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Portrait : Michel Ancel

écrit le 18/06/2006

Michel Ancel, le frenchie le plus connu du monde vidéoludique est sur tous les plans depuis deux E3 désormais. KingKong avait été un des gros jeux de l'E3 2005 et cette année, Ancel a été au premier plan avec son kidnapping par des lapins venus conquérir la Terre. Un créateur dont le délire est un maître mot du Jeu vidéo, il fallait se pencher un peu plus sur son travail, chose fait de suite, après le premier portrait sur Hideo Kojima, voici enfin un autre créateur JV : Michel Ancel !

Programmeur dès l'enfance

Né à Monaco en 1979, le petit Michel voyage beaucoup avec sa famille dont le père est militaire. Son enfance est ainsi passé majoritairement en Tunisie où les contes orientaux lui ouvriront une porte vers son univers imaginaire, un univers qu'il a gardé comme référence créative encore aujourd' hui.

"(...)tous ces récits m'emportaient dans des univers dont je m'inspire aujourd'hui pour mes décors. Certains héros de mes jeux ressemblent à ceux que j'imaginais à la lecture de ces contes".

Adolescent, il se prend aux jeux vidéo et c'est le début d'un engouement pour ce média. Il apprend à programmer en autodidacte et créer des jeux de réflexion en dehors des cours de lycée à Montpellier. En 1989, Michel Ancel a 17 ans et se fait remarquer lors d'un concours par UbiSoft, attiré par une séquence animée qu'il a crée lui-même de A à Z. Il est embauché comme graphiste indépendant chez la firme française. Il participe ainsi à quelques jeux comme The Intruder ou The Teller. Mais en 1992, il commence à créer un petit personnage, qui s'appellera Rayman dont il aura la charge de s'occuper avec une équipe de 30 employés de développer ce jeu tellement connu. Rayman en 1995 sur Playstation, Saturn et Jaguar.

Le héros sans membres idolâtré

Rayman eût un succès sans précédent. Il faut dire que la qualité du jeu est énorme, ou plutôt la richesse graphique de son univers. Un monde très coloré, enfantin, magique qui enivre une grosse majorité de joueurs qu'ils soient jeunes ou adultes. Le héros qui n'a pas de bras, ni de jambes est tellement attachant grâce à cette fausse infirmité et ce grand courage qu'il doit faire preuve pour sauver ses amis. Le jeu, en plus de cet univers imaginaire fouillé, est très riche. Rayman gagne des pouvoirs au fur et à mesure que le jeu avance, cela permet aussi de voir des animations très variées et fines, comme le lancer de poing, s'accrocher aux lianes, double-saut, etc etc. De nos jours c'est un gameplay classique, mais à l'époque toutes ces actions était un pur régal. Le tout enrobé de ses graphismes 2D ultra-fins et détaillés, Rayman est encore aujourd'hui une référence de la plate-forme 2D et ce n'est pas sa longue durée de vie et sa difficulté qui dira le contraire. Avec ce jeu, Ancel débarque dans le business du jeu vidéo en annonçant son univers et sa créativité qui lui sont propres. Les différentes applications du héros dans divers softs d'apprentissage enfantins confirment la chose.

Après ça, Michel Ancel bosse sur la N64 en 1999, l'homme est en effet très attiré par les nouvelles capacités des consoles. Ainsi la 3D est toute nouvelle pour lui et sortira Tonic Trouble qui n'eût pas un gros succès. Le héros avait les mêmes caractéristiques que Rayman à savoir être sans membres, et même si le héros était plus déjanté que Rayman, il est resté nettement moins dans les mémoires à cause d'un manque de surprise, car le jeu reprenait aussi un gameplay similaire du premier succès d'Ancel, bref un échec, il faut l'avouer. Qu'importe, puisque cette expérience de la 3D lui a permis de sortir Rayman 2 The Great Escape, en 1999 sur différents supports mais surtout sur Dreamcast, la 128 de Sega.

Même si la PS et la N64 ont eu droit à cette version, la puissance de la Dreamcast a permis de mieux apprécié l'évolution du petit monde de Rayman. Celui-ci doit toujours sauver ses potes mais par d'infâmes pirates à moitié métallises. Même si l'univers est plus sombre graphiquement, l'humour est beaucoup plus présent et la bonne ambiance l'accompagne tout autant. Un retour fracassant qui a permis de voir un excellent jeu de plate-forme 3D à 360° où l'ombre de Mario 64 planait toujours malgré des essais avec Gex par exemple. L'univers de Rayman associé à une technicité sans reproches, en particulier une excellente gestion de caméra (le point noir de tout jeu de plates-formes) a permis à Rayman 2 d'être tout simplement un must et de voir le héros s'asseoir dans le fauteuil de figure emblématique du monde virtuel du jeu vidéo.

Une Photographe clémandée !

Malgré ses succès, Ancel est un peu dans l'ombre de sa mascotte il faut l'avouer et ce n'est pas Rayman 3 Hoodlum Havoc sur PS2, GC et Xbox qui va inverser ce fait... Mais pendant ce nouveau Rayman, qui en fait, permet de tâter les trois consoles actuelles, Michel Ancel bosse en tenant le projet à l'écart des journalistes appelé "The BG&E Project" qui sortira en 2003 sous le nom de Beyond Good & Evil, et là : consécration de la part de toute une partie de joueurs qui se doivent de respecter cette imagination débordante. Une imagination qui se répercute sur l'univers du jeu avec des animaux humanoïdes, où des rhinocéros garagistes rastas seront là pour vous depanner, où les requins essaieront de vous piquer votre thune à des mini-jeux, etc etc. Vous êtes Jade, une jeune femme photographe qui vit sur une planète apparemment paisible et en paix. Rapidement, elle va découvrir les dessous du "gouvernement" qui a enlevé son meilleur ami et aussi son père adoptif : Pey'J. Maintenant faut révéler tout ça au peuple et pour ça vous devrez photographier des preuves accablantes afin de faire briser la glace... Passionnant. Passionnant car derrière ces délires de ce monde graphiquement poilant et plaisant se cache une histoire très sérieuse et contemporaine à la fois. C'est un jeu qui est extrêmement complet autant dans ce scénario que dans le gameplay car c'est un jeu de plates-formes, infiltration, et action qu'est Beyond good. Et cette alchimie offre un rendu extrêmement intéressant qu'on y revient avec plaisir, qui de plus, est associé à de nombreux mini-jeux comme photographier toutes les espèces animales de la planète (et y en a un paquet) ou encore faire des courses de véhicules, c'est ultra-complet. Malheureusement, comme dit plus haut, ce jeu a été adulé par une seule partie des joueurs, car les scores se sont révélés décevants, en effet la créativité souffre d'une rivalité avec ce que certains appellent les "valeurs sûrs", autrement dit les suites à rallonge. Suite aux faibles ventes de ce soft, Ancel trouve une explication :

"On ne peut-être que frustré, je pense que nous avons fait une erreur en laissant une exclusivité à la PS2."

Ce jeu est considéré comme le plus poussé et le plus fouillé de la ludothèque d'Ancel. Qui plus est, les fans attendent la suite de Beyond Good & Evil surtout quand on voit la fin si abrupte du jeu, mais ceci était prévu depuis le début par le créateur :

"Moi je suis plutôt content de la fin. On voulait surprendre avec la fin : La fin montre des peurs existentielles comme le vide et la mort. BGE est le premier épisode d’une trilogie. Je ne voulais pas de fin concrète mais une fin abstraite."

Mais pour avoir droit à ceci, il faut qu'Ancel remplisse les caisses d'UbiSoft et pour ça, il trouvera sur sa route un homme qui lui accordera une grande confiance : Peter Jackson, le réalisateur du Seigneur des Anneaux et de King Kong.

Le respect de toute une industrie vidéoludique

Peter Jackson, qui est aussi un grand joueur, a été déçu par le travail d'EA sur le Seigneur des Anneaux, il demande personnellement à Ancel de s'occuper de l'adaptation vidéoludique de KingKong. C'est le premier gros développement d'Ancel, le gros blockbuster que tout le monde attend. KK a été le jeu le plus remarqué lors de l'E3 2005. Ultra-réaliste, Ancel a bossé sur l'immersion du soft. Certes peu novateur mais le français a poussé très loin cet aspect en travaillant sur les bruitages, la solitude du joueur qui doit survivre à ces dinosaures, la hantise du manque de munitions, etc etc. Et de ce coté ça va très loin, c'est tout simplement le gros point fort du jeu. Parcequ'un jeu sur King Kong sans voir King Kong est assez idiot et parcequ' Ancel aime aussi le fun, les séquences où le joueur peut diriger le Roi de la Jungle est de l'action, voir beat'em all, tabasser avec le gorille est tellement bien mise en scène que le joueur ressent tout la puissance du singe, bref "ultra-réalisme" est le mot de ce jeu. Pourtant, même s'il a remplit son contrat et que le jeu a été rentabilisé comme le souhaitait UbiSoft (bien qu'avec un peu de mal), on sent que ce n'est pas le trip d'Ancel. Mais l'homme a prouvé qu'il pouvait gérer le développement d'un blockbuster et qu'il a la tête sur les épaules, malgré sa dorénavant grande renommé internationale, ce n'est pas rien.

Toujours simple, Ancel se prend pas la tête, habillé en jean-chemise quand tout le monde est en costard : ça, c'est l'humilité du français. Alors quand il démontre ses talents de créateur lors du Carrefour de l'animation 2006 en duo avec Yoshitaka Amano (peintre japonais et illustrateur de Final Fantasy), c'est sans complexe que l'homme décrit un concept de jeu vidéo complètement dingue mais crédible en se basant sur l'univers fantaisiste d'Amano. D'après ses dessins, Ancel décrit un concept où le joueur devrait charmer un dragon avec l'aide du pad Wii (à l'epoque encore connu sous son nom de code Revolution). Bref, le charismatique Michel Ancel devient maître créateur avec cet exercice de style d'une grande difficulté couplé par le génie visuel d'Amano. c'est là qu'on se dit qu'une vraie réunion entre les deux serait extraordinaire : la magie orientale d'un coté avec la créativité occidentale de l'autre. Attention, Ancel maîtrise son domaine mais ce concept "aurait pu foirer". Ouais et l'humilité reste rare dans ce milieu de "peoples" et "businessmen".

Le 13 mars 2006, il reçoit l'insigne de Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres avec à ses cotés Frederic Reynal (Alone in the Dark) et Shigeru Miyamoto (excusez du peu). Ancel reçoit cette magifique récompense avec ses fringues habituelles, sans complexe, sans prise de tête. Parcequ'Ancel, avec récompense nationale ou non a encore beaucoup de choses à imaginer et à créer.

Avenir radieux

L'E3 2006, Ancel annonce Rayman Raving Rabidds en développement toujours dans le studio Ubi Montpellier. Intrigué par ce nom, on sait rapidement que des lapins sont là pour conquérir notre planète et que seul Rayman pourra sauver tout le monde... Rayman voit son monde encore une fois évolué pour un univers complètement hilarant et débile. Comme l'atteste Ancel lui-même :

"Il s'agit plutôt d'une comédie, un peu comme Mars Attacks! ou un film des Monty Python. Je voudrais que cela ait l'air absurde et drôle."

"Ça commence comme une caricature d'un scénario de jeu vidéo mais plus vous jouez et plus ça a l'air étonnant et incontrôlable."

Encore très secret sur le gameplay si ce n'est qu'Ancel bosse sur la version Wii, même si le jeu sera porté sur les autres consoles comme PS3, X360, PS2, Xbox, GC etc etc. On sait que que Rayman sera dirigé avec le "nunchaku" Wii et qu'il pourra faire des mouvements style Kung-Fu qui s'annonce tout simplement drôle.
De toute façon, on en saura que très peu vu qu' Ancel a été pris en otage par les lapins comme l'atteste cette video qui a fait le tour du monde...

Michel Ancel est encore jeune et il est bourré de fougue et d'idées, un homme comme lui est indispensable au monde du jeu vidéo qui a souvent à faire à des créateurs véreux, ou des créateurs adultes blasés, ou des créateurs qui suivent la voie du jeu-cinéma. Bref, il a une vision du jeu vidéo fun et drôle qui est, certes, "vieillot" mais mis au goût du jour avec brio. Il est vraiment intéressant de voir cette évolution d'Ancel dans ce monde du JV, qui a pu profité pleinement de sa jeunesse pour s'implanter et devenir incoutournable en ce moment. Le monde vidéoludique est boosté par un jeune de 28 ans, il faut que les créateurs novices et confirmés en prennent de la graine. Vive le JeuVideo, Vive la France et Vive Ancel !