéo, ou la télévision et peu importe leur genre (je vous éviterais les pornos, ahem), peu importante la date. L'idée est de pouvoir parler Cinéma sans avoir à écrire d'analyses poussées, étant donné que la priorité reste tout de même le jeu vidéo. Et comme, il y a bien souvent au moins un jeu par semaine... En espérant vous donner envie de regarder ces films. Et il faudra vous habiter à cette notation sur cinq, qui semblera dur pour certains.

Robocop (2014) - de : José Padilha - avec : Joel Kinaman, Gary Oldman, Michael Keaton

Que ce fut long. Que ce fut compliqué. Que ce fut stressant. José Padilha se plaignant de ne pas être écouté par la Production, d'être une lutte pour chaque bribe d'idée accepté, dont « 9 sur 10 » fut refusées. Joel Kinaman s'investissant dans un premier temps pour un film rated R (16+), pour finalement contrôler avec une restriction PG13. Un trailer too much. Une presse généraliste qui écrit ses critiques en ne matant que le trailer. Robocop 2014 avait tout pour être un bide. Il ne l'est pas.

Cette mouture a l'intelligence de se démarquer du métrage de Verhoeven en changeant totalement l'angle critique. Si en 1987, Robocop était une satire divertissante du capitalisme et de l'ultra-libéralisme où les sociétés privés dirigeraient les services publiques en toute impunité, en 2014, Robocop devient une critique de la manipulation des masses. Dans cet univers, la société OmniCorp produit des robots militaires pour préserver les vies humaines américaines... et les éviter d'avoir les mains sales. En quête de nouveau marché, elle souhaite instaurer la robotique au service de l'ordre. A l'aide de spots TV incarnés par Samuel L.Jackson dont la colorimétrie du plateau et l'orientation politique n'est pas sans rappeler Fox News, la société se lance dans des spots publicitaires propagandistes louant les valeurs des Etats-Unis. Même le lobby de la robotique est confronté à l'opinion politique malgré le soudoiement des sénateurs. Pour faire passer une loi sur l'autorisation des robots pour assurer la protection des citoyens, le PDG d'Omnicorp (Michael Keaton) imagine l'idée de fabriquer un héros robotique... mais avec une conscience (principal argument des « robophobes » - oui, oui le film va jusqu'à utiliser ce genre de démagogie - ). Le corps servant de cobaye est celui d'un policier intègre, Alex Murphy enquêtant sur la corruption de collègues policiers, grièvement blessé dans sa voiture piégée.

Ici, toute l'idéologie du film de 2014 change radicalement de la version de 87. Avant, Robocop n'était qu'un produit. L'âme humaine n'était pas censé resté dans ce corps. Seule la figure humaine servait de caution à la population. C'était aussi une belle symbolique sur la perte de l'humanité face à l'appât du gain et du pouvoir. Aujourd'hui, c'est l'inverse, Robocop doit avoir une conscience humaine... Mais par souci d'efficacité au combat, par souci d'obéissance, Murphy va se faire manipulé continuellement sa conscience et son libre-arbitre. Pendant une heure, le film se concentre sur la fabrication et l'ajustement de Robocop où le spectateur est confronté à la perte de personnalité progressive de Murphy. Le mot-clé du film est manipulation : par la robotique, par le contournement des lois, par les médias, par le discours politique. Robocop devient un outil de communication et de surveillance d'Omnicorp, n'hésitant pas à jouer avec ses émotions et sa sensibilité où la limite entre robot et humain est invisible. Le réalisateur et les scénaristes ont aussi l'intelligence de glisser beaucoup de références actuelles : les problèmes éthiques du transhumanisme (jusqu'où reste on humain malgré nos greffes synthétiques) et surtout le plus éminent, la surveillance continue. Robocop devient bourré de localisation GPS, a accès à tous les fichiers de la population et va définir de façon binaire si la personne qu'il regarde est coupable ou non. Il enregistre les conversation à distance, il récupère les données personnelles des gens rien qu'en les regardant... Dans une société qui vante les Google glass, les iWatch et apprend avec naïveté que Facebook et compagnie révèle leurs données personnelles au gouvernement, la critique tombe merveilleusement juste. Le film tape sur toute cette toile de communication hypocrite et cynique. D'ailleurs, le film n'est pas drôle du tout, contrairement au film de 87 qui en prenant la situation de l'époque à la rigolade, n'avait aucune intention d'être visionnaire. Évidement, tacler les mass medias aujourd'hui est une porte ouverte, mais elle tape le cœur du système en évoquant toutes les facettes d'un système de lobby manipulateur, et en mettant en avant les outils à leur disposition : la dépendance technologique.

Et donc question divertissement tout ça ? Car oui, ces sujets sont quand même sérieux... N'oublions pas que nous visionnons un film hollywoodien qui a bridé son réalisateur du début à la fin. Là où n'importe quel remake (Total Recall ?) finit en bouse d'action-movie sans aucun talent et intérêt, ce Robocop réussit à consacrer l'essentiel de son temps autour de la psychologie de Murphy et de sa situation de cobaye manipulé de la tête aux pieds. C'est couillu. Au delà de ça, les trois scènes de baston sont très dynamiques, avec quelques trouvailles de mise en scène classieuse... Mais surtout une mise en scène symbolique rappelant les jeux vidéo FPS, où Murphy, lors de ces phases devient inconscient et laisse travailler la machine... Une jolie métaphore graphique de le mettre en parallèle avec la frénésie et l'excitation des jeux vidéo immersifs.

Seul point faible, une romance aseptisée à la Hollywood. Pas que Madame Murphy (Abbie Cornish) soit inutile, loin de là, mais leur relation est mise en image superficiellement avec comme message niais « l'amour triomphe de la machine », une touche morale simpliste rentrant en confrontation avec le concept de la « directive 4 » qui ne plaira pas aux technophiles avertis.

A moins d'être bloqué sur votre adoration aliénante de Robocop 87, Robocop 2014 évite la confrontation directe avec le cinéma de Verhoeven avec brio. Son sens critique étant complémentaire avec son modèle. Un sens critique étonnement élevé pour du Hollywood. Excellente surprise.

The Master (2012) - de : Paul Thomas Anderson - avec : Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman

The Master nous narre la rencontre de deux personnalités opposées dans les années 50. Freddie Quell (Joaquin Phoenix) a fait la Seconde Guerre Mondiale mais a toutes les difficultés du monde pour s'intégrer dans la société. Alcoolique notoire au comportement agressif, il est ce qu'on appelle un paumé. Un paumé qui rencontre son exact opposé, par le hasard, d'une nuit brouillée par l'alcool qu'il distille lui même. Un homme charismatique, sage et raisonné qui se dit écrivain, docteur et chercheur. Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman) s'avère être un gourou dont le film s'évertuera à nous dévoiler les méthodes d'endoctrinement dont le héros plonge tête la première... Ou presque.

Avec The Master, dont le background du personnage de Dodd ressemble beaucoup à L.Ron Hubart, le fondateur de la Scientologie (même époque, même vie familiale – multiple divorcé – , même parcours professionnel et évidement mêmes croyances), il ne faut cependant pas faire l'erreur de voir une dénonciation de la secte et de son endoctrinement sur les esprits faibles ou brisés. The Master est la confrontation entre deux personnages, mais aussi deux immenses acteurs à la carrure impressionnante qui donnent corps à leur personnage avec une crédibilité et un naturel édifiant. C'est l'histoire d'un maître et son disciple, d'un homme sans confiance qui a besoin d'être soutenu, et d'un autre qui a le besoin de contrôler et de diriger. Le film est presque tourné comme une romance où le « maître spirituel » est passionné par ce chien fou à l'esprit divisé, mais dont le troisième personnage va venir créer un triangle amoureux impossible, incarné par la femme du gourou (Amy Adams).

Ce que l'on retient de The Master, c'est qu'il est passionnant car hypnotique. Si le métrage souffre d'un absence d'impacts émotionnels et de direction de scénario (la fin douce-amère ne nous amènera nulle part), Paul Thomas Anderson réussit à nous captiver par des séquences clés à intervalles réguliers grâce à une caméra soutenant la présence des acteurs et un jeu de lumière fort prégnant (Joaquin Phoenix mentalement épuisé bien illustré par les ombres creusés dans ses joues) forçant le spectateur à accrocher et comprendre comment un esprit va tenter de soumettre l'autre... Pour voir ensuite une résistance involontaire. Si fondamentalement, The Master est fort car dévoilant un rapport émotionnel assez rare dans le Cinéma (un mélange d'amour mais aussi de domination-soumission, et de quête de but dans la vie), il souffre hélas formellement d'une absence de gros impacts formels et de parti pris scénaristiques plus forts, plus romanesques. Pas de critique, pas de satire (même si les scènes des exercices du gourou sont drôles), pas de romance shakespearienne... Juste une aventure impossible entre un berger qui essaye de dresser le mouton noir. En vain.

Effets Secondaires (2013) - de : Steven Soderbergh - avec : Jude Law, Rooney Mara

Effets Secondaires est réalisé par le prolifique Steven Soderbergh, un des rares cinéastes touche à tout de qualité. Il s'agit d'un thriller psycho-medical. Une patiente dépressive (Rooney Mara) fait une tentative de suicide après le retour de prison de son mari pour délit d'initié. Lors de sa consultation, elle y rencontre le psychiatre Jonathan Banks (l'élégant Jude Law) qui va la soigner. Le métrage démarre très lentement, en y décomposant chaque étape de la dépression de l'héroïne, tout en suivant le monde médical acceptant des contrats publicitaires pour les laboratoires pharmaceutiques. Le psychiatre va accepter un essai clinique contre une grosse compensation financière, au terme de plusieurs scènes de soirées mondaines tentant de dépeindre un décalage visuel entre le luxe du monde médical et la pauvreté du monde de leurs patients, quelque peu dérangeant. Mais tout déraille quand la patiente tue son mari sous l'effet du médicament de l'essai clinique.

Effets Secondaires pourrait être l'état dans lequel nous met le film. Après une première partie très lente, où l'on s'imagine en train de suivre une relation critique entre un médecin et sa patiente autour du capitalisme et ultra libéralisme du lobby pharmaceutique, les choses s'accélèrent pour devenir un thriller haletant, au sens cinématographique du terme. Un vrai triller de pure fiction, où le médecin va tenter de se laver de tout soupçon. Le film joue habilement sur plusieurs facettes, en amenant le spectateur vers des horizons divers et variés : négligence des labos ? Négligence juridique ? Remise en question du médecin ? On surfe aussi sur le capitalisme cynique en pariant sur la chute de médicaments, etc etc. Si la première partie pourrait vous endormir tant elle met du temps à installer un semblant d'enjeu, la seconde s'accélère, multiplie les pistes, et met en avant un Judd Law investi dans son rôle, avec une large palette d'émotions appréciable, allant de l'attention, au machiavélique, en passant par l'oppressé, le suspicieux... Bref, un thriller bien pensé, bien amené qui se pare d'une mise en scène dynamique, classieuse et d'un scénario hollywoodien pour survoler tout un tas de concepts critiques autour de l'industrie médico-pharmaceutique. Dommage justement que cet aspect engagé soit juste survolé... Thriller efficace, néanmoins.

Kiss Kiss bang Bang (2005) - de : Shane Black - avec : Robert Downey Jr., Val Kilmer

Kiss Kiss Bang Bang est une petit perle auto-dérisoire comme on en fait rarement. Jouant sur le concept de multples mises en abîme, le film est narré par un voleur minable devenu acteur par erreur jouant aux détectives pour les besoins de son rôle... Robert Downey Jr incarne donc ce narrateur, Harry Lockheart, à la dégaine je m'en foutiste qui lui sied à merveille, complètement paumé dans un univers qui le dépasse. Le film de Shane Black (scénariste de L'Arme Fatale) est un ensemble de quiproquos et de scènes ridicules parodiant les policiers de série B... Ou plutôt les romans de gare si l'on se fie à l'histoire. Cet acteur par erreur se voit enquêté avec le détective Gay Perry (Val Kilmer) sur une affaire qui devait être ennuyeuse comme la majorité des cas... Pour finir sur une machination tordue qui sera décomposée dans un montage des plus ingénieux, imbriquant les scènes et indices les uns aux autres avec fluidité.

Si vous ne comprenez rien à ce qui est écrit, c'est normal. Le narrateur du film explique très mal l'aventure, se perd, s'embrouille, est obligé de faire des arrêts sur image pour remettre les choses dans leur contexte, le quatrième mur est constamment brisé pour inviter le spectateur à rentrer dans leur trip. Parodie policière, le film reste néanmoins assez bien sentie en humour verbeux : malentendus, jeux de mot vaseux, confrontations entre le « héros branleur sidekick » et le « sidekick mentor sérieux » où la hiérarchisation des rôles est bousculée formant à l'image une complémentarité très drôle entre Downey Jr et Kilmer. C'est de l'humour de buddy movie, c'est donc dans l'attitude, dans les échanges, dans la répartie que tout se joue et c'est juste une merveille de second degré, d'auto-dérision (beaucoup d'humour meta sur le monde du Cinéma) mais aussi d'invraisemblances volontaires. C'est un film qui tourne en dérision les films policier qui se prennent trop au sérieux, décortiquant chaque cliché du genre (le méchant qui braque le héros, le méchant qui oublie de fouiller dans le fut, la fille dont le héros tombe amoureux n'a rien d'une princesse, etc). Bref, une ode totale au second degré, encore plus savoureuse quand on voit le casting : le réalisateur Shane Black incapable de se défaire son étiquette de « mec de l'Arme fatale », Downey Jr et ses frasques passées d'ex-looser repenti et Val Kilmer, le mec à la melonite aiguë qui refusait d'être dirigé sur les plateaux... Juste magique, drôle, impertinent, décalé, bien rythmé, jamais grossier : un très bon moment.

G.I. Joe : Conspiration (2013) - de : John M.Chu - avec : Dwayne Johnson, Bruce Willis

Adapter des jouets Hasbro en films est l'idée la plus stupide que le Cinéma Hollywoodien ait trouvé ces dernières années. Avec un background forcément limité, une idéologie manichéenne de bande de gentils et de bande de méchants, difficile de faire un film correct avec ça. Le GI Joe de Stephen Sommers était pourtant sympathique si on le prenait pour ce qu'il était : un divertissement naïf et volontairement simplet mais remuant. Sa suite GI Joe 2, avec une production difficile, reprend la même recette. Son scénario fait pitié (un type prend la tête du Présidents des Etats-Unis et veut dominer le monde), les échanges entre personnages sont limités à deux lignes de dialogue par scène... Mais il y a une dynamique bonne enfant dans ce film. En fait, il s'agit d'un film d'enfants, dans le sens où la mise en scène excentrique, l'histoire simplette, les deux clans de super soldats qui s'opposent, le méchant qui en réalité est gentil, auraient pu être narrés par un enfant de 8 ans dans sa chambre faisant voltiger ses personnages de plastique. Le film ne se prend jamais au sérieux, n'est jamais violent, malgré les gros bras de Dwayne Jonhson et l'armurerie de Bruce Willis. Et pour cause, il n'y a pas une goutte de sang dans ce film. Mais y a des explosions, des coups de tatane avec un design sonore bien renforcé... Et des scènes sympathiques dont une jolie course-poursuite dans les montagnes dynamique, amusante, impressionnante où les personnages sont intelligemment chorégraphiés (et ne font pas des sauts de cabri n'importe comment).

GI Joe 2 est le film d'action parfait pour lancer un enfant dans le genre badass : cocktail de patates, d'humour, d'explosions, d'acteurs classes (The Rock poutre bien quand même, on a même Walton Goggins – The Shield, Justified – et Ray Stevenson – Rome, Dexter –) mais sans vulgarité, sans nudité et sans sang... Bon évidement, dans les années 80 on se nourrissait de Rambo, Terminator et Conan dès l'âge de 5 ans mais bon... Les dilemmes moraux ont changé. Plus sérieusement, malgré l’a-priori que l'on pourrait avoir en lisant le titre du film, le fun décomplexé infantilisant est réussi : propre, carré, dynamique... Une tonne d'action movie plus ambitieux se cassent formellement la gueule. De la légèreté ne fait pas de mal et nous rend gentillement nostalgiques de l'époque où, nous aussi, on se faisait des films dans nos piaules.