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TICKET CINÉ N°21

écrit le 9/08/2014

Sabotage (2014) - de : David Ayer - avec : Arnold Schwarzenegger, Sam Worthington, Mireille Enos

Vendu comme un action movie bourrin et ultra sanglant au travers de ses bande-annonces, Sabotage, le « dernier » Schwarzy se révèle être une vraie surprise. Loin d'être un bête action movie à l'ancienne comme Le dernier Rempart, Expandables ou même Evasion, Sabotage s'apparente plus à un thriller musclé. Breaker est le leader d'un commando d'élite de la DEA, chargé d'infiltrer et détruire les cartels de drogue. Avec leur look de badass tatoué de la tête au pied et jurant comme des charretiers, le groupe n'est évidement pas net… Et effectivement, le métrage s'ouvre sur un détournement de 10 millions de dollars sur une prise de cash. Malheureusement, le fric est rapidement volé, et l'équipe est suspecté de vol. Divisé, leur retour forcé ne se fait pas dans la joie et la bonne humeur, d'autant que rapidement les membres se font dessoudé un à un dans des bains de sang immondes (réduit en charpie par un train, cloué au mur)… Le groupe qui ressemble plus à un gang armé qu'autre chose se voit collé aux basques une inspectrice des homicides. Sabotage est un film en trois parties si l'on peut dire. Tour à tour film de gros bras et grandes gueules où l'on apprécie un casting certes télé/serieB, mais de qualité avec un Sam Worrington qui impose plus de crédibilité que son personnage de Sully dans Avatar ou un John Manganiello trouvant un film de gros dur correspondant à sa carcasse impressionnante, trop à l'étroit dans l'adulescent True Blood. Les fans de série seront content de voir Josh Holloway (Lost) même s'il se fond dans le décors… Enfin, cerise sur le gâteau, une Mireille Enos qui crève le plafond en femme badass à faire passer une Vasquez pour une pom-pom girl. L'actrice principale de The Killing monstre très rapidement sa variété de jeu. Alternant les scènes de testostérones à l'angoisse d'un tueur inconnu dont l'enquête évite les écueils du genre en se jouant justement des double visages de ces agents de la DEA permettant au film d'imposer un trombino de ganaches, de répliques crues sans se perdre dans la banalité d'une simple enquête de police. La troisième et dernière partie se termine en revanche classieuse suivi d'un petit twist amené en toute simplicité mais dans le bon tempo après quelques tâches de sang sans effet esthétisant. La force de Sabotage est de rester brute, de rester crue, sans sacrifier la fluidité du récit, de ses sous intrigues (ce qui compte tenu du casting est très surprenant). Sans être un grand film, Sabotage ne tombe pas dans le piège de la serie B beauf et gauche et nous apporte un bon plaisir tout en pression, tout en angoisse, avec de bonnes vannes et bonnes ambiances distillés ici et là. Une riche palette de sensations surprenante.

The Expendables 3 (2014) - de : Patrick Hughes - avec : Sylvester Stallone, Jason Statham

Après un premier épisode surprenant et un deuxième épisode complètement over the top grâce à un Schwarzy, JCVD et Bruce Willis survitaminés, il était très difficile de faire mieux pour les nostalgiques des gros bras des années 80-90. C'est pourtant le pari d'un Stallone fier de filon, l'acteur-producteur-scénariste donne les clés de la réalisation d'un amateur de série B qui tournait une pub au moment où Stallone le contactait pour le sonder (interview sur Allociné du 6 août 2014) : Patrick Hughes. Il fallait maintenant remplir le casting avec du « encore et toujours plus » mais hélas, les opportunités se limitent. Kurt Russel ? Pas entendu parlé. Steven Seagal ? Trop lunatique. Du coup, notre ami Sly a décidé de voir large. Dans un premier temps, il engage trois grands acteurs habitués aux action-movie mais pas avec les biceps. Harrison Ford nous sort sa trombine de vieux grincheux pour remplacer Bruce Willis, trop gourmand en salaire (ce qui lui vaudra une jolie étiquette de « connard » pour son personnage) ; Antonio Banderas sauve le film de la morosité en improvisant un personnage un peu trop verbeux et speed ; et enfin, Mel Gibson banni de Hollywood nous joue le méchant en prenant son rôle de vieux cynique au sérieux, mêlant regard de tueur à la Riggs et rire narquois à la… ben à la Mel Gibson. Ces trois apports ont un effet similaire à chaque nouvel expendable, mêlant nostalgie et retour de la bad ass attitude. Par ailleurs, la situation particulière de certains acteurs ont le mérite d'apporter des private jokes, comme le retour de Wesley Snipes, de retour de prison pour fraude des impôts.
Passé ce petit aspect familier, Stallone a la très mauvaise idée d'ouvrir sa franchise aux jeunes générations en créant une nouvelle équipe de jeunes. Jeunes acteurs ou jeunes sportifs comme le boxeur Victor Ortiz ou la lutteuse UFC Ronda Rousey, accompagné d'un acteur de Twilight dont j'ai zappé le nom car osef. Une grosse partie du film se contente de laisser tomber l'ancienne équipe pour former la nouvelle sans aucun vécu et qui évidement casse le parti pris original du film.
Ajoutons à ce gros coup de mou et mauvais choix, des scènes d'actions bien plus conventionnelles où abusent les images de synthèses pour les explosions ou écroulements ou même la navigation en hélicoptère… Tout ce que la franchise combattait en premier lieu. Les scénaristes ont d'ailleurs empiré leurs déséquilibres de baston puisque Jet Li, Terry Crew, Dolph Lundgren, Randy Couture ne servent à rien à part leur dégaine à la cool… La baston finale étant un tel brouhaha visuel qu'on a perdu la maîtrise racée des bastons old school. On retiendra cet épisode comme étant le moins bon des trois car le plus fade. Et ce n'est pas la version director's cut opportuniste (le film a été censuré pour passer en interdit moins de 13 ans, contre 16 aux USA, garantissant un plus grand public) qui devrait rattraper la réalisation banale. Reste le plaisir coupable de voir les héros de notre enfance, mais ce sera compliqué de tolérer ce minimum une deuxième fois.

The Raid 2 (2014) - de : Gareth Evans - avec : Iko Uwais, Yaian Ruhian

Son trailer sur fond de musique chorale a mis la toile en ébullition. Après un premier épisode louable bien que répétitif, les moyens sont mis pour donner à The Raid un scénario plus varié avec une surface de jeu plus large. Hélas, la sensation de répétitivité est encore présente. Mieux masqué par la variété des décors, des scènes ou des personnages, on a toujours ce rallongement systématique des combats avec la même intensité continue des coups. Si l'on pourra jouir d'une excellente scène de course-poursuite, on finira par être agacé de voir la même chorégraphie revenir où le héros est incapable de se débarrasser de ses adversaires, histoire de bien rallonger la scène. Les chorégraphies sont ainsi certes intenses au vu de la pluie de coups à une vitesse hallucinante mais clairement linéaires où passé ce concept principal, on comprend qu'on suit un seul et même timing… Que ce soit en combat étriqué ou dans une prison boueuse, les choses semblent superficielles, sans pic de combativité, tout se déroulant au même tempo, ce qui à terme ennuie le spectateur. Le scénario est lui, une espèce de John Woo avec un flic introduit dans la mafia pour finir par tout péter. Le scénario est hélas basique et n'arrive pas à développer de personnages intéressants au-delà de leur look typé manga (une meuf avec des marteaux, un mec avec une batte de base-ball) jusqu'à créer des scènes qui n'ont rien à voir avec l'intrigue principal (ou si peu et non amené) histoire de caser l'acteur qui a impressionné tout le monde ans le premier épisode Yayan Ruhian dans un rôle différent mais au style de combat tout aussi hargneux. Bref, tout dans le style sans le travail de narration et de montage nécessaire à l'ambition de ce deuxième épisode.

The Raid 2 est un film qui a été très surcôté par un excellent trailer alors qu'il souffre d'un déficit de narration, tant dans l'histoire que dans les combats à la chorégraphie linéaire. Ça se regarde sans aucun problème, mais ça aura du mal à confirmer le « hype ».

X-Men : Days of the Future Past (2014) - de : Bryan Singer - avec : Hugh Jackman, Michael Fassbender

Entre la purge de Brett Ratner, le reboot non assumé de Matthew Vaughn et les spin-off Wolverine, difficile de savoir où aller la franchise X-Men au Cinéma. Le but du jeu de Days of the Future Past est non pas de tout effacer comme un porc (à la Spider-Man quoi) mais de corriger le tir sans renier le travail passé. Résultat, on rappelle Brian Singer des deux premiers épisodes, et on lui fait utiliser les éléments placés par Matthew Vaughn. Cet épisode nous décrit un futur apocalyptique où suite à l'assassinat du docteur Bolivar Trask par Mystique, le gouvernement décrète que les mutants sont une menace et lancent leur projet Sentinelles, des robots géants programmés pour repérer et éliminer tout possesseur de gêne mutant. Vivant dans un futur très sombre (au sens propre, on voit que dalle), les X-Men au nombre très réduit fuient aux Sentinelles en remontant légèrement le temps grâce aux pouvoir de Kitty (aucune idée de comment elle peut faire ça). Ils finissent par avoir l'idée du siècle, envoyer le seul mutant qui peut survivre à n'importe quoi, Wolverine. Le griffu retourne donc dans les 70's pour convaincre le jeune Xavier (celui incarné par James McAvoy) de raisonner Mystique. Bref, tout ça pour dire que pour le néophyte, voir le futur va lui faire une drôle de tête : costumes noirs affreux, décors en carton pâte, plans resserrés pour éviter de propager la tiépance des décors, et pire que tout aucune explication claire sur la situation (si vous n'avez pas lu le comics, cherchez pas à savoir qui est Bishop incarné par Omar Sy, vous ne le saurez pas). Heureusement, la majorité du film se déroule dans les 70's dan un univers coloré et surtout réel. La force du film est dans un premier de retrouver pourquoi Singer est LE réalisateur attitré des X-Men. L'homme ne se contente pas de filmer une histoire de mutants… Il se réapproprie l'univers des mutants et de ses caractéristiques pour mettre en scène des séquences fortes (on se souvient de la scène chez Bobby dans X2). Ici, il transforme les mutants en bête de foir quand ils se font filmé par des caméscopes amateurs, il utilise le pouvoir (à priori bidon en terme cinématographique) de Vif Argent pour créer une scène non pas tout en speed mais tout en slow motion et joue avec l'espace sur un fond musical classique:les objets sont suspendus dans les ais et le temps, un simple mouvement attire l'attention par rapport au gel de la scène, non sans humour, cette séquence du film de Vif Argent dévoile comment Singer transforme un personnage qui apparaît pendant 15 minutes en scène culte et graphiquement superbe. Ajoutons à cela un cocktail classique d'émotions fortes, de tension, de trahison, de crainte sur l'avenir mutant, avec un Michael Fassbender en salaud de la pire express tout en ayant de l'empathie pour son vieil ami : un jeu d'acteur qui rend la balle au duo Stewart/McKellen. Jennifer Garner gagne enfin un peu plus de crédibilité d'actrice en Mystique grâce à une réappropriation de personnage assassin (et non de fillette de Le Commencement), même si on oubliera jamais l'élégance, le naturel et le large sourire narquois de Rebecca Romijn-Stamos. Le film se révèle donc assez éclectique malgré un début obscure, Hugh Jackman est légèrement mis en retrait pour laisser McAvoy et Fassbender dirigeait le spectacle, lui n'étant qu'en spectateur à faire des vannes ou motiver les troupes. Mais le plus gros trip du film est de disséminer intelligemment un nombre incalculable de références à la chronologie X-Men pour relier les points entre eux. Ainsi, on reverra Famke Janssen, James Marsden et même Kesley Grammer (le Fauve du troisième épisode). Le film atteint son but : corriger les différences de casting, de timeline et de directions artistiques des précédents X-Men pour ainsi conserver uniquement (sauf surprise) le duo d'acteurs actuels avec McAvoy et Fassbender et la clique toute jeune, dont le jeune Fauve, Nicholas Hoult qui réussit à se trouver sa place dans le quatuor d'acteurs principaux par une bonne prestance, de bons mots et disons le tout net, la meilleure intelligence de ces bourrins. Mélange de fanservice et de film très efficace, son côté trop axé sur les fans par son script de plusieurs timeline sans grande explication pourra néanmoins froisser ceux qui aiment tout simplement l'action efficace de X2.

Welcome to New-York (2013) - de : Abel Ferrara - avec : Gérard Depardieu

Okay, film à scandale en vue : la vie de DSK, interprété par Gégé Depardieu et réalisé par le cocaïnomane Abel Ferrara, distribué directement en VOD. Autant être direct, le film est non pas une purge, mais clairement une grossière et vulgaire caricature de film. Si bien qu'en voyant Gégé être entouré de secrétaires au début du film accueillant un type dans son bureau de FMI lui demande s'il veut une gâterie… Puis se met à caresser, embrassé… doigter ses secrétaires pour terminer sur deux orgies consécutives à son hôtel… Très crue, qu'on qualifierait de film érotique ou de soft porn, un énorme grosse demi-heure, trois quarts d'heures le spectateur est là à voir Gégé faire des bruits de sanglier en rute, faisant son affaire en 2 minutes mais suffisamment remis sur pied pour se taper donc la fameuse femme de chambre dans une mise en scène des plus ridicules tant peu crédible dans l'action mais aussi sans aucun travail de réalisation. Filmé en caméra à l'épaule, Ferrara ne se fait absolument pas chier et ne travaille en aucun cas la sémiotique de son métrage se contentant d'observer le comportement animal de son acteur/personnage tout en préservant son espace vital… En fait, on dirait un documentaire animalier. Le plus gênant dans l'histoire, au-delà de l'intérêt de montrer la queue à Gégé (ouais ouais…), c'est qu'elle ne parle pas du tout du procès de DSK, ou de l'entourage, des médias ou autres. Ferrara se fait une idée du personnage quitte à être totalement à côté de la plaque, mais qui correspond aux fantasmes du public américain s'étant pris de passion par ces gros titres. Gégé est ainsi dépeint en personnage illettré, inculte avec une mauvaise foi totalement hallucinée : il est persuadé de n'avoir rien fait de mal, que pour lui « se branler » dans le texte d'origine ahem sur la bouche d'autrui est pas méchant… Imaginez la gouaille de Depardieu balancer ça face à une Jaqueline Bisset sous drogues et ne captant rien à son personnage… Et c'est malheureux mais on est obligé d'exploser de rire devant l'incongruité des dialogues ridiculisant tout ce de quoi il s'inspire… Où veut en venir le film ? C'est tout ce qu'on se demande jusqu'au dernier quart d'heure. Si tout le reste pue l'opportunisme et la vulgarité (tout en transformant le passif de la famille d'Anne Sinclair, ce qui est assez intolérable mais dicté par un choix de polémiste évident), on comprend vers la fin, dans un laïus de Depardieu que le but est de dépeindre un homme qui trouve refuge dans le sexe suite à de nombreuses désillusions dans sa vie politique, allant de simple militant à directeur de FMI (l'organisme n'est pas nommé). Pourquoi pas ? Mais non seulement, ce n'est pas dans un pauvre laïus apitoyant qu'on va réparer l'absence de direction artistique du film mais en plus, ce n'est pas en le survendant comme espèce de biopic sur l'affaire DSK qu'on va le prendre pour autre chose. A partir du moment qu'on vous le vend comme film sur DSK, on va forcément comparer avec la réalité des faits, du personnage et il est évident qu'ici cela se transforme en lynchage vulgaire et insultant tant pour lui mais surtout pour sa famille. Bref, un film qui pue le racolage facile, sans aucune identité artistique, un jeu d'acteurs en roue libre… Mais un très léger et semblant de message doux-amer en fin de film nous laisse penser que, peut être, on aurait pu amené quelque chose de plus posé et rationnel que cette immondice.

Easy Money (2010) - de : Daniel Espinosa - avec : Joel Kinnaman, Matias Padin

Easy Money (appelé aussi Snabba Cash) est un petit film sans prétention qui fonctionne assez bien dans son genre. Film suédois mettant en scène Joel Kinaman (The Killing, Robocop) en jeune étudiant brillant à la jeunesse malheureuse qui décide de se faire passer pour un jeune homme riche et branché. Mais pour ça, il doit gagner beaucoup d'argent. Il décide de devenir coursier pour des dealers… Évidement, un jour il tombe mal et se retrouve à travailler pour un gang serbe musulman, à deux doigts d'être en guerre avec la mafia serbe. Bien qu'il soit muni d'une réalisation sans grand génie, sans grand parti pris, le récit est posé avec rigueur, le spectateur étant amené à suivre petit à petit l'évolution des deux clans où chacun (le héros, son pote et un mafieux voulant quitter le milieu) verra sa sortie se rétrécir au fil des minutes. Le film n'insiste pas sur le relationnel des mafieux (comme le style américain par exemple), le film n'est pas spécialement violent mais va se concentrer sur la double vie bourré d'illusions de l'étudiant pensant se gaver de millions en quelques mois, sans comprendre qu'il met les mains dans un milieu sans scrupules. Kinaman joue juste, voit son personnage évoluer allant du look dandy à la tension palpable, pour jouer le paumé de service dans une fin quelque peu irrationnelle en image. On notera que tous les personnages ont des problèmes paternels. Absolument tous, l'enfance misérable des mafieux est sans cesse souligné, la volonté d'être un bon père aussi et au final, on se demande bien pourquoi le film n'a pas insisté là dessus plutôt que de nous montrer la partie émergée de l'iceberg d'un trafic de cocaïne plutôt convenu. Le film est une adaptation du roman éponyme de Jens Lapidus. Deux suites ont été tournées et distribuées et les américains ont déjà les droits pour du remake. Sans être muni de gros points forts, ce premier film se regarde sans problème pour sa sobriété et ce jeu sur l'intégration d'un étudiant suédois bien costumé autour d'un groupe de mafieux serbes, aux manières contradictoires et surtout la boule au ventre de son héros. Sympathique, bien que ne raconte pas grand-chose de passionnant.

Nymphomaniac (2013) - de : Lars Van Trier - avec : Charlotte Gainsbourg, Stellan Skasgaard

Il en a fait du buzz et du scandale avec son Nymphomaniac ce Lars Van Trier… Longue frise sur la vie de son héroïne nymphomane Joe, Nymphomaniac s'est collé une étiquette de film trash pour la flambe, le buzz, le hype, la provoc, afin d'attirer cette curiosité malsaine, ce voyeurisme érotique de plonger au cœur de l'intimité sexuelle de ce personnage incarnée par Charlotte Gainsbourg (à 50 ans) et Stacy Martin (jeune). Pourtant, bien que riche de scènes crues, sans détour, filmé d'un naturel déconcertant, le film désacralise totalement l'acte sexuel de son héroïne pour se concentrer sur les conséquences de cette addiction, ainsi que la cause. S'ensuit alors un film construit sur un concept simple de thèse/anti-thèse où se mêle le récit brute mais romantique de Joe, alternant ses joies, peines et diverses expériences de la vie mais aussi le point de vue distant et décalé de son auditeur, Seligman, qui a recueilli la pauvre Joe inconsciente dans la rue et décide d'écouter son histoire. Ce personnage va constamment remettre en perspective les tranches de vie de Joe par des allégories ou métaphores de culture générale. Ainsi, le film sera sans cesse ponctué de petites explications théoriques froides coupant le récit parlant de pêche à la mouche, comparant le comportement des poissons nageant à contre-courant à la jeunesse de Joe, parfois, on viendra nous parler du contraste Eglise Catholique et Orthodoxe, on parlera de l'histoire d'un alpiniste qui a conçu un nœud coulissant se serrant à chaque étirement sur la corde… Bref, Lars van Trier fait ce qu'il a toujours fait, une narration très pédante et étale une culture varié telle on étale son trop de confiture sur la tartine. Ce tic de réalisation embêtera beaucoup le téléspectateur à la recherche de sens fort… Or, le récit d'une vie devient sujet à digressions plus ou moins pertinent cherchant à dédramatiser l'histoire de l'héroïne qu'elle se juge « mauvaise ». Une histoire donc qui traite surtout de la crainte du bonheur où l'héroïne très tôt ne croit pas en l'amour, source de peine majeur et qui la poursuivant le long de sa vie sous les traits de Jérome, son seul amour (Shia Labeouf) et se réfugiant dans le sexe comme anti-douleur de cœur. Sans lever tout l'intérêt du film, qui joue sans cesse de contradiction entre la narratrice et son auditeur, entre le plaisir charnel et le plaisir émotionnel, on se prend à se plonger dans la vie bien tristounette de cette accro au sexe, ne donnant strictement aucun plaisir vicieux. Le récit est bourré de petites anecdotes drôles (dû notamment aux digressions culturelles souvent WTF)… Puis parfois par des éclaires de pertinence des analogies sublimes où le point culminant de Joe est matérialisé par la polyphonie de Bach… Nymphomaniac est ainsi un film très riche en sensations, tout en évolution, avec une montée en puissance émotionnelle pour retomber dans un univers plus glauque et négatif de cette nymphomanie encombrante telle une parabole émotionnelle. La puissance du film provient de sa fin où après quelques errances et allégories douteuses, le réalisateur prouve que non, ce n'est pas une buse qui aime se regarder le nombril (et celui de ses actrices), il sait où il va et nous parle de contrôle et de choix de vie. Bref, un très beau film dans le fond, un beau récit qui par un concept de prime abord étrange (les pauses culturelles) évite de tomber dans le pathos et privilégie la réflexion de certaines scènes (tant dans leur signification que dans leur forme) et autour de ce personnage loin d'aimer réellement le sexe. C'est à voir. Peut être pas à pleinement apprécier au vue de l'aspect pédante propre au réalisateur, fortement marqué dans le film lui donnant un faux air de documentaire Arte, mais qui au final maîtrise son sujet jusqu'au coup final. Notons que la scission en deux parties reste judicieuse et artistiquement cohérente, la rupture marquant l'apogée de la jeune vie de Joe et son déclin.