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Policenauts

sortie le 29/07/1994 sur Nec PC 9821 ; 29/09/1995 sur 3DO ; 19/01/1996 sur PS1 ; 18/09/1996 sur Saturn (Jap)
édité par Konami
développé par Konami

Hideo Kojima, ce n'est pas que Metal Gear et Zone of the Enders, les loulous. Je vous invite à aller mater notre dossier sur lui, dans la rubrique « focus ». C'est fait ? D'façons vous êtes forcément un fidèle lecteur, donc vous l'aviez déjà lu (huhuhu). Avant Metal Gear Solid, Hideo Kojima a développé Policenauts, un jeu pensé en premier lieu pour l'ordinateur portable PC-Nec 98, une référence purement japonaise à l'époque. Puis, il s'est décliné sur 3DO (très proche d'un PC), sur Saturn et enfin sur Playstation. C'est cette dernière version auquel nous y avons joué car d'une part, il a subi un lifting graphique et d'autre part, il existe un patch anglais car Policenauts est resté exclusivement sur le territoire japonais.

Allez, les enfants, il n'y a pas que Snake dans la vie ! Il y a aussi... Jonathan Ingram !

Une aventure tambour battant

Policenauts est un jeu d'aventure à l'ancienne, dite « digital comic ». Un vague ancêtre du click'n play occidental mais plus proche du demi-frère du « visual novel » actuel. Le jeu n'est pas seulement un enchainement de visuels et de texte, le joueur sera sollicité pour dénicher les infos auprès des interlocuteurs ou en s'approchant de certains éléments du décors, grâce à un curseur (rappelant donc le click'n play). Mais à part deux énigmes pas trop complexes et trois-quatre séances de shoot à la première personne, l'interaction se limite à « observer » permettant d'apprendre quelques anecdotes sur l'objet pointé ou de déverrouiller un sujet de conversation déterminant ; soit à parler en épuisant tous les sujets de conversation possibles. Pour le joueur qui aime marteler son pad, Policenauts ne présentera pas beaucoup d'intérêt. C'est un jeu textuel où son principal intérêt se situera dans son scénario.

Dès 2010, l'humanité relança sa conquête spatial avec succès et a érigé un satellite artificiel appelé Beyond devenant habitable par l'Homme. Dans le cadre d'une civilisation spatiale, des policiers ont reçu une formation d'astronaute. Cinq ont été recruté, faisant parti des meilleurs du monde : Jonathan Ingram et Ed Brown, de Los Angeles, Salvatore de New-York, Gates de Scotland Yard et Tokugawa de Tokyo. Ils sont appelés Policenauts et sont les premiers hommes à faire respecter la loi dans l'espace. L'espace d'une introduction, nous voyons un accident se produire dans la combinaison de Joanathan et ce dernier fut aspiré l'espace, devant les yeux de ses compagnons impuissants. Vingt-cinq après cette tragédie, Jonathan Ingram est retrouvé dans sa bulle de survie avec le corps parfaitement intact. Il n'a pas vieilli d'une ride. Le temps de se remettre physiquement de ce trou de 25ans, il revient à Los Angeles et devient détective privé apprenant que sa femme a refait sa vie. Jusqu'au jour où cette dernière frappe à sa porte, âgée de 55ans lui demandant son aide pour retrouver son mari, Hojo disparu depuis trois semaines. Les seuls indices sont la présence de pilules et d'une feuille d'arbre (Poppi, qui sert à fabriquer de la drogue) coupée en deux... Habitant sur Beyond, Jonathan va devoir retrouver l'espace, lui devenu claustrophobe depuis son accident. Et va devoir aussi voir qu'en 25ans, les choses ont tout le temps de changer...

Policenauts est une histoire typiquement des années 90 : de l'action, de l'humour, de la tension, un peu de trahison, mais vous n'aurez pas de scénario à se casser la tête ou des insinuations politico-sociales ou cette envie de refaire le monde d'un point de vue cynique. Le jeu se joue et se suit tout en rythme où les indices s'accumulent sur la disparition d'Hojo, un scientifique qui a toujours eu un comportement exemplaire. Mais d'emblée, vous connaitrez les personnages qui trahiront, il n'y a jamais de réel surprise de ce genre. Le joueur ne se fait pas balader, il suit ça avec attention et se prend au trip de l'aventure. Peut être parce que les deux héros leur ressemble beaucoup, mais il y a dans le ton de Policenauts, un peu de L'Arme Fatale : de l'action décomplexée, un tout petit peu d'intrigue suspicieux, pas mal d'humour avec le ton désinvolte de Jonathan (encore bloqué 25ans en arrière), un peu d'émotions avec la relation de Jonathan vis à vis de sa femme, 25ans son ainé qui meurt peu après lui avoir parlé dans le prologue du jeu. Si visuellement, Jonathan ressemble à Mel Gibson et Ed Brown ressemble à Danny Glover (« trop vieux pour ces conneries »), ce n'est pas un hasard. De plus, malgré que ce soit un jeu de science-fiction, l'apparence global du jeu ressemble pas mal au monde normal des années 90. En effet, sur Beyond dans l'espace, tout a été créé artificiellement à l'image de la Terre. Le mélange Policier classique dans un monde science-fictif avec un rythme hollywoodien de l'époque, donne un background vraiment unique à Policenauts.

90's powaaaaaaaa !

Non seulement le scénario est très ancré dans cette époque marqué par le film d'action décontracté (on appréciera la référence encore à L'Arme Fatale quand nos deux compères se retrouvent face à une bombe que le joueur devra d'ailleurs désamorcer tout en délicatesse... « on devrait attendre la brigade des bombes, non ? »), mais on appréciera surtout la qualité technique. Mélange d'écrans fixes pour le jeu mais d'animations pour les cut scenes, le jeu est graphiquement digne d'un film d'animation de son temps. De la japanim' des 90's : mis en scène à la main, dessiné à la main, pas d'aplats de couleur fades ou de 3D mal incrusté, non du pur dessin sans bavures, avec sa palette de couleurs riche et tout en nuances, avec des décors bourré de détails ! Pour vous situer, c'est graphiquement semblable à Patlabor (même dans le design des mechas, sans extravagance, tout en réalisme donc massif et d'apparence militaire mais assez classe dans leur visière expressif et leur coque blanche). Ca a un charme fou, c'est toujours aussi soigné malgré ce que l'ère du numérique tente de nous apporter ; mais surtout les cut-scenes sont parfaitement enchainées avec les décors fixes puisqu'ils sont visuellement du même acabit. Le joueur est alors entrainé pleinement dans son histoire, nous ne nous sentons pas frustrés par des coupures ou loadings entre cinématiques, non, nous sommes intégrés au jeu et c'est un vrai petit bonheur.
Bien sûr, on ne niera pas que le genre (textuel) pourra manquer un peu de rythme (surtout au début, il faut s'y mettre sans quoi nous n'y arriverons pas apprécier) mais dès qu'on est dedans, on y est, on ne décroche pas de la dizaine d'heures de jeu. Ce qui est honorable, malgré tout, comparé à des jeux dis « actifs » se bouclant en 5H.

La bande-son excelle aussi bien que la partie visuelle. D'abord, les musiques très très rythmées dans les scènes d'action évidement, mais aussi dans les moments de tension extrême où elle arrivera à être entrainante tout en étant dans une certaine sobriété. Pas d'élancés exagerées, pas de drama où on sort les violons, c'est entrainant, remuant à l'image de l'aspect « action » que donne le rythme du jeu. On retiendra le thème principale dont les premières notes ont été repris dans Metal Gear Solid mais aussi la scène finale qui, en totale subjectivité, est vraiment classe. L'image-type du héros, clope au bec, cheveux longs et jean-baskets qui se la joue soliste dans sa démarche rock-attitude, mains dans les poches... C'est tellement léger, tellement pas prise de tête avec sa musique qui accompagne en douceur ces scènes d'un Cinéma oublié ; sans pour autant être poseur (c'est ça qui fait la force du titre), on arrive à transmettre une élégance masculine (certains diront machistes) qui fait mouche chez le joueur-spectateur. Et ça, la musique l'accompagne exactement de la même manière. Pas mal de dialogues sont aussi doublées (tous les dialogues cruciaux en fait) et ce doublage est de très bonne qualité (en japonais, bien entendu) où la personnalité des personnages transpire aisément. Quelques clichés seront à noter comme la voix du grand méchant, rauque, enrouée et hautaine mais ça sonne juste et on ne se tape non plus des « haaan ! » ou des « Arouuugh ! » ou des « Jonathan... Jonathan ! Jo-nathan !!! » (syndrome Saint Seiya quoi). C'est limpide et naturel. Pas d'expressions superflues, ce qui donne à l'histoire une certaine maturité ; là où énormément de japanim' se laissent rattrapés pas une culture excentrique... A titre de comparaison, Metal Gear Solid 4 se laisse rattrapé par certaines phrases toutes faites par exemple, comme le type qui dévoile son plan d'une traite histoire de boucler la boucle ; ou se taper des présentations de personnages ridicules à la troisième personne (il est aussi beaucoup plus exposé avec sa tonne de dialogues). Ce n'est pas le cas chez Policenauts. Tout en sobriété, voir en efficacité ; le but recherché est atteint par une qualité de dialogue et d'interprétation qui sied pile à la situation. D'un autre côté, pour un jeu « textuel » on évitera d'en coucher des tartines pour ne pas gaver le lecteur.

Policenauts est un jeu où le genre y est très mal vu en occident (on l'a vu encore récemment avec des critiques acides sur Heavy Rain et même encore aujourd'hui on accuse MGS ne pas avoir de gameplay). Difficile de dire si vous allez aimé. Mais ceux qui aiment le Cinéma (en particulier les 90's) devraient être ravis par ce jeu d'action qui suinte de classe de toutes parts. Que ce soit son scénario totalement relâché, ses héros classes rappelant L'Arme Fatale, les graphismes animés « à l'ancienne » ou encore la musique prenante, toute la recette est bien là. D'un scénario pas surprenant se cache une aventure tout en rythme, action, humour, tension, une sorte de buddy movie violent dans l'espace (j'ai pas trouvé mieux que l'Arme Fatale comme exemple tant les fondamentaux y sont très proches ; sauf peut être la profondeur du scénario qui est quand même plus riche chez Kojima, bien que pas aussi tortueux que Metal Gear Solid). Policenauts : c'est la classe, c'est unique, c'est le dernier Hideo Kojima qui n'a pas subi de suites.
Quand est-ce que ce cher monsieur va t-il se rebiffer envers Konami et nous pondre un tout nouveau jeu original de ce caractère là ?!

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