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Pourquoi Dragon Age a plus de potentiel que Mass Effect

écrit le 29/04/2012
édité par EA
développé par Bioware

Cet article peut contenir quelques spoilers. Pas trop gros mais mieux vaut prévenir que guérir.

Bioware a été sous le feu des projecteurs avec la sortie du final de Mass Effect. Et pas forcément à bon escient puisqu'une partie de la populace s'est largement rebellée contre la fin bâclée du jeu. Or, une poignée de ces révoltés a aussi et enfin ouvert les yeux quant au gameplay linéaire, ennuyeux et à l'écriture binaire du troisième épisode, lentement entamé depuis Mass 2.

Après avoir enchainé les trois Mass Effect pour vous éclaircir, point par point, sur le scénario du titre, je me suis engagé à redécouvrir Dragon Age, du même développeur. Ce qu'il faut savoir avant que vous lisiez l'article, c'est qu'à titre personnel, je n'ai pas du tout accroché à Dragon Age : Origins lors de sa sortie. A cause d'un gameplay bancal, le cul assis entre deux chaises avec d'un côté la précision chirurgicale d'un bon vieux RPG statistique mais une action en temps réel au rythme répétitif d'un hack'n slash et finalement une histoire qui mettait 20 heures à trouver sa voie. Mais, après avoir pu prendre encore plus de recul avec mon Mass Effect et mon personnage féminin bad ass, j'ai relancé Dragon Age en voulant me lâcher tout en sachant que le jeu n'allait pas être aussi épique que la marque « Bioware » le laissait entendre. Et là, la magie opéra en enchainant Dragon Age : Origins et Dragon Age II. Vous allez comprendre pourquoi il est hypocrite de descendre Dragon Age II alors qu'on a valorisé pendant des années le spectacle de Mass Effect. Et vous allez aussi voir pourquoi Dragon Age a bien plus à approfondir que son pendant sci-fi.

C'est encore du RPG

Un jeu vidéo, c'est fait pour ? Jouer ! Bieeeeeeen. Donc, aussi incroyable que cela puisse paraître, un RPG c'est avant tout des codes de gameplay et pas une succession de dialogues pour du « rôle playing ». Sinon, on s'en tient aux visual novel jap' et basta. C'est avant tout un gameplay rôdé. A base de statistiques, de buff/debuff ou de bonus/malus et de choix ludiques. Comment orienter son personnage ? Comment compenser les faiblesses de l'un sans tirer l'ensemble vers le bas ? Comment équiper son perso ? Défense ? Attaque ? Magie ? Oui mais contre certains ennemis, ça ne passe pas, etc etc. Ca, ce sont les questions que l'on se pose dans un RPG (qu'il soit occidental ou oriental d'ailleurs). Car vos choix ludiques ont des conséquences. Dans Mass Effect, vous conviendrez que les personnages ont tous des compétences qui se répètent et que finalement, la puissance de feu sera à privilégier le long de l'aventure. Et ceci est encore plus boosté dans les prochains épisodes puisqu'il n'y a que 5 ou 6 lignes de compétences acquises à upgrader... Le premier était mieux pensé avec un level-up qui boostait les statistiques mais offraient de nouvelles compétences seulement en avançant suffisamment fans un registre. Même si au final, c'était plus votre équipement et votre flingue qui faisaient la différence.

Dans Dragon Age, que ce soit le premier ou le second, votre palette de compétences est beaucoup trop large pour que puissiez tout booster. Et encore moins foncer avec des personnages copiés-collés. Le premier épisode est d'ailleurs extrêmement riche à ce niveau. Un mage ayant minimum quatre sous rubriques, muni de quatre lignes de compétences et donc de magies différentes à apprendre, sans compter les lignes de spécialisation à débloquer. S'orienter vers une magie spirituelle n'a pas le même impact qu'une grosse pluie foudroyante dans la gueule n'est-ce pas ? D'où la nécessite de s'orienter et faire des choix importants. En effet, dans Dragon Age, la difficulté du soft change beaucoup en fonction de la disponibilité de vos mages... Une vieille règle ancestrale des vieux hack'n slash qui se définissaient de la sorte : guerrier (difficulté normale), mage (facile) et voleur (difficile). Le mage attaquant à distance et ayant la possibilité aussi de soigner sans bouffer les rares items de soin (qui défilent vite dans la série) est un atout inestimable. Dragon Age se jouant avec une équipe de 4, il suffit d'attirer les ennemis en groupe avec des tanks et hop : too easy. C'est une des tares du jeu, il faut bien l'avouer. Si vous aviez le malheur de débuter en guerrier et récolter la mage soignante Wynn très tard dans le jeu, vous allez dégusté.
Quoiqu'il en soit, les choix sont très importants. Si Dragon Age II offre un peu moins de possibilités que le premier épisode avec moins de classes et plus de facilité à se booster, ses personnages sont néanmoins tous différents... Et vous choisissez. Point intéressant, si vous êtes ami ou rival cela débloquerez une compétence spéciale unique à chaque personnage. Histoire de bien affirmer l'importance ludique de vos choix de rôle play. On pourrait discuter de l'importance de ces choix ludiques dans Dragon Age II, bien plus simple que le précédent épisode mais ils restent tout de même très influents et surtout les choix sont là. De l'autre côté, nous avions un Mass Effect débutant comme un RPG pour se tourner vers un cover-shooter aseptisé au plus haut point dans le troisième épisode. La lubie de Bioware (ou EA) ayant été d'envisager d'en créer un FPS. Le prototype leaké sur la toile le prouve bien.

Si, en tant que joueur, vous aimez les RPG, il est évident que Dragon Age offre bien plus de possibilités qu'un Mass Effect. Même si la forme de ce dernier ne prête plus à confusion, Bioware et certains de ses fans continuent de le considérer comme RPG alors qu'il n'en a qu'un vague menu de level-up comme code ludique. D'un point de vue de gameplay, Dragon Age n'oublie absolument pas ses origines (sans mauvais jeu de mot) et continue de jouer la carte du RPG, avec différentes façons de jouer.

Dragon Age II, l'effet Mass Effect 2

Pourquoi cet acharnement autour de Dragon Age II ? Et bien, le gameplay s’est considérablement simplifié par rapport à Dragon Age : Origins. Le rythme du jeu est bien plus rapide et offre la part belle aux bourrins de service. La vue aérienne du premier que certains appelaient « Baldur's Gatien » mais dont d'autres criaient « hack'n slash » a disparu et son moteur physique a été bien plus souple. En fait, tout ce qui faisait penser à un hack'n slash a disparu. Ce moteur physique vieillot où l'action répétitif des ennemis molles mais inarrêtables pouvait aléatoirement vous toucher, vous tuer ou vous épargner est révolu. Idem que certains bugs de collision qui faisait taper votre personnage dans le vide a disparu. En fait, le gameplay du premier Dragon Age a bizarrement été décrit par certaines presses spécialisés comme étant « tactique ». En faisant allusion à cette fameuse vue à la Baldur's Gate. Il est vrai que le timing était très important dans le jeu. Il vous fallait surveiller constamment la barre de vie de vos amis pouvant être encerclés en un clin d’œil et aussi mettre le jeu sur pause toutes les 5 secondes pour s'assurer que vos alliés fassent ce qui est bon. Le gameplay est en fait très proche d'un Final fantasy XII puisque Dragon Age était censé mettre en valeur des tactiques d'IA. Exemple : « attaquer les ennemis proches », « utiliser tel compétence quand », etc. Mais le système peu ergonomique munis de règles peu clairs et pas toujours justes ont vite incité les joueurs à y aller manuellement en tapotant leur barre d'espace sans arrêt. C'est ce qui a été appelé « tactique ». En fait, le jeu est très bourrin dès le départ, c'est du bourrinage massif et le principal but étant de « gérer » votre endurance. Évitez de vous faire encercler, choisissez quel ennemi attaquer en premier et vous soigner à temps. Bref, comme absolument tous les RPG. La différences étant ce côté mollasson et automatisé digne d'un hack'n slash à spammer les mêmes attaques. Dragon Age II a décidé de supprimer cela. Si la troncature a été rude car il y avait un certain charme (après s'être farci 50H de jeu, je vous l'accorde) à se forcer de maitriser le combat (je pense que vous tous qui y avaient joué ont fini par capter l'importance de déglinguer les mages craqués en premier), le deuxième épisode l'en empêche malgré tout. Seuls certains boss vous obligent à gérer un peu mieux votre combat rappelant quelques bribes d'efforts pénibles issus du précédent volet.
Mais, Dragon Age choisit sa voie malgré tout et a décidé de supprimer ce côté haché du premier épisode. Bien ou mal ? La question n'est pas là. La question est que le culte voué à Bioware a lancé une sorte de mécontentement général envers cet épisode, vite développé par une équipe alternative de celle qui développait Mass Effect 2. Or, sorti un an plus tôt, Mass Effect 2 a subi exactement la même orientation de gameplay. Il a simplifié de façon encore plus flagrante les capacités d'évolution des personnages et a optimisé au maximum l'aspect cover-shooter en nous spammant d'ennemis dans des niveaux étroits et linéaires... Comme Dragon Age II... A ceci près que Dragon Age II n'est pas devenu un beat'm all pour autant et qu'il a gardé bien plus d'éléments d'origine que son pendant spatial.

Pourquoi cette différence de traitement de faveur ? Peut être pas le même public ? Peut être une fanbase un peu plus acquis en Mass Effect et son spectacle visuel ? Car, l'équipe principale derrière Mass a aussi joui d'un financement bien plus important que Dragon Age II. On ne niera pas la fainéantise des développeurs de DA2 d'avoir copié-collé les quatre-cinq donjons du jeu jusqu'à écœurement. On ne niera pas non plus, une mise en scène un peu légère, un peu trop coupé... Si le premier épisode avait aussi ce côté cheap, il faut rappeler que c'était un projet débuté avant Mass Effect et qui a pris beaucoup de temps avant d'aboutir. Cependant, quand on regarde ce qui a été fait avec plus de budget de l'autre côté... Certes, c'est plus fin, plus joli, et des scènes très spectaculaires mais tout ça pourquoi ? Une histoire bien plus simplifiée et un level-design tout aussi insipide que Dragon Age II, juste un peu mieux maquillé d'éléments graphiques... On se demande où est le foutage de gueule dans un sens : d'un côté une « équipe-bis » qui doit développer vite fait une suite pour entretenir l'impatience des « fans Bioware » (Bioware étant quand même devenu une marque de luxe pour EA puisque beaucoup de petits studios internes du groupe comme EA Mythic ont été ingérés sous ce nom) OU l'équipe principale à qui on donne l'argent nécessaire pour amplifier le succès du premier épisode (avec, on le sait, des conflits internes) ? A vous de juger mais il n'y a rien de flagrant.

Background et construction narrative

Nous voilà arrivé à la section que beaucoup de fans, de part et d'autres acclament souvent pour les titres de Bioware (surtout de ces dernières années). Déjà, avouons qu'il semble ridicule de comparer un RPG heroic fantasy avec un RPG (ahem) de science-fiction... Si on s'autorise à faire cela, c'est parce que ces deux séries sont désormais les seules de Bioware... Baldur's Gate et Neverwinter appartiennent à Atari et Star Wars, beeen évidement à Lucas Arts. Il reste Jade Empire, développé exclusivement pour Microsoft et dont on doute fortement de voir EA s'y intéresser. Effectivement, Bioware n'est plus indépendant. Ces deux séries ont en commun une sortie et une évolution très proches et liés. Déjà, Bioware a la fâcheuse tendance de répéter les mêmes schéma narratifs : personnage quelconque s'aventure malgré lui dans une épopée dont il deviendra le héros ; il deviendra de parfait inconnu à symbole important (Grey Warden dans DA, Spectre dans ME et même Jedi dans KOTOR) ; l'ennemi avance masqué (Loghain dans DA, Saren dans ME, siths dans SW) ; on finit en héros. C'est le schéma classique. De plus, ils ont tous deux débuté avec un gameplay un peu à cheval entre deux genres pour se simplifier par la suite. Tous deux donnent de l'importance à la réappropriation de son personnage au travers de dialogues et de choix cruciaux. D'ailleurs, le premier Dragon Age, s'il met énormément de temps à décoller, y va franco dans les choix du joueur avec un choix de vie ou de mort très conséquent. Largement au dessus d'un timoré Mass Effect qui se termine en apothéose de « bien/mal » où tout le monde est content à la fin.

Mais comment sont explorés ces deux backgrounds ? La force de Mass Effect était de proposer quelque chose de très rare dans le jeu vidéo : des espèces à l'historique et aux coutumes élaborées au physique bien originales (mais tous humanoïdes, mine de rien). Si on reprochera des teintes de couleurs et une tendance à trop s'inspirer de Star Wars, ça fonctionne tout de même bien dès le début du jeu. L'originalité y a ainsi été percutante du début. Petit à petit, les sous-quêtes liées aux espèces apparaissent. Pour finir sur des missions de réconciliation simplismes au possible. Nous sommes partis d'un point de départ impressionnant et bourré de détails (retournez lire notre article « le point sur le scénario ») pour l'aseptiser au maximum afin d'y mettre un point final. Le but de Mass Effect a toujours été d'être une trilogie mettant en avant le combat de Shepard contre les moissonneurs. C'était annoncé depuis le début. On a donc une trilogie pensée comme un début, un milieu et une fin. Si cette fin pose encore des questions, avouons qu'elle fait office d'un point quasi final. Fin d'un cycle, fin de quelques espèces et hop.

Dragon Age, c’est l'exact opposé. Déjà, ce que Mass Effect a entrepris en trois épisodes, DA l'a fait en un seul. Elissa, la jeune Grey Warden (ouais, j'y ai aussi joué en mode féminin) se sacrifie pour se sauver du Blight... Ou elle sacrifie le Roi Alistair... Ou elle sacrifie Loghain pour expier ses péchés... Ou elle laisse le pouvoir de l'archidémon couler dans les veines de l'enfant de Morrigan... Ou... Vous avez parfaitement compris, Dragon Age se termine d'une multitude de façons possibles envoyant chié cette pauvre fin unique de ME. Dragon Age démarre de la façon la plus classique qui soit et c'est ce qui rebutera beaucoup de joueurs : héros + orcs = guerre. Ouaiiiis... Mais petit à petit, on apprend beaucoup de choses... On apprend que Ferelden n'est qu'un royaume dans tout Thedas... Que des régions plus exotiques comme Antiva existent, qu'un royaume à l'accent frenchy, Orlais est reconnu pour sa raffinerie. On apprend que la Chantry (la religion) n'a pas le même poids partout ailleurs. Que les mages sont des êtres puissants mais susceptibles d'être possédés par les démons à tout moment, etc etc. Tout ça, on apprend dans Dragon Age : Origins, au cours de notre périple qui dure environ un an. Ainsi, à force de discuter avec vos compagnons, de visiter les endroits petit à petit (certes un peu cliché dans leur présentation puisqu'un chapitre est dédié aux elfs, un autre aux nains, un autre aux mages et un autre aux humains), vous y voyez beaucoup de richesse. Vous y voyez aussi un monde ni bon, ni mauvais où certains choix vous paraitront aussi mauvais l'un que l'autre (par exemple, s'immiscer dans la vie politique des nains où chaque candidat à des torts immenses). Nous sommes dans un background qui n'hésite pas à faire tuer la femme d'un allié, qui n'hésite pas à imposer un Roi, qui n'hésite pas à décapiter un héros de guerre... C'est fort et crue.

Le deuxième épisode a aussi été très loin dans ce principe puisque si l'écriture a plus été proche d'un Mass Effect (utilisation de la roue des dialogues mais pas toujours si binaire), DA II n'hésite pas à voir vos amis se retourner contre vous ou votre famille se faire tué... Rien n'est figé, rien n'est béni oui-oui. Dragon Age II va même plus loin puisqu'il se déroule sur six ans en débutant parallèlement aux évènements du premier. DA II réussit même à proposer une histoire se déroulant uniquement dans une ville : Kirkwall situé dans les « Free Marches » où la loi est locale. Dans cette ville, on y dépeint la haine de l'étranger, l'abus de pouvoir, l'autorité dépassé, voir corrompu... On y joue un scénario politique. C'est là que ça devient intéressant. En effet, on aurait pu continuer sur la voie d'une menace du Blight heroic-fantasy classique et épique, encore et encore comme dans le 1. Or, on préfère se concentrer sur des évènements locaux ayant de fortes répercutions par la suite (tout dépend de votre fin, en fait).

De cette même façon, on explore aussi un nouveau monde où les nains de la surface ne sont pas vus comme des moins que rien, que la piraterie existe, que les elfs sont toujours traités comme des pauvres mais aussi que l'anarchie de l'endroit est trop propice aux démons. Dans une quête cachée (celle des trois parchemins), un démon nous fait comprendre qu'il est lié à Kirkwall et se nourrit des tentations de chaque Vicomte de l'endroit. Bref, le background s'épaissit en deux épisodes. De plus, il a le mérite de ne pas s'appuyer sur la facilité d'une suite directe mais de proposer une « légende » en alternance. Et effectivement, l'épilogue du deuxième épisode est clair : une nouvelle légende est née, racontée, répétée, amplifiée jusqu'à en devenir peu crédible... Comme la légende du Grey Warden qui finalement ne marque pas les esprits à l'autre bout de la mer. Le monde dépeint dans Dragon Age est, non seulement immense mais prouve avec ce deuxième épisode plus original dans son écriture qu'il est susceptible d'y faire cohabiter des dizaines et des dizaines de légendes... Un petit peu comme un Elder Scrolls mais mieux écrit et narré. Dans Elder Scrolls, on fait toujours mention des épisodes passés situés dans d'autres régions. C’est exactement ce qui se passe avec Dragon Age. Le fait est que c'est très ambitieux et propose un terrain de jeu infini... Surtout que l'on importe directement ses sauvegardes précédentes pour modifier le monde persistant du jeu. Certes, dans Dragon Age II, les changements y sont invisibles (à part une mission avec Alistair qui ne vous dit rien d'intéressant) et on y mentionne seulement quelques bribes perdues dans les discussions. Mais le concept est bien là. Un jeu est égal à une légende écrite et narrée dans le vaste monde de Thedis... C’est très romanesque, surtout qu'au moins, l'histoire est complète sans pour autant envoyer baladé des éléments d'anciens épisodes.

Et l'avenir ?

L'article n'est pas là pour dire « DA roxxe Mass » ; on n'est pas des gamins et vous non plus. Il est là pour rappeler un peu le travail effectué et le concept initial de Dragon Age. Il met aussi en évidence que les reproches effectués sur l'évolution de Dragon Age II sont exactement les mêmes que sur Mass Effect 2 et 3, pourtant bien plus tolérés dans leur médiocrité ludique et même scénaristique. On se dit que si l'on a un petit peu foi dans un studio de développement qui propose tout de même de la qualité, il y a moyen d'espérer un gros travail sur Dragon Age. Dragon Age, ou le Elder Scrolls scénarisé de Bioware. D'ailleurs, Ray Muzyka, le président de Bioware avait déjà avoué en interview que le studio surveillait de très près ce que Bethesda allait faire avec Skyrim. Bon, d'un point de vue ludique, on ne voit pas trop en quoi c'est comparable mais en terme d'exploration de background, il y a cette même volonté de créer une aventure/une histoire/une légende dans un univers persistent. Un Dragon Age 3 est-il d'ailleurs prévu ? Pas officiellement mais cela fait un an que les rumeurs débutent. Bioware avait expliqué avoir entendu les critiques des fans sur la linéarité du titre... Plutôt cocasse quand vous voyez ce qu'ils ont fait des promesses et reproches de Mass Effect. Mais surtout, on a commencé à parler d'une aventure à Orlais. La patrie un peu raffinée de la voleuse/barde/sœur/seeker Leliana (femme à tout faire du I qui apparaît aussi dans le II). Les personnages d'Orlais parlent avec un accent français (Antiva parle avec un accent italien). D'ailleurs, on déplorera la traduction lamentable du jeu en français, c’est pourquoi je ne cite les éléments qu'en VO. Dans le I, on y décrit un monde où les gardes ont beaucoup de pouvoir et se permettent beaucoup de choses (un personnage sous-entend qu'elle fuit Orlais après que son frère l'ait protégé d'un viol de gardes). Les conspirations semblent aussi être plus courantes et sournois. Bref, c’est riche et il y a plein de choses à exploiter.

Dragon Age III est donc en rumeur. Mais après, on connait l'évolution de Mass Effect, on connait EA et il n'est pas impossible de voir réduire encore l'aspect RPG du soft (pourtant mieux conservé que dans Mass)... Et du côté de Mass Effect alors ? C'est une licence forte d'EA... Il est obligatoire d'y avoir un épuisement du filon. Ce que l'on espère, c'est que ça n'empêchera pas Bioware de faire autre chose... Le but de Mass était une trilogie. Point. Quel intérêt de raconter le « Premier contact » par exemple ? Humains contre Turians... Faible et binaire. Intérêt de raconter le génophage (alors que l'humain n'était même pas das la galaxie) ? La seule suite possible pour Mass Effect sera de dériver le genre (FPS/RTS, genre auquel EA est bien abonné) ; ou de rebooter la chose : autre espace inexploré ? Même univers plusieurs millénaires plus tard ? Rien qui ne peut être vraiment lié à la trilogie de base. Ou alors, on l'a dit, ce serait maigre, puisque le background des autres espèces a quand même bien été annihilé dans la trilogie. De plus, vu comment le gameplay du jeu a évolué, la carte RPG est définitivement bouclée pour la série, raison de plus pour ne plus espérer grand chose de subtil à ce niveau là.

Série qui a été mis en retrait suite à l'accueil froid des critiques et d'une bonne partie des joueurs, Dragon Age a pourtant beaucoup de ressources à exploiter et à évoluer. Parcequ'il nous narre des « légendes dont nous sommes le héros », parce que son monde est gigantesque avec une diversité suffisamment affirmée pour ne pas subir les mêmes histoires skinnés, il a énormément de choses à nous faire joué. Bien sûr, on aurait aimé que le gameplay de Dragon Age II soit plus subtil sans pour être aussi lourd que DA:O mais comparé au cover-shooter qu'est devenu l'autre licence Bioware, on se dit qu'il y a bien pire... La clé est de réunir un gameplay équilibré et réalisation soignée. Pas besoin de clinquant dans un bon vieux RPG old school. Si c'est pour voir des dragons tout fumer toutes les deux secondes qu'on bute en trois coups de hache (ça vous rappelle quelque chose ?), ça ne sert pas à grand chose non plus... Là, ce qui est dit, c'est que cette saga est très très mal estimée. Mal estimée car elle n'a encore réussi à s'afficher pleinement. Surestimée dans son premier épisode car jugé « tactique » et mettant 20H pour devenir intéressant mais sous-estimé pour son second épisode car jugé hâtivement « très bourrin » et assumant un peu mieux son scénario plus cru (et encore, ça se discute). Dragon Age a énormément de qualité variées (le mot clé est « variées ») pour être exploré de bien des manières, que ce soit dans sa gestion de classes, gestion de personnages, la gestion de ses combats semi-temps réels à mieux régler. Sans compter, on l'a dit et redit un terrain de jeu immense mentionné et de part et d'autres dans les deux épisodes. Petit bémol, il faudra mieux harmoniser la cohérence graphique parce que bon, voir la mère Flemeth déguisée en corbeau cornu, ça craint pas mal... A l'inverse, assumer le look des nains de la surface au delà de la traditionnelle barbe tressée, c'est plutôt bien vu. Il y a du bon, du moins bon, mais y a surtout de la matière... Ce serait du gaspillage de ne pas l'utiliser. Reste à savoir si EA et/ou Bioware va la ruiner ou l'exploiter.