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Gabriel Knight 2 : the Beast Within

sortie le 31/12/1995 sur PC
édité par Sierra Entertainment
développé par Sierra Entertainment

Après avoir écrit sur le oldie de Gabriel Knight, me suis dit « tant qu'à faire, autant enchainer ! ». Deux ans plus tard, Jane Jensen nous écrit et dirige Gabriel Knight 2 : Beast Within, toujours sur Dos (ce qui pour l'époque commençait à craindre quand même), tenant sur 6 cd (et ouais !) mais aussi totalement tourné en live, avec des acteurs de chair, de sang, de tripes et de cœur (j'en fais de trop ?). Et c'est amusant car au XXIème siècle, quand vous entendez des joueurs qui relient un peu trop le jeu vidéo au Cinéma, vous vous dites que ce parallèle ne date vraiment pas d'hier et que, mieux que ça, c'était bien plus proche qu'on ne le croit il y a déjà quinze ans, bien avant Heavy Rain (au pif).

Un casting bestial

Alors que Tim Curry et Mark Hamill prêtaient leur voix pour doubler dans Gabriel Knight premier du nom, nous avons à faire avec Dean Erickson et Joanne Takahashi pour sa suite Beast Within... Ben oui, entre doubler et interpréter un rôle sur des centaines d'heures de travail, ce n'est pas le même tarif. Car absolument tout le jeu a été tourné en décors et acteurs réels. Concrètement le jeu a des décors fixes photographiés et le personnage a été détouré. Mais pour chaque action, la scène a été tournée avec l'acteur qui joue Gabriel (ou Grace), nous vivons donc le jeu comme un ensemble de vidéos. Le tout est de déclencher les bonnes en réussissant les énigmes traditionnelles du click'n play. Visuellement, le jeu a beaucoup beaucoup vieilli, que ce soit au niveau de la compression vidéo et de sa résolution, évidement. C'est le genre de jeu où il faut se replonger dedans à fond. Mais, quand vous avez joué au premier juste avant, on vous a dépeint le background de la série facilitant l'immersion dans ce monde vidéo. Il va falloir aussi composer avec des acteurs... de piètre qualité, il faut bien l'avouer. Il y a un côté un peu caricatural dans l'ensemble de l'interprétation, surtout quand l'acteur de Gabriel nous sort son sourire de foutage de gueule... Mais curieusement, on s'y fait et on se met à apprécier sa tête de branleur et ses exclamations faussées et surjouées.
Car le jeu a aussi été entièrement doublée en français ! Un travail colossal au vu du très grand nombre de dialogues... Un travail titanesque, surtout pour l'époque dont on pardonnera plus aisément ses nombreuses lacunes au niveau de l'exclamation, de l'articulation ou même parfois avec le son du souffleur en fond sonore ! Bon, oki, ça ne se repère qu'à la fin en fait mais bon... Ca fait aussi parti du charme très imparfait des jeux de l’époque. Il n'empêche que cette ambition de tout filmer sur fond d'histoire et d'énigmes très long (20H de jeu sans problèmes) dévoile son charme au fur et à mesure que l'intrigue avance. Une intrigue qui démarre bien plus vite que le premier épisode d'ailleurs, peut être grâce au fait que tout le jeu soit interprété en réalité nous plongeant plus facilement dans l'investigation de Gabriel.

Attention au mec qui crie au loup

L'intrigue donc ! Gabriel crèche toujours en Bavière, dans son château hérité de son oncle Wolfgang Ritter qu'il a pu rénover à l'aide de l'argent sale volé dans le premier épisode. Maintenant que les villageois de Rittersburg savent qu'un nouveau Schattenjäger abrite les lieux, ils vont pouvoir se reposer sur lui pour régler leurs problèmes : fuites d'eau, invasion de cafards, une étagère à reclouer, etc... Et accessoirement enquêter sur la mort de la petite fille du frère d'un mec du village. C'est nettement moins drôle. Gabriel ne peut donc pas faire la sourde oreille et part en campagne près de Munich où des loups échappé du zoo auraient attaqué des innocents. Mais avec un Schattenjäger, il faut toujours s'attendre au mysticisme. Qui Dit Loup, dit Garou, qui dit Loup-garou dit problème. En alternance à l'enquête de Gabriel, son assistante Grace vexé d'avoir été mise à l'écart va enquêter de son côté à Rittersburg, une enquête qui va mener vers l'histoire du Roi Louis II de Bavière... Reste à connaître le lien entre les deux.

Comme le précédent volet, Jane Jensen fait mêler le réel au mysticisme teinté d'Histoire. C'est beaucoup plus poussé que le précédent volet et bourré de textes se référant au fameux Roi Louis II qui constituera un bel ajout à la culture générale de chaque joueur. Malheureusement, ce jeu est très très verbeux et le contraste entre jouer avec un Gabriel un peu foufou et moqueur (tout le temps de recoiffer sa grande mèche) et une Grace soporifique à souhait (trop studieuse celle-là) est trop fort. On en reviendra à regretter la trop grande présence de l’assistante. Pourtant, on ne peut pas dire que le scénario soit mal mené car tous les éléments viendront s'imbriquer avec finesse et dans un Final vraiment chouette et épique mais le rythme y est assez lent. Le jeu est aussi beaucoup plus exploratif avec Grace que logique avec Gabriel. Comme le précédent jeu, vous rencontrerez des énigmes absolument incohérentes comme aller cueillir et mettre une fleur dans un lac pour débloquer un coup de fil dont on n'osait plus espérer... A l'inverse il y a des choses très difficiles, en fin de partie où il faudra compter sur un nombre incalculables de « Try Again » à cause de temps limité ou de parcours « exact » à trouver tout seul, sans aucun indice...

Bref, Gabriel Knight 2 souffre encore des défauts du précédent volet en parfois pire. En revanche, la maniabilité a été mieux pensé : terminé les actions à cliquer en amont avant chaque interaction. Ici il n'y a qu'un seul curseur avec la possibilité de prendre un objet pour interagir avec le décors... Et ça n'a pas rendu le jeu plus facile. Comme quoi le principal défi d'un click'n play est de pondre des énigmes cohérentes, difficiles mais toujours logiques... Ce qui n'a donc pas toujours été le cas avec ce Gabriel Knight 2, malgré une bien meilleure accessibilité.

Comme le premier Gabriel Knight, ce n'est pas forcément un jeu « indispensable » tant d'un point de vue ludique, il est illogiquement difficile. Techniquement, il est aussi très vieillot avec un jeu d'acteur pas super attachant, une vidéo mal compressée, un switch de cd vite lourd à la fin de l'aventure... Mais il a ce charme des vieux jeux ajouté surtout aux vidéo qui, d'une qualité passables arrivent à donner une originalité intouchable au jeu. Entendez par là que ce Beast Within, vous ne reverrez jamais dans aucun autre jeu... Vous ne reverrez jamais ces acteurs dans un jeu vidéo, vous ne reverrez pas un jeu parlant de l'histoire de la Bavière, vous ne verrez pas un scénario si fouillé et si bien amené... Vous ne reverrez plus ça. Jamais. Gabriel Knight 2 est devenu un jeu techniquement à la rue, techniquement ancré dans la fin des jeux Dos, et donc pratiquement injouable au sens propre du terme (à moins d'émuler avec Dosbox, ce que peu de gens font), il est donc devenu en quelque sorte une rareté vidéoludique. C'est une aventure à 100% unique qu'on ne retrouvera jamais dans le jeu vidéo tant il est rattaché à son époque de par sa technique, de part son casting d'acteur, de par son doublage intégral, de par sa tolérance artistique, de part le genre click'n play en lui même, de part son support de six cd-rom... Un jeu désormais intouchable car entré dans l'histoire, au sens noble du terme. Une sacrée expérience culturelle, mais plus forcément ludique.

80%