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TICKET CINÉ N°20

écrit le 18/05/2014

The Grandmaster (2013) - de : Wong Kar-Wai - avec : Tony Leung, Zhang Ziyi

The Grandmaster où l'antithèse des films des arts martiaux. A l'instar d'Ip Man, The Grandmaster traite de l'histoire (en partie) du même maître du Wing-Chun. Mais évidement Wong Kar Wai oblige, on n'est pas là pour enchaîner des tatanes n'importe comment. Le réalisateur n'est pas là pour un biopic précis d'Ip Man, beaucoup d'éléments clés de l'histoire de Chine sont subtilement éclipsés par deux ou trois symboles (on n'insiste pas sur l'invasion japonaise par exemple). Il va plutôt travailler sur les philosophies de vie qui entourent les maîtres d'art martiaux. Le film est alors très métaphorique, soit dans l'image (les deux scène sous la pluie, par exemple), soit dans les dialogues (beaucoup de double sens), soit les deux. Bref, le film suit le choix de vie de ces maîtres d'arts martiaux, notamment celui de Gong Er habitée par l'esprit de vengeance dont son art des « 64 mains » sera perdu dans l'Histoire. Wong Kar Wai utilise ainsi l'histoire de Ip man comme un simple tremplin vers des messages de vie aigres doux qui gravitent autour des arts martiaux. La solitude y étant habilement révélée au fur et à mesure que l'histoire se déroule.

Bien entendu, il ne s'agit pas que de « blabla » et Wong Kar Wai a l'intelligence de réunir aisément deux publics, le philosophe et l'amateur de combats. Ces derniers étant ici filmés de façon à mettre en valeur non pas la chorégraphie en un contre un mais la qualité, la légèreté et la précision de chacun des gestes d'arts martiaux. Des vrais, des purs. On touche ici non pas au côté spectaculaire du film d'arts martiaux mais à la noblesse de l'art, tant dans la forme par de superbes combats bourrés de grâce utilisant intelligemment le ralenti et une ambiance sonore mettant en valeur les vibrations du geste. Le fond n'étant pas en reste puisqu'on glisse subtilement vers le sens de ces arts par la réutilisation inventive des bouleversements politiques de l'Histoire. Sans trahir celle-ci, Wong Kar Wai réussit à l'utiliser pour un sujet qui l'intéresse plus : la vraie valeur et profondeur des arts martiaux et ce qui en découlent pour les maîtres. Une œuvre puissante qui parle de sujet profond et sensible sans oublier de réunir les publics, amateurs de mouvements racés, de photographie superbe emprunt d'une mélancolie qui favorise l'immersion du spectateur dans un univers parfois obscure, et adeptes de leçons de vie. Un très beau film, dans tous les sens du terme.

Ip Man (2008) - de : Wilson Yip - avec : Donnie Yen, Simon Yam

Pour l'occidental moyen, Ip man c'est le « maître de Bruce Lee ». Pour les chinois, c'est une nouvelle icône héroïque, celle d'un maître d'arts martiaux qui a combattu l'occupation japonaise dans les années 40, et accessoirement une nouvelle tête d'affiche pour le Cinéma, un peu comme l'était le personnage de Wong Fei-Hung dans Il était une Fois en Chine.

Le personnage, interprété par Donnie Yen, est ici magnifié et même fantasmé dans un film d'arts martiaux de pur spectacle. On y est pour de la bonne baston, de la bonne chorégraphie, des acteurs qui tiennent tout seuls sur leurs jambes et non soutenus par un paquet de câbles ridicules. Bref, Ip Man c'est du pur film d'arts martiaux à l'ancienne sans trucs et astuces pauvres. Ip Man passe pour un surhomme et bat dans un style tout en fluidité un tas de japonais sournois. Film de divertissement, l'humour est présent, notamment dans la présence du classique caricatural petit fumier ennemi. L'intensité entre les affrontements est omniprésent et suit donc Ip Man de ses débuts modestes et désintéressés à la fabrication de la « légende » comme celui qui a renversé les japonais. C'est glorifié, c'est bien manipulé, on n'est pas là pour de la documentation, mais de la baston maniant l'élégance et la brutalité. Du très bon cru.

The Raid (2011) - de : Gareth Evans - avec : Iko Uwais, Yaian Ruhian, Joe Taslim

Si vous suivez un peu l'actu Cinéma, vous savez que The Raid 2 fait le buzz, s'affichant comme un des tous meilleurs films d'action du moment, voir de ces dernières années. Il sort en juillet. Il est donc de bon ton de regarder le premier. Ce film d'action indonésien est muni d'un bien faible budget. Pour cela, le film se déroule dans une tour, un vieil immeuble délabré où est réfugié un magnat du Crime. La Police y lance une escouade pour l'arrêter mais ces derniers sont pris au piège et doivent se battre contre des trafiquants tactiquement en place et les prenant à revers. Rapidement, il n'en reste qu'un petit nombre dont le héros qui sait plus utiliser ses poings et pieds qu'un flingue.

The Raid n'est pas un film d'arts martiaux comme le serait Ip Man par exemple mais plus une sorte de Jason Statham indonésien... En mieux. En mieux car faut avouer que le Jason se tape souvent des réalisateurs et scénarios de merde. C'est à dire que les bastons y sont ici très violentes, beaucoup de morts et peu de dentelle où le héros tabasse des types par paquet de douze en montant les étages. Les bastons bougent bien, c'est très très nerveux dont un combat interminable où le méchant est increvable. C'est relativement incohérent mais on n'est pas là pour apprécier un scénario ou des mouvements à couper le souffle on est là pour s'en mettre plein la tronche. Ce qui démarque The Raid, c'est le dynamisme de la réalisation, qui réussit à rester lisible et met en valeur les chorégraphies sans artifice. L'unique décors et l'absence de renouvellement des chorégraphies (ça bouge beaucoup mais on ne peut pas dire que ce soit très varié) ne permet pas à The Raid d'entrer dans la catégorie des très bons films d'action, mais vu sa sortie venant de nulle part et vu le contexte du Cinéma d'action, on est bien heureux de le regarder.
Le deuxième épisode jouira d'un meilleur budget et sortira de cette tour restrictive aussi bien physiquement que scénaristiquement.

Homefront (2013) - de : Gary Fleder - avec : Jason Statham, James Franco

Qu'est ce qui se passe quand ce petit con de James Franco casse les couilles à Jason Statham ? C'est à peu de choses le pitch de Homefront, écrit par Sylvester Stallone. Notre brave Jason, ancien flic infiltré, a quitté son boulot pour se planquer à la cambrousse. Parce qu’il a mis une baffe à un plouc du coin qui jouait les gros durs, il est pris pour cible par un bouseux local fabricant de meth. Le film ne paie pas de mine mais surfe sur le revival des action movies old school initié par Sly et ses Expandables. Gros coups dans la tronche, humour vaseux, provoc, sent de l'auto-dérision avec le beau gosse intello Franco déguisé en gros neuneu lâche, photographie « campagnarde » (comprendre, pas d'effets de style à base de reflets de vitre de buildings ou gaz de pots d'échappement sur asphalte mais de la bonne terre dégueu, des casquettes affreuses et des pickups bien lourds). La réalisation est très efficace pour mettre en avant les fusillades et pains dans la figure... On pourrait croire qu'il est commun mais les séquences sont super bien dosées grâce à de la dérision intelligente basée sur le background des acteurs. L'univers redneck à la « Justified » favorise ce moment plein de décontraction et de fun.

Très efficace et pour les nostalgiques de testostérone sans artifice 3D à la con.

L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (2007) - de : Andrew Dominik - avec : Brad Pitt, Casey Affleck

Icône du grand Ouest américain, le voleur Jesse James devient, sous les traits d'un Brad Pitt magnétique à souhait, un martyr vu sous l'angle de son assassin : Robert Ford (Casey Affleck). Ne cherchez pas à y voir un western glorifiant des hors la loi et des massacres indiens, dignes de l'époque des années 60. Très contemplatif (certains diront lent), le film d'Andrew Dominik s'attache sur l'idée même la gloire, des fantasmes qui entourent le personnage. Brad Pitt y incarne un Jesse James désabusé, souffrant de migraines et n'arrivant pas à s'intégrer à un mode de vie citoyen après un braquage ayant mal tourné. Lunatique, colérique et même parano, ce Jesse James n'a plus grand-chose d'héroïque. C'est pourtant sous cet angle que le réalisateur déstructure l'aura de James, via l’œil de son assassin, d'abord admiratif de sa cible, puis envieux de son charisme. L'histoire se permet de remettre l'Histoire dans son contexte et décrit comment l'impopulaire Robert Ford a fait regretter ce bandit à la personnalité changeante de James.

La photographie y est superbe, la stature de Pitt impressionnante et inquiétante puisque le scénario, à sa première lecture, étant qu'il suspecte ses anciens camarades de traîtrise. A tort... Ou peut être le provoque t-il lui même par son comportement. Toute l'histoire se repose sur l'ambiguïté entre le « vrai » comportement du hors la loi et de comment il a été imaginé dans l'inconscient collectif, ainsi que ce contraste avec ce jeune lâche de Robert Ford, pourtant acculé. C'est un film pesant, doux amer, qui nous renvoie à une autre vision du western : remettre en question le mythe du grand West américain. Un peu longuet par moment bien que très beau, mais la performance des acteurs et la conclusion en valent la peine.

Millenium : L'homme qui n'aimait pas les femmes (2011) - de : David Fincher - avec : Daniel Craig, Rooney Mara

Voir un film de David Fincher (Seven, Fight Club), thriller qui plus est, devrait nous assurer de la qualité. D'autant qu'il adapte le premier roman Millenium du suédois Stieg Larson. La force de l'histoire est de globalement se dérouler sur une terre privée où vit une riche famille à la descendance nazi. Une espèce de huit clos familiale où l'étranger Mikael Blomkvist (Daniel Craig), journaliste, est engagé pour enquêter sur la disparition de la nièce du richissime Henrik Vanger.

Le film de Fincher ne fait pas franchement honneur à la richesse et potentiel du roman où l'on se perd dans les zones d'ombre familiaux liés à l'Histoire et les vieux principes qui y étaient en vogue (racisme, misogynie, excès de violence, etc). Ici, malgré une ambiance pesante plutôt bien retranscrite (bien aidé par les décors enneigés où règnent le froid et le silence), le thriller est d'un classicisme assez pénible où le réalisateur se perd en fausses pistes vite esquissées. Le film a beau durer 2H38, on sent que Fincher ne s'intéresse pas énormément à son sujet melting-pot où le monde des affaires et histoire politique ne se mêlent pas très bien. Reste quelques scènes fortes car malsaines et violentes mais nécessaires autour du personnage de Lisbeth Salander (Rooney Mara) capable de se faire abusée pour son travail d'investigation. Les râleurs diront que c'est racoleur... C'est parce que le film est incapable d'apporter de la profondeur à ses personnages, tel un roman.

Au final, la version US de Millenium est stylisé, pesant, bien interprété mais rend le scénario terriblement banal, voir même sacrément cliché avec son méchant qui nous sort un laïus explicatif en fin de film... Pas sûr que l'adaptation intéressait vraiment Fincher.

Hattfield & McCoy (2012) - de : Ted Mann - avec : Kevin Costner, Bill Paxton

S'il y a un acteur qui conserve autant de popularité malgré les échecs consécutifs, c'est bien Kevin Costner. Incapable de se sortir de ses rôles de cowboy, Costner n'a jamais été oublié par les spectateurs en dépit de choix de projets hasardeux... N'importe qui aurait pu sombrer dans le nanar ringard. Lui, dès qu'il se sent en galère, il tourne un western et rayonne de milles feux. Après Danse avec les Loups, Costner retrouve le réalisateur Kevin Reynolds et tourne une mini-série de trois fois 90 minutes : Hattfield & McCoy. Différent de leur première coopération et différent d'Open Range, Hattfield & McCoy est plus une reconstitution historique de la rivalité vraie de deux grandes familles américaines après la Guerre de Sécession. L'un habitant dans le Kentucky et l'autre, une rivière voisine plus loin, en Virginie. Cette lutte s'étalant sur plusieurs décennies et montant crescendo événement dramatique l'un après l'autre est un peu le Capulet et Montaigu de l'Amérique. Ici, pas de grande chevauché héroïque ou de duel crépusculaire. On est dans une représentation réaliste et crue de l'Ouest, loin des lois de la ville. Pas de couleurs bariolées, dans les costumes ou dans le ciel, pas de gros plans sur les yeux ou la sueur ruisselant mais un respect scrupuleux de la vie crasseuse de ces agriculteurs d'époque.

Sans être, d'un point de vue de la réalisation, grandiose, le récit est complètement maitrisé, dans ses différentes intensités, alternant pression d'un camps ou de l'autre, le semblant de vie calme avant la tempête ou des tragédies sans aucune prise de gants où les cadavres s'empilent dans des circonstances parfois cruelles et souvent injustes. Pas de gentils, pas de méchants... Beaucoup d’ignares, celles de la crasse campagne de l'époque, provoquant la succession de drames. C'est aussi une opposition de style où McCoy (Bill Paxton) est un fervent croyant jusqu'à l’aveuglement, tandis que Hattfield (Costner) est un rationnel cynique tout aussi détestable. Le duel à distance de ces deux excellents acteurs est un régal, tant ils prennent leur jeu de salopard haineux à cœur. Une très bonne fresque d'une partie de l'histoire de l'Amérique, pas destinée à se lancer des roses, ou de leçons de moral. Ce recul du réalisateur peut être frustrant par certains mais elle est bien sentie au vu du spectacle proposé, à la limite du révoltant.